Birgitte Nyborg (Borgen) ministre président de Bruxelles
Birgitte Nyborg Premier ministre De Bruxelles. La chronique de Béatrice Delvaux.
Vous vous souvenez ? Borgen, Saison 2, épisode 14. La crise menace le gouvernement de la première ministre danoise, la centriste Birgitte Nyborg. Son plan d’action « Avenir commun » est sur table, il prévoit une grande réforme de l’Etat providence et notamment du régime des pré-retraites. Mais au dernier moment le Parti travailliste, essentiel pour un accord, ne soutient plus le texte. La belle Birgitte a une intuition : pour recoller les morceaux et être « en ordre de bataille » comme le dit le titre de l’épisode, elle organise une mise au vert. L’astucieuse cheffe de gouvernement convie donc tout son gouvernement à une réunion hors de Copenhague, dans un château.
Ce soir-là, nous étions des milliers devant notre téléviseur, scotchés par les heurs et malheurs de la politique danoise. Des milliers dont… Rudi Vervoort, le désormais ministre-président de la Région bruxelloise. Qui non seulement regardait le petit écran, en fidèle spectateur de cette série qui le fascine, mais prend des notes. Cette idée de mise au vert pourrait resservir !
Résultat ? Si sa prestation de serment, Rudi Vervoort l’a mentalement dédiée à ses deux idoles, Jimmy Page de Led Zeppelin, et Philippe Moureaux du PS, la mise au vert de son gouvernement à Ostende le week-end dernier, aurait dû être précédée de «Ceci doit tout à Brigitte Nyborg ». Car pour cet homme que tout le monde attendait au tournant et que les hommes politiques de son parti et des autres, mais aussi la presse – dont nous - avaient classé dans la catégorie « on demande vraiment à voir ou erreur de casting», le coup de la plage d’Ostende s’est révélé être un coup de maître. Premier but tiré, premier but marqué.
Même l’opposition l’a reconnu. Ainsi Didier Gosuin, président du groupe FDF au Parlement bruxellois, salue l’initiative dans une interpellation: « Je n’ai pas l’intention de critiquer. Vous prenez des initiatives dès la prise en charge de vos fonction et je trouve cela globalement positif vu le retard accumulé par le gouvernement sur certains dossiers. » Ajoutant deux bémols, sur le mode humoristique. Le premier est géographique. « Si vous avez l’intention de réellement rattraper une partie de ce retard, je vous invite à planifier d’ores et déjà un nouveau séminaire et de choisir, pour l’occasion, un des magnifiques coins de Wallonie ». Le deuxième est « borgien ». Gosuin rappelle que dans la fameuse série danoise, le travail gouvernemental est bloqué et le séminaire annulé. Le président du Parti travailliste est en effet déboulonné et son successeur se fait piéger en plein adultère avec un photographe de presse qui est en réalité un escort boy. A la fin de l’épisode, le nouvel homme fort de l’exécutif préfère se suicider en apprenant que des photos de son adultère homosexuel circulent dans la presse tabloïd. « Quand j’ai lu que votre initiative était inspirée de Borgen, j’ai donc frémi rétrospectivement et je trouve que vous vous êtes pas mal débrouillé. On n’ose imaginer ce qui ce serait produit si Vervoort avait été fan des Borgias ou de Breaking Bad…
Reste que ce séminaire bruxellois fut fructueux (un stade, un musée, l’affectation de zones leviers comme Reyers et Josaphat). Le nouveau boss de Bruxelles avait déjà dégainé par une série de déclarations qui avaient ravi les bancs flamands : annonce de sa volonté d’établir à Bruxelles un enseignement bilingue et position très tranchée en faveur du parcours d’intégration. Des déclarations aux actes, le nouveau Rudi serait-il arrivé ? Il avait précédé son séminaire maritime d’un sommet social, consacré au chômage des jeunes et à la formation, au grand bonheur des patrons de tous bords, Voka compris. Même la ville s’y est mise en annonçant la création de trois nouvelles places piétonnes (Fontainas, Bourse et De Brouckère
Ce qui se produit aujourd’hui souligne l’immobilisme des derniers mois (années) dans la région bruxelloise. Mais ajoute, en positif, au sentiment qu’il y a quelque chose qui est en train de se passer autour de la troisième région du pays Het Groot Brussel Debat , organisé le 6 mai par Le Soir et de Standaard a marqué à cet égard un momentum politique.
Serions-nous soudain trop optimistes pour Bruxelles? Il reste énormément de choses à faire, mais pour s’en remettre une dernière fois à Borgen, nous conlurons par la citation qui ouvre l’épisode 19 et en appelle à Winston Churchill : « Le succès n’est pas définitif, l’échec n’est pas définitif. C’est le courage de continuer qui compte ». Tak Birgitte !



