Le million d’euros, une barre devenue symbolique

Paolo Leonardi
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Dans sa maison située sur les hauteurs d’Embourg, près de Liège, Marc Lust a remis au goût du jour une imposante demeure du début du XXe siècle. Trois cent cinquante mille euros et quinze mois de travaux furent nécessaires. Son bien dépasse aujourd’hui le million d’euros.

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La maison de Bernard Lust à Embourg se situe sur un terrain arboré de 46 ares. Véritable passoire énergétique au moment de l’achat, elle a été remise au goût du jour et répond mieux aux nouvelles normes. Photo 
: Le Soir/Roger Milutin.
    La maison de Bernard Lust à Embourg se situe sur un terrain arboré de 46 ares. Véritable passoire énergétique au moment de l’achat, elle a été remise au goût du jour et répond mieux aux nouvelles normes. Photo : Le Soir/Roger Milutin.

Bernard Lust dirige le Consortium Immobilier Européen, une agence spécialisée dans la revalorisation de biens. Depuis une vingtaine d’années, cet homme qui aime la nature et le jogging (qu’il pratique assidûment) s’est spécialisé dans l’achat et la rénovation de maisons. Avec la particularité de retaper le bien comme s’il s’agissait du sien. « J’ai dû déménager une trentaine de fois dans ma vie, affirme-t-il ainsi avec le sourire. Quand une rénovation est achevée, il est souvent temps pour moi de partir… »

Dans cette maison cossue d’Embourg, commune chic et prisée de la banlieue liégeoise, dans laquelle il nous accueille, il ne sait d’ailleurs pas encore s’il s’installera définitivement. « Il reste encore quelques menus travaux à réaliser, dit-il à ce sujet, mais je ne suis pas encore décidé… »

Dans la famille Lust, on aime l’immobilier, c’est une évidence. Henri, le paternel, s’est taillé une jolie réputation en Belgique dans la rénovation de monuments historiques et de propriétés de caractère. Quant à Marc, le frère, il est architecte et réalise de somptueuses propriétés du côté de Saint-Tropez et de ses environs. « Mon père a notamment rénové le château de José Van Dam, notre célèbre baryton, dans la Creuse, expose fièrement Bernard. Personnellement, j’aime investir dans le lieu où je vis, ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde. J’adore notamment acheter des maisons qui ont un gros potentiel en termes de rénovation car je vois très vite ce qu’il y a moyen d’en faire. »

Pour cette bâtisse du début du XXe siècle, l’homme s’est décidé en une demi-heure. « Avec le recul, je me dis que j’aurais pu en retirer un meilleur prix si j’avais attendu un peu mais je fonctionne au coup de cœur, avoue-t-il. Nous avons revendu notre maison à Figeac, dans le Lot, dans laquelle nous avons vécu pendant dix ans et plutôt que de garder notre argent sur un compte, mon épouse et moi avons préféré acheter. Par les temps qui courent, il vaut mieux investir dans la brique… »

Située dans une rue calme et verdoyante le long de laquelle on peut apercevoir plusieurs autres belles propriétés, dont un immeuble à appartements signé Marc Corbiau, la demeure de Bernard Lust présente une surface habitable de 380 mètres carrés, hors caves, qui s’étale sur trois niveaux, et notamment 5 chambres et 2 salles de bains. Elle possède également deux très belles terrasses donnant sur un jardin en pente de 46 ares où le soleil est généreux malgré une exposition au nord. On note aussi plusieurs arbres centenaires avec, à travers le feuillage, une vue imprenable sur le centre de Liège que l’on aperçoit au loin.

Prix d’achat : 680.000 euros, auxquels il a fallu ajouter quelque 100.000 euros de frais de notaire. « La maison était un peu «malheureuse» car ses vieux propriétaires n’avaient touché à rien pendant plus de trente ans, se souvient Bernard Lust. Sur le plan énergétique, c’était une vraie catastrophe puisqu’elle consommait 660 kilowatts-heure par mètre carré par an ! Malgré cela, quand je l’ai visitée, j’y ai trouvé des lignes classiques avec une belle cage d’escalier et de beaux volumes. Le potentiel était évident. »

Quinze mois de travaux furent nécessaires pour remettre la demeure au goût du jour… et la voir afficher une consommation annuelle qui tourne aujourd’hui autour des 270 kWh/m2, ce qui est très correct pour une quatre façades ancienne.

Pour en arriver là, et sans passer par un architecte, Marc Lust a fait procéder au remplacement complet du chauffage et de l’électricité. Il a également enlevé les caissons à volets qui recouvraient les fenêtres, mis du double vitrage partout, isolé certains murs, de façade et de l’intérieur, les plateformes ainsi que le plancher situé au-dessus des caves. « Je n’ai pas encore fait mes comptes exacts mais je dois tourner autour des 350.000 euros de travaux, avance-t-il. Si je vends, le prix de départ sera de 1,2 million d’euros. Disons que le bien est devenu une bonne maison de famille qui ne verse pas dans le blinquant mais qui est confortable à vivre. Il y a beaucoup de gens qui cherchent ce type de bien… »

Comme on peut le constater, et s’il arrive à ses fins pour autant qu’il en ait l’intention, Marc Lust encaisserait une plus-value de 70.000 euros, tout au plus. Avec une telle somme, on peut certes partir faire le fanfaron au soleil, mais on ne tiendra pas très longtemps. « La revente dans la région liégeoise n’est pas évidente, avoue le propriétaire, car les prix au mètre carré ne justifient pas une rénovation comme celle-ci. Le discours aurait été tout à fait différent à Bruxelles où les travaux d’aménagement auraient fait exploser la valeur de la maison. Mais je n’ai pas peur pour deux raisons : primo, je suis prêt à la garder si je devais ne pas trouver d’acquéreur satisfaisant et secundo, il y a toujours des gens qui ont les moyens et qui recherchent ce type de biens, même sur Liège. »

Une maison à un million d’euros demande donc de savants calculs de départ, sous peine de perdre de l’argent par la suite. Autre conseil : il faut veiller à la garder cohérente. « Tant les matériaux choisis que les volumes proposés doivent veiller à apporter un équilibre général, insiste Marc Lust. Dans ce genre de biens où l’espace est vital, il ne faut pas, par exemple, une cuisine ou des chambres trop petites. Chaque pièce compte et il faut s’y sentir à l’aise. »

Un autre exemple vient de la piscine qui se trouvait… sur la terrasse du premier étage. Elle fut recouverte par du bois exotique. « Elle ne faisait que 7 mètres de long. Une grande terrasse pour profiter de dîners entre amis était bien plus appropriée à l’endroit… »

Et l’entretien ? « Si une maison d’une telle valeur n’est pas rénovée, on se retrouve vite avec un «chameau sur le dos», comme on disait dans le temps, avec des charges qui peuvent être faramineuses, conclut Marc Lust. Mais dans un cas comme celui-ci, il n’y a aucun problème : on est reparti sans aucun problème pour trente ans ! »

Avis aux amateurs…

Osez la rencontre !