Jack Vance s’en est allé faire rêver les étoiles
L’auteur américain de science-fiction est mort à 96 ans. Jack Vance avait remporté de nombreux prix et a inspiré George R.R. Martin pour la saga « Game of Thrones ».
Evoquer le nom de Jack Vance, c’est faire surgir des paysages extraterrestres extraordinaires, des personnages futés et astucieux comme Cugel, des civilisations merveilleuses ou incompréhensibles, des sociétés insolites, des peuplades aux langages étranges, des voyages exotiques sur des planètes inhospitalières… Plus peut-être que tout autre écrivain, de science-fiction ou pas, Jack Vance avait ce fameux « sense of wonder », ce sens de l’émerveillement cher aux amateurs de SF, ce qui fait briller leurs yeux et rêver leur esprit.
Jack Vance est mort chez lui, à Oakland, en Californie, ce dimanche. Il devait avoir 97 ans en août. Il laisse des dizaines et des dizaines de romans, de science-fiction et de fantasy et quelques polars, plus encore de nouvelles. Sa carrière a été longue. Il a écrit depuis la fin des années 40 jusqu’il y a peu. Il était aveugle depuis une quinzaine d’années. Son épouse rédigeait ses derniers écrits sous sa dictée.
L’auteur américain avait beaucoup voyagé : il avait été dans la marine marchande, une ancre tatouée sur son bras gauche en fait foi. Il avait promené ses héros d’étoile en étoile, de planète en planète, de Tschaï à Pao, d’Izm à Alastor, de Cadwall à Gallingale. Il a surtout fait errer l’imagination de ses lecteurs de monde coloré en monde coloré, de caste en caste, de faune en flore.
Cet écrivain américain de science-fiction est sans doute celui qui a le plus détaillé ses mondes et ses personnages : il entre dans le détail des vêtements, des espèces de végétaux et d’animaux, des moeurs, des langues, de la politique, de l’économie, des couleurs, des odeurs, de la nourriture… Au point que le critique Robert Louit a pu dire de son cycle de romans « Tschaï » : « C’est comme une immense odyssée pour laquelle Homère se serait assuré la collaboration de Montesquieu, Saussure, Carlyle, Kinsey et Brillat-Savarin. »
Nous avions rencontré Jack Vance en 1998, au festival Utopia de Poitiers. Il souriait de ces compliments. Ça lui faisait plaisir, sans doute, au fond de lui-même mais, apparemment, il s’en foutait. Il écrivait, tout simplement. Et il ne fallait pas essayer de lui faire dire qu’il y a des intentions politiques, sociologiques, philosophiques dans ses romans. Pourtant, lisez « Les langages de Pao », qui se passe sur une planète où règnent les castes et les guerres, où il montre que la langue influence la pensée et peut agir sur la société : c’est un roman qui est plus qu’une bonne histoire. Mais il est vrai que, quand il raconte La geste des princes-démons, Cugel Saga, le Cycle de Tschaï, les Chroniques de Durdane ou celles de Lyonesse, qu’on trouve tous en page, chez J’ai Lu, Folio, Pocket ou Livre de poche, le principal souci de Vance, c’est de raconter des récits épiques, drôles, bondissants, pittoresques dans des univers remarquablement décrits. Le lire, c’est d’abord s’étonner, s’émerveiller, rêver. Même s’il a sans doute trop écrit, et donc laissé nombre de scories, Vance a enjolivé les jours et les soirs de tant de lecteurs qui avaient besoin de ce plaisir littéraire. On pensera beaucoup à lui pour ces bonheurs-là.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Merci Merci à toi, Jack! Tu m'as fait rêver, tu m'as fait vibrer, tu m'as fait voyager... Thank you so much for what you wrote, thank you so much for the dreams you created!









Oh non, quelle triste nouvelle. Il était mon auteur favori avec des dizaines de nouvelles et de romans dont la plupart sont des chefs-d'oeuvre. On s'y attendait un peu vu son âge avancé mais cela n'amenuise pas le chagrin que j'éprouve. Mais Jack Vance ne voudrait pas cela, il voudrait qu'on festoie et qu'on fasse banquet sous les étoiles. Adieu mon ami et merci.