Ce mardi ont débuté les travaux de la Commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Cahuzac avec notamment l’audition d’Edwy Plenel, patron et fondateur de Mediapart.
Cette commission d’enquête vise à déterminer « d’éventuels dysfonctionnements» dans l’action de l’État du 4 décembre 2012, date des premières révélations de Mediapart sur le compte en Suisse non déclaré de l’ancien ministre délégué au Budget, au 2 avril 2013, date de sa mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale. Entre autres intervenants, Jérôme Cahuzac lui-même mais aussi les ministres de l’Économie Pierre Moscovici – qui a affirmé ce mardi que « l’administration avait fait tout ce qu’elle pouvait, tout ce qu’elle devait» –, de l’Intérieur Manuel Valls et de la Justice Christiane Taubira.
Edwy Plenel, déjà interrogé, a pointé Pierre Moscovici. «La bonne foi n’exempte pas parfois de la maladresse, de la naïveté ou d’un mauvais fonctionnement de l’Etat. Je ne veux pas dire que Monsieur Moscovici a été forcément complice d’une manœuvre voulant absolument cacher la vérité, je dis néanmoins qu’il a mal travaillé!», a affirmé le fondateur du site d’informations Mediapart, qui a, à de nombreuses reprises, évoqué l’ancien ministre de tutelle de Cahuzac. Il y a « deux hypothèses: amateurisme ou légèreté, ou, seconde hypothèse, une instrumentalisation», a-t-il ajouté.
L’attitude de Moscovici au cœur des investigations
Déjà mise en cause par la droite mais aussi par une partie de la gauche pour sa gestion de la crise économique, plusieurs membres de la commission d’enquête ont clairement expliqué mardi que l’attitude du ministre de l’Economie était au cœur de leurs investigations.
Sur la question des demandes à la Suisse, le journaliste de Mediapart Fabrice Arfi, à l’origine des révélations et auditionné aux côtés d’Edwy Plenel, est sans appel. «Les questions posées à l’administration fiscale suisse sont objectivement de mauvaise foi. Quand on cherche un compte (…) on ne cherche pas seulement M. Cahuzac en tant qu’ayant droit, on cherche autour, on cherche le gestionnaire de fortune, on cherche Reyl qui est cité, pour avoir la vérité», a-t-il détaillé. « M. Moscovici a dit qu’il voulait la vérité. On voit avec quel succès, il l’a eue!», a ajouté, avec ironie, le journaliste qui a estimé qu’il y avait eu « une entreprise de communication pour mettre un terme à cette affaire».
Mais les journalistes ont également rappelé, que d’après eux, les responsabilités dans cette affaire ne se limitaient pas à celle du ministre de l’Economie. «Cette affaire illustre le mauvais fonctionnement de notre démocratie. Un pouvoir exécutif tétanisé, un pouvoir législatif coalisé, puisque dans l’ensemble des familles politiques, il y a eu des refus de voir la réalité de nos informations, enfin un pouvoir judiciaire immobile», a détaillé Edwy Plenel. « Tous ceux qui voulaient savoir au coeur de la République pouvaient savoir», a-t-il affirmé, précisant avoir, dès mi-décembre, rencontré à leur demande « plusieurs responsables de cabinet de l’Elysée et de Matignon». Il a ainsi expliqué avoir rencontré des collaborateurs de François Hollande le 18 décembre.