Le grand danger: adapter l’art à son idéologie

Béatrice Delvaux Editorialiste en chef
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« Le monde de la bande dessinée en planches originales. » C’est le titre de l’exposition qui fait polémique au Parlement flamand. Il faudrait désormais l’intituler : «  Le monde flamand de la bande dessinée en planches censurées.  » Voilà le résultat de cette décision idiote prise par le Parlement flamand, de blanchir le phylactère d’une planche de François Schuiten, au motif que le texte, sur le carton d’invitation, était écrit en… français. L’histoire paraîtrait juste ubuesque si elle ne révélait ce réflexe politique gravissime, qui consiste à censurer une œuvre dès lors qu’elle dérange une idéologie. C’est à tout coup, la mauvaise décision, et à tout coup, une décision qui fait frémir. Où s’arrête cette volonté de faire coller à tout prix la réalité qui dérange le politique, à sa vision des choses, en l’occurrence le caractère flamand qui doit régenter toute démarche, fût-elle artistique ?

Soyons justes. 1. Si le Parlement de la Communauté française avait choisi une œuvre avec un texte en néerlandais, sur le carton d’invitation d’une de ses expos, la réaction aurait été vive. François Schuiten dit d’ailleurs qu’il aurait compris qu’une œuvre plus « flamande » soit choisie. 2. Jan Peumans, le président du Parlement, est le membre de la N-VA qui multiplie le plus les gestes, du moins dans sa communication, à l’égard des francophones. Mais cela n’enlève rien au fait que la politique ne peut pas mettre la culture au pas, la travestir, la bidouiller, lorsqu’elle dérange son « ordre établi ». Nombre de Flamands et c’est crucial, sont venus eux-mêmes le rappeler à Peumans et ceux tentés par ce réflexe liberticide. Comme l’artiste Luc Tuymans : «  Rien ne justifie la censure d’une œuvre d’art.  » Ou, et c’est rassurant, la ministre flamande de la Culture : «  On doit respecter le travail d’un artiste.  » Il faut dire halte-là, sinon où arrêter l’homme de la rue, si le politique bafoue délibérément, impunément, les principes d’une démocratie ?

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39. Fafnir dit le 20/05/2013, 20:59

Un jour, quand les ordiphones et leur abonnement seront moins coûteux, la bulle apparaitra suivant les préférences du gizmo.

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38. dernier belge dit le 20/05/2013, 19:44

une petite brochure... Apparemment, le choix du layout d'une petite brochure pour une exposition suffit pour déchaîner Béatrice Delvaux ou est-ce que je dois dire Bruxelles ou la Wallonie comme le Soir aime bien de généraliser tout ..... . Moi j'ai l'impression que cela intéresse personne... un lay-out d'une brochure ou d' une invitation est complètement libre, ça n'a rien à voir avec la censure. Dans mon esprit la censure concerne le chef d'oeuvre même et n'a rien à voir avec la reproduction complète ou partielle pour en faire une brochure ....

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37. Labrador dit le 20/05/2013, 16:59

Trop facile d'opposer flamands et wallons. L'art, la culture, les médias s'adaptent et suivent la direction d la première puissance militaire mondiale. Pourquoi Le Soir fait-il la promotion exclusive de l'anglais? Où est passé le Plan LangueS - au pluriel ?

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36. pimprenelle1793 dit le 20/05/2013, 11:52

Oups... Pardon...

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35. Adalber dit le 20/05/2013, 11:15

@34. pimprenelle1793 : SVP ne confondez pas Adalber et Adelbert. Merci

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