L’art classique fait toujours recette si les maîtres sont de qualité

Jean Vouet
Mis en ligne

Christie’s organisait le 7 mai sa traditionnelle vente de maîtres anciens et du XIXe siècle avec de beaux résultats

  • « Vue du Rokin à Amsterdam » par Cornelis Springer payé 397.500 euros. LOT 233. © D.R.
    « Vue du Rokin à Amsterdam » par Cornelis Springer payé 397.500 euros. LOT 233. © D.R.

Mai est le mois traditionnel des ventes d’art ancien à Amsterdam, et ce depuis des lustres. Parce que le segment des tableaux du XIXe siècle est devenu tellement peu rentable pour les maisons de ventes internationales, celles-ci ont décidé de ne plus consacrer de ventes qui lui sont exclusivement dévolues, à l’exception des grandes capitales du marché de l’art que sont Londres et New York. A Amsterdam, les deux spécialités ont donc été regroupées.

Les tableaux anciens souffrent également d’une baisse de la demande, à moins bien entendu qu’il s’agisse de pièces de collection voire de qualité muséale. Le fait d’être ancienne ne suffit plus à faire vendre n’importe quelle œuvre mineure, ce qui n’est pas le cas pour l’art d’après-Guerre… La mode aidant, la grande majorité des amateurs sont tournés vers les créations des dernières décennies. Exit donc l’art du passé !

Il ne faut cependant pas trop généraliser et la vente d’Amsterdam prouve qu’il y a encore des collectionneurs et des marchands pour s’offrir, bien au-delà des estimations, des œuvres qui se démarquent, par leur qualité ou par leur originalité, de la production courante des siècles passés, sans que l’on puisse parler de chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art… Ainsi Christie’s a obtenu six enchères à six chiffres, ce qui n’était pas prévu et quatre-vingt-sept enchères à cinq chiffres sur un total de 236 lots.

Quant au produit total, il s’élève à 3.835.400 euros. Le meilleur prix enregistré va à une œuvre du XIXe siècle, une huile sur panneau représentant une vue du Rokin à Amsterdam pour laquelle l’on paya 397.500 euros, sur la base d’une estimation de 250.000 à 350.000 euros. Pour l’amateur du genre, cette œuvre peinte par Cornelis Springer en 1854 avait tout pour séduire, à commencer par sa qualité d’exécution, son sujet (l’une des artères les plus connues de la ville hollandaise) et son intérêt topographique. A Amsterdam, cette œuvre ne pouvait que bien se vendre !

La Surprise de la tulipomania

Les résultats qui suivent sont plus étonnants, bien que les 259.500 euros déboursés pour une allégorie de la tulipomania, un panneau de petites dimensions donné à Jan Breughel II, n’a pas vraiment de quoi surprendre même si l’estimation de 70.000 à 100.000 euros a allègrement été dépassée. Cette œuvre illustre la folie qui s’empara de la Hollande dans la première moitié du XVIIe siècle, poussant des investisseurs à payer des fortunes pour des bulbes de tulipes. Il s’agit d’une satire puisque lesdits investisseurs sont représentés sous la forme de singes. La surprise est par contre de taille avec la vente contre 163.500 euros d’une huile de belles dimensions représentant un chasseur au repos en train de jouer de la flûte. Il était attribué à Bernard Keil et estimé entre 7.000 et 10.000 euros ! Longtemps considérée comme une œuvre de Barent Fabritius, un artiste nettement plus prisé, cette belle peinture a dû être considérée par les divers enchérisseurs comme la création d’un artiste plus important que Bernard Keil…

Le tableau qui suit au palmarès de cette vente est une vue du golfe de Salerne depuis la grotte de l’Annonciation à Maiori, une œuvre peinte par Philipp Hackert en 1804. On la paya 121.500 euros, sur la base d’une estimation de 70.000 à 100.000 euros. Inconnue du marché, elle aurait été achetée en 1928 par un collectionneur de Dresde aux héritiers du frère de l’artiste. Très décorative, cette vue n’a pas échappé à l’œil d’un professionnel ou d’un particulier, qui n’a pas hésité à faire grimper les enchères. Même lorsqu’un marché est déprimé, il est toujours quelqu’un pour être encore plus généreux que ses compétiteurs pour s’assurer la possession d’une belle œuvre.

Osez la rencontre !