Gay Pride: «Il faut montrer qu’on est fiers d’être là»
La Gay Pride, c’est ce samedi à Bruxelles. Gays, lesbiennes, bisexuels, transsexuels et hétérosexuels sont attendus dans un cortège festif et revendicatif, pour dire non à l’homophobie.
Il aura de l’ambiance le quartier de la Bourse cette après-midi à l’occasion de la Gay Pride. Le cortège envahira le quartier de la Bourse et promet d’être haut en couleur, à l’image du fameux drapeau arc-en-ciel, utilisé depuis les années 70 pour refléter la diversité de la communauté LGBT (pour lesbienne, gay, bisexuel et transsexuel).
Ce matin, le quartier est déjà bouclé, pour l’installation des podiums et autres stands. Des stands sur lesquels on trouvera des informations pratiques sur l’homosexualité et sur l’homophobie et qui seront accessibles au public vers midi. En fin de matinée, une messe sera célébrée pour les plus croyants des militants. Dès 14h, c’est le début du cortège. La fête durera dans la rue jusqu’à 22h, avant de se prolonger dans les bars du centre de la ville toute la nuit.
« C’est important d’occuper l’espace public pour donner de la visibilité à notre communauté », estime Pablo, qui participera à la Gay Pride, comme chaque année. « Il faut montrer qu’on est fiers d’être là. Et surtout montrer toute la diversité de notre communauté. On critique souvent le côté paillette, strass et plume, or il s’agit de montrer toutes les facettes, y compris les facettes plus « amusantes », pour dédramatiser l’homosexualité, qui est souvent associée à la case faits divers ».
De fait, l’homophobie est encore bien présente dans notre pays. Les derniers chiffres d’une enquête de l’Union européenne sont alarmants. 93.000 personnes LGBT y ont participé et la Belgique ne fait pas figure de bonne élève. 35 % des répondants se sont sentis discriminés ou harcelés dans les 12 mois précédents l’enquête, dans l’emploi, 26 % des répondants se sont sentis discriminés dans les 12 derniers mois et le système éducatif est particulièrement montré du doigt par l’enquête : à l’école, 90 % des répondants ont entendu des commentaires péjoratifs ou ont été témoins de comportements négatifs parce qu’un élève était perçu comme LGBT avant l’âge de 18 ans. À 14h, une minute de silence aura lieu pour rendre hommage à Ishane Jarfi et de Jacques Kotnik, « dont les meurtres sont encore bien présents dans nos mémoires », explique Pablo.
Le don de gestation en question
Le mot d’ordre cette année : la famille. La Gay Pride soutient notamment l’adoption pour les couples homosexuels et l’amélioration du cadre légal pour les mères porteuses. Et c’est ce dernier point qui coince avec certains militants, qui voient un danger dans la proposition de loi sur le don de gestation. C’est le cas d’Irène, une militante de la première heure. « J’ai fait les toutes premières Gay Pride, quand on était encore qu’une centaine » s’amuse-t-elle. Mais cette année, pas de Gay Pride pour elle. Ou plutôt si, mais à côté, dans une contre-manifestation. « Il y a déjà eu des revendications sur le mariage etc avec lesquelles je n’étais pas entièrement d’accord, mais je ne peux soutenir le don de gestation pour autrui ». Le don de gestation pour autrui est cette pratique consistant à faire appel à une mère porteuse pour avoir une enfant. Une proposition de loi entend lui donner un cadre légal et l’ouvrir aux personnes homosexuelles. « C’est hallucinant, le texte de loi transforme presque la femme en utérus sur patte. Une fois l’embryon planté dans l’utérus de la femme, elle perd tous ses droits, dont celui d’avorter par exemple. C’est les commanditaires qui décideront s’il faut garder le bébé ou pas, par exemple en cas de handicap », estime Irène qui continue « C’est drôle aussi d’utiliser « don de gestation », comme si c’était l’équivalent du don de sperme de porter un bébé neuf mois dans son ventre ». Pablo, lui, manifestera pour le don de gestation. « Cette pratique est déjà utilisée par plusieurs hôpitaux en Belgique pour des couples hétérosexuels depuis une quinzaine d’années, sans que cela ne choque. C’est dommage que la polémique arrive alors qu’on tente de l’ouvrir aux couples homosexuels. D’autant plus qu’un cadre légal empêchera à l’avenir toutes les dérives possibles, telle que la marchandisation du corps de la femme ».
On attend entre 50.000 et 70.000 personnes cette après-midi dans les rues de Bruxelles.








