11h02: «Une fois de plus, le citoyen va devoir mettre la main à la poche»
La Commission européenne n’a pas infligé d’amende à la Belgique mais a malgré tout insisté pour que le gouvernement respecte scrupuleusement ses engagements budgétaires. A la clé : quatre nouveaux milliards à trouver d’ici 2014. Bernard Demonty et Dominique Berns ont répondu à vos questions.
Pourquoi la Belgique devra-t-elle faire des « devoirs de vacances » budgétaires ?
B.D. La Belgique ne peut avoir un déficit de 3 % et elle a dépassé ce niveau. La Commission est donc en droit de lui infliger une amende jusqu’à 750 millions d’euros. Nous y avons échappé mais nous sommes mis en demeure de prendre des mesures d’assainissement supplémentaires, il faudra donc encore trouver un milliard d’euros. Ensuite, le gouvernement devra trouver 3 milliards pour 2014.
Depuis 2010, l’effort n’a-t-il pas été important ?
B.D. Oui mais pas suffisamment. Les mesures prônées par l’Europe n’ont pas été prises par la Belgique et c’est cela que la Commission lui reproche.
Tout le monde est-il logé à la même enseigne ?
D.B. Un grand nombre de pays ont obtenu des sursis pour passer sous la barre des 3 % du PIB. La Belgique devait l’atteindre l’an passé et la Commission lui enjoint maintenant de l’atteindre pour 2014. D’autres pays ont obtenu 2 ans de délai. La Commission est bien forcée d’étaler l’austérité, étant donné le climat économique morose. C’est la seule solution. D’une part, on se rend compte que ces efforts sont contre-productifs pour la croissance. Ensuite, si nous faisons trop d’austérité aujourd’hui on pourrait mettre en péril la reprise prévue pour 2014, les faits étant plus forts que toutes les idéologies de la Commission !
L’austérité reste plus que jamais la mesure
D.B. En tout cas en Belgique, et cette année.
Comment va-t-on trouver ces milliards ?
B.D. En septembre, il faut avoir trouvé le milliard qu’on nous demande pour 2013 et avoir trouvé les pistes pour les 3 milliards de 2014.
Vers quoi peut-on s’orienter ?
B.D. Il faut assainir les finances et faire énormément de réformes délicates, mais ce ne sera pas possible sous ce gouvernement. Laurette Onkelinx estimait ce jeudi matin que la Commission allait trop loin. Rien de ces réformes ne se trouve d’ailleurs dans l’accord de gouvernement. Je ne crois pas une seconde que ces recommandations seront respectées sous ce gouvernement, sauf l’assainissement. Il faudra donc faire des économies dans les dépenses publiques et faire face à de nouvelles taxes. On ne s’en sortira pas avec des ventes d’actifs et des artifices. Maintenant, chaque effort supplémentaire est de plus en plus difficile. Beaucoup disent que la Belgique s’est assez bien sortie jusqu’à présent mais il commence à y avoir des indices qui montrent que les finances fédérales sont à la corde. On commence même à devoir éviter des licenciements dans la fonction publique.
Peut-on envisager des pistes concrètes pour le mois de juin ?
B.D. Oui, le gouvernement se réunit à la mi-juin et devra lancer des pistes à la mi-septembre.
L’OCDE nous a remis un bulletin moyen…
D.B. C’est un bulletin assez classique qui ne nous apprend pas grand-chose. Il sera difficile de faire des économies supplémentaires dans les dépenses publiques et la croissance économique va souffrir elle aussi. On pensait que notre pays avait bien résisté car il n’avait pas mis l’austérité en œuvre. Aujourd’hui, si on fait de l’austérité massive, il y aura un impact sur la croissance. La reprise annoncée pour le second semestre pourrait être moins forte que prévue, avec des conséquences prévisibles sur les chiffres du chômage.
L’Allemagne est-elle toujours une locomotive ?
D.B. Elle ne veut pas l’être. L’Allemagne ne souhaite pas tirer le train. Son modèle est basé sur l’exportation, la forte modération salariale, et un réseau de PME mondialement actives. La Elle propose des réformes structurelles pour la plupart des pays. Mais toutes ces mesures structurelles, à supposer qu’elles aient un impact positif, sont en train de déprimer la croissance. Cette réforme vise à organiser une pression à la baisse sur les salaires. Si les revenus des ménages stagnent ou diminuent, on a un 2e pilier de la croissance (la consommation privée) qui n’agit pas. Malheureusement, l’Europe nous condamne en gros à des années de croissance faible.
