Le film cannois du jour: «Inside Llewyn Davis», des frères Coen

Fabienne Bradfer
Mis en ligne

Retour sur la Croisette pour les frères Coen qui présentent « Inside Llewyn Davis », en compétition officielle. Le film raconte l’histoire d’un jeune chanteur de folk à la croisée des chemins, dans le Greenwich Village de 1961.

Le pitch

Greenwich Village en 1961. Llewyn Davis, jeune chanteur de folk, est à la croisée des chemins. En plein hiver, guitare à la main, il galère comme musicien mais aussi avec ses ex. Llewyn ne survit que grâce à l’aide que lui apportent des amis ou des inconnus. Des cafés de Village jusqu’à un club désert de Chicago, ses mésaventures le conduisent jusqu’à une audition devant le géant de la musique Bud Grossman. Avant de retourner de là où il vient…

Ce qu’on attend

Cela faisait six ans que les frères Coen n’étaient plus venus à Cannes. Leur présence en compétition est toujours de bon augure. Palme d’or en 1991 pour « Barton Fink », il y ont aussi décroché trois prix de la mise en scène (Barton Fink, Fargo, The Barber). Dans leur casting, ils ont incorporé la star Justin Timberlake.

Ce que j’en pense

Très bon moment de détente en plein Festival. Les frères Coen ont l’art et la manière de raconter les choses toujours un peu en décalage, avec une ironie savoureuse. Même si elle est moins présente que dans d’autres de leurs films, on rit et on sourit beaucoup en découvrant les galères de Llewyn Davis, jeune chanteur de folk SDF mais aussi la tête semi-comateuse de John Goodman ou les tribulations d’un chat roux. Les Coen ont l’art du petit détail qui fait mouche. Ils galvanisent les choses avec humour et mélancolie tout en plantant leur film en plein esprit beatnik. Un esprit qui leur va bien tout comme ce portrait très atmosphérique d’un artiste qui refuse le conformisme imposé par la société et les chansons insipides qui font des succès. Oscar Isaac, qui incarne Llewyn Davis, a la voix folk à souhait et réussit le challenge de rendre sympathique son personnage paumé. Quant aux fans de folk, ils apprécieront la bande-son et le premier plan du film : plus de trois minutes sur Llewyn Davis chantant et jouant de la guitare en solo.

De film en film, Joel et Ethan affinent leur art. Parfois, cela donne des chef-d’œuvre, parfois pas. Mais il n’y a rien de mineur dans l’art « coenien ».

Petit Plus

-Prix d’interprétation animalier pour le chat roux Ulysse qui fait un long voyage.

-Justin Timberlake a un mini-rôle mais prend son pied en jouant un chanteur gnangnan.

-Carey Mulligan se fait remarquer à Cannes. Après son rôle de femme idéalisée dans « Gatsby », là voici furax, cheveux noirs et chantant dans « Inside Llewyn Davis ».

-Mention spéciale pour le génialissime John Goodman, sixième collaboration avec les frères Coen.

-On pourrait être tenté de voir en « Inside Llewyn Davis » la genèse du règne de Bob Dylan. En fait, les Coen préfèrent y voir le portrait d’un autre univers, plus confidentiel, qui disparaissait déjà quand Bob Dylan a débarqué à New York.

Osez la rencontre !