«On voulait Starter plus pédagogique»
Avec cette téléréalité, la RTBF a emboîté le pas de beaucoup d’autres. Légitime inspiration ou pâle copie ?
Fin 2007, un rapport d’experts publié par la Commission européenne entendait, et c’est son titre, « Promouvoir l’entrepreneuriat à la télévision et dans les autres médias audiovisuels ». À cette époque, l’évocation de la Belgique s’y limitait à l’adresse de la Direction générale Entreprises et industrie à Bruxelles. Depuis, il y a eu Starter en Belgique francophone – la première saison avait débuté en mars 2012 – et, un an plus tard, Topstarter en Flandre.
« Quand on planchait sur le concept de Starter, on avait pensé s’inspirer plus ou moins largement de Dragons’ Den ou de The Apprentice », reconnaît Guillaume Marichal, réalisateur de l’émission francophone.
Comme Starter, Dragons’ Den est une émission de téléréalité sur l’entrepreneuriat. Japonaise d’origine, elle se décline aujourd’hui en 25 versions à travers le monde. Les candidats y présentent leur projet d’affaire avant de partir à la recherche de financements sonnants et trébuchants auprès de « capital-risqueurs » (Venture Capitalists dans la langue de Shakespeare).
« Le format et l’esthétique sont très anglo-saxons. Si l’image de ces investisseurs qui étalent des liasses de billets sur la table aurait pu passer, télévisuellement parlant, au nord du pays, je ne suis pas sûr que c’eût pu être le cas au sud », analyse Guillaume Marichal. Bien qu’elle soit diffusée sur la BBC, « on s’est rapidement rendu compte qu’il lui manquait une histoire. L’histoire de la création d’entreprise. Une dimension pédagogique à laquelle la mission de service public de la RTBF pouvait donner un véritable sens ».
Quant à The Apprentice, diffusée sur la NBC, il s’agit moins d’une émission sur l’entrepreneuriat que d’un concours à l’embauche entre plusieurs hauts profils. Il n’empêche, la production de Starter y a puisé le principe des épreuves pour donner à l’expérience télévisuelle la pincée de spectacle franchement opportune.
« Un autre aspect auquel nous tenions pour Starter, c’était de montrer que l’entrepreneuriat n’est pas qu’une histoire de start-up technologiques aux destins de multinationales. C’est aussi (et surtout, NDLR) le boucher du quartier, la boutique de sacs à main ou le coiffeur d’en face ».
Sur ce point, le rapport de la Commission donne entièrement raison à Guillaume Marichal : « Les [productions] sur des entrepreneurs ayant réussi peuvent être source d’inspiration et pourraient contribuer à améliorer l’image générale de l’entrepreneuriat. Il est cependant tout aussi important de tourner des documentaires sur des hommes et des femmes plus ordinaires et moins célèbres. Les téléspectateurs pourraient sinon en conclure que l’entrepreneuriat n’est pas à la portée de bien des gens (exemples : « Les douze courageux » à la télévision tchèque ou « Les battants » au Royaume-Uni). »
Où l’on retrouve cette volonté politique de médiatiser l’entrepreneuriat comme ce fut très explicitement le cas en Flandre.
En l’occurrence, Topstarter, dont le premier épisode fut dévoilé en février dernier, est le fruit d’une collaboration étroite entre le gouvernement flamand et la production de la chaîne télévisée Één.
Diffusée en première partie de soirée, son objectif est le même que Starter
: démystifier l’image de l’entrepreneuriat et rappeler au plus grand nombre qu’il est une alternative aux chemins traditionnels du salariat. Pourvu que le plus grand nombre soit au rendez-vous.