B.D. Barroso a gardé une ligne très dure par rapport à l’austérité. On dirait qu’il n’entend guère les arguments d’économistes, de gauche comme de droite.
On parle aussi beaucoup du TSCG, qu’est-ce donc ?
D.B. Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, un nouveau traité budgétaire qui implique la règle d’or, l’équilibre des finances publiques. C’est un résumé de la pire des conceptions européennes, qui dit que Les Etats ne devraient pas s’endetter pour investir, or nous nous endettons tous ! Mais tout le problème de l’Europe, c’est qu’elle a une conception assez claire : équilibre des finances publiques égale stabilité, et nécessité de réformes structurelles. L’Espagne et l’Irlande étaient citées en exemple pour cela et cela n’a pas amené à la stabilité. Quant aux réformes structurelles, elles risquent de plonger pour des années dans l’affaiblissement de la croissance. Une dépression de longue durée provoquera un chômage de longue durée. C’est une vraie destruction de capital humain. Cette politique va durablement affaiblir le continent européen.
Ces nouvelles mesures seront-elles prises avant les élections de 2014 ?
B.D. Il faut que ces mesures soient rapides car traîner serait désastreux. Après 2014, on risque d’être dans un chaos indescriptible !
Vos réactions
Voir toutes les réactions @ gregger : C'est pourquoi mon compte en banque ne sert que pour le versement de mon salaire, nos économies se trouvant sous forme d'or, d'argent et de platine physique afin justement que mon argent ne profite plus au système...
@ Gregger : Visiblement , vous n'êtes pas plus compétent en matière de finaces que de climatologie. dans lemonde de la finance (et je ne parle pas ici des petits épargnants et des boursicoteurs) RIEN n'arrive par hasard. Les délits d'initiés sont légion et l'immense majorité de ces délits reste impunie. Force est de constater que l'austérité est à géométrie très variable selon le rang social . En tout état de cause, les riches sortiront (beaucoup) plus riches de l'histoire et les cohortes de nouveaux pauvres auront explosé si on ne mets pas un terme à ce mythe de la croissance perpétuelle
@tanned_squirrel ""Mais avant, les habitants (on ne parle plus de citoyens depuis longtemps...) vont se faire pomper au maximum pour assumer les co**eries du monde financier"" C'est tellement absurde de faire porter le chapeau au "monde financier". Mais qu'est ce que c'est que le monde financier? Tout le monde fait partie de la finance dès lors que vous placez votre argent en banque. Beaucoup de citoyens ont misé beaucoup d'argent dans des placements à risque. Les gens qui ne s'y connaissent pas en finance ne doivent pas jouer là dedans et puis venir rejeter la faute sur le monde financier. Les clients des banques qui ont placé leurs avoirs pour en retirer un très haut rendement, sont aussi responsables que les financiers eux-mêmes.
Bien sûr que cette crise d'austérité va s'accélérer. Un système basé sur une dette et sur une croissance infinie ne peut que s'effondrer (il est en effet impossible que les deux s'accroissent indéfiniment dans un monde réel et fini sans "ajustements" réguliers!!!). Mais avant, les habitants (on ne parle plus de citoyens depuis longtemps...) vont se faire pomper au maximum pour assumer les co**eries du monde financier (entre autres!!)... Continuons à faire la moutruche.....




tous mes comptes sont vides, quand je touche mon salaire, je laisse à peine de quoi payer la domiciliation pour l'énergie, et le reste, ils vont se faire voir... et n'oubliez pas que l'europe vient de donner son accord pour pouvoir reproduire le cas de Chypres (bloquer les banques et voler l'argent sur les comptes)... et arrêter de consommer et de faire des crédits, ca ne fait qu'enrichir tous ces pourris... La Laurette elle fait la gentille là, mais c'est la première à refuser une diminution de son salaire... c'est le citoyen qui doit payer pour ses erreurs, pas elle...