Le film cannois du jour:« Le passé »
Asghar Farhadi s’est dégagé de tous les clichés du cinéaste étranger venant tourner à Paris. De la ville, il capte le meilleur pour son récit, évitant le piège des images touristiques.
Le pitch
Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle avec sa fille, Lucie. Les efforts d’Ahmad pour tenter d’améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé.
Ce qu’on attend
Muti-primé avec « Une séparation » (Ours d’or au Festival de Berlin, Oscar et César du meilleur film étranger) qui fut également un succès public planétaire, Asghar Farhadi, 41 ans, est considéré comme l’un des meilleurs réalisateurs actuels. Il avait aussi obtenu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin en 2009 pour « A propos d’Elly… ». Donc, c’est dire si son nouveau film est très attendu.
Avec « Le passé », il sort pour la première fois d’Iran et raconte une histoire en français, à Paris, avec un casting français. On a deux attentes au niveau des acteurs : Bérénice Bejo pour l’après « The artist » et la jeune actrice belge Pauline Burlet qui joue la fille de Bérénice, un des pivots du film.
Ce que j’en pense
Voilà un grand film sur la vie et rien d’autre dans toute sa complexité. Farhadi s’est dégagé de tous les clichés du cinéaste étranger venant tourner à Paris. De la ville, il capte le meilleur pour son récit, évitant le piège des images touristiques. Le décor est en phase avec les personnages, un peu excentré. Et on se laisse prendre sans difficulté par ce film qui prend de l’ampleur au fil du récit. L’intrigue sentimentale, travaillée avec une grande subtilité, se dévoile peu à peu, emmenant le spectateur toujours plus loin, plus fort dans l’intime de chacun. C’est filmé avec une pudeur extrême, une grâce infinie, une authenticité rare. On devient personnage parmi les personnages qui se débattent avec leurs doutes, leurs interrogations, leurs émotions, leur rapport au passé et leur morale. Par sa manière si authentique de mettre en scène, à partir d’une situation banale –un Iranien vient en France à la demande de son ex pour signer les papiers du divorce-, la complexité des relations humaines, des sentiments, de la vie contemporaine, des cultures, le cinéaste iranien nous fait oublier qu’on est au cinéma. Et quand on s’en rend compte, on est complètement bouleversé d’avoir cru une instant que c’était la vie. Mais au fait, c’est bien la vie et rien d’autre que Farhadi nous livre.
Le talent de Farhadi se situe aussi dans sa capacité à réunir un casting sans faute. Il amène chaque acteur, du plus expérimenté au plus jeune, de Bérénice Bejo à Pauline Burlet, de Ali Mosaffa à tout jeune Elyes Aguis, à donner une vérité émouvante. C’est fait sans effet, c’est impressionnant de justesse, c’est magistral.
Le petit plus
A ce moment de la compétition, on verrait bien ce film décrocher la Palme d’or.











