Hstry, tweete-moi une histoire

Olivier Croughs
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Ils étaient 2.100 encordés derrière le compte Twitter @Everest1953 pour se faire conter l’ascension mythique du sommet du monde. Un compte alimenté par la start-up Hstry.org, couvée et accélérée par NEST’up édition printanière.

C’était un 29 mai 1953. Tensing Norgay et Hillary Edmund se serraient la main sur le toit du monde avant d’y enterrer quelques friandises pour le premier – qui révéla deux ans plus tard qu’il avait été devancé par le second - et un crucifix pour le second. Qui était en fait le premier sur le sommet, donc. Bref, on a déjà dû vous la raconter de plus belle manière. Par Hstry.org, par exemple.

Soixante ans plus tard, jours pour jours, heure pour heure, minute pour minute, deux entrepreneurs diffusaient sur Twitter la photo de l’exploit, accompagnée de ce court commentaire – forcément : «  Tenzing on the summit ! We made it ! So proud of him and the team !  ».

L’événement aura duré cinq semaines. Cinq semaines d’ascension commentée par un Hillary plus vrai que nature, tweet après tweet, et suivie par une cordée de plus de 2.100 followers suspendus aux claviers de Thomas Ketchell et Steven Chiu, fondateurs d’Hstry.org et auteurs du compte @Everest1953.

Rien que mercredi, pour le sommet, ce sont 500 followers qui se sont ajoutés à l’aventure pour dévorer les 100 tweets de la matinée, dont celui de la fameuse photo qui fut, à lui seul, relayé une centaine de fois. «  Ça s’est super bien passé  », résume Thomas.

Cette expérience de «  story tweeting  », de «  flash-back tweets  », de «  live feed of the past  » ou de « direct différé » – il va falloir attendre le Robert 2014 pour nommer correctement la discipline - fut un immense succès. «  Nous avons eu droit à une couverture médiatique internationale  » raconte Thomas. Il faut dire que c’est son truc à lui, ça, raconter des histoires. Et des vraies.

D’abord couverts dans les pages de Livemint, le Wall Street indien. Ensuite dans le canard allemand Die Welt qui a publié dans son édition imprimée une traduction des tweets accompagnée d’un code QR renvoyant directement sur @Everest1953. Thomas et Steven sont également passés sur TV et Radio New Zeland, une chaîne de télévision et une radio… néo zélandaises. « Hillary était du pays », précise Thomas, décidément passionné par son sujet. Moins évident, un blog japonais et un autre hongrois ont aussi repris l’info. Et pour enfoncer le piolet, deux webzines d’alpinisme, Outside Times et Grough Magazine ont également relayé les comptes Storify et Tweeter, relevant l’originalité de la démarche.

Hstry.org, c’est une nouvelle façon d’enseigner l’histoire

Avec Steven, Thomas travaille sur Hstry.org depuis quelques mois maintenant. Au-delà de l’expérience «  live feed of the past  » – il a quand même fallu choisir –, le projet consiste à rénover les méthodes d’enseignement de l’histoire à l’école.

Grâce aux nouveaux outils de communication que sont le smartphone, la tablette et l’ordinateur, Thomas et Steven sont persuadés que leur méthode devrait éveiller l’attention les élèves comme jamais auparavant dans l’histoire du cours d’histoire. C’est marrant, nous aussi.

Et pour compléter le concept, une ligne du temps s’allonge sur la page www.hstry.org à mesure qu’évolue le récit de notre passé, qui collecte l’ensemble des informations distillées en classe ainsi qu’une série d’autres textes et documents multimédias complémentaires. C’est cette page qui constituera le matériel de cours, tant pour les élèves que pour le professeur. On aurait presque envie de retourner en classe.

Après une première expérience réussie sur le Grand Fog de Londres de décembre 1952, cette ascension de l’Everest a achevé de confirmer la proof of concept de cette start-up prometteuse. Le site a quant à lui déjà rassemblé quelque 6.000 visiteurs en moins d’un mois d’existence. Des signes positifs qui devraient encourager Hstry.org à préparer la prochaine étape de son développement. Deux semaines de cours connecté dans autant de classes test en Grande Bretagne, mère patrie de Thomas. Où tablettes et smartphones seront chaudement recommandés dans les cartables.

Osez la rencontre !