Le Québec inspire la créativité en Wallonie

Olivier Croughs
Mis en ligne

Sur l’innovation aussi, les deux régions parlent la même langue

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Le Cirque du Soleil encadrait le salon C2-MTL du commerce et de la créativité à Montréal. L’entreprise a réussi une reconversion remarquable sur les scènes commerciale, technologique, culturelle, sociale et environnementale.
    Le Cirque du Soleil encadrait le salon C2-MTL du commerce et de la créativité à Montréal. L’entreprise a réussi une reconversion remarquable sur les scènes commerciale, technologique, culturelle, sociale et environnementale.
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Le ministre a rencontré des PME wallonnes exportant au Canada. Ici avec Stûv (
«
poêle
» en wallon), entreprise de poêles domestiques design.
    Le ministre a rencontré des PME wallonnes exportant au Canada. Ici avec Stûv ( « poêle » en wallon), entreprise de poêles domestiques design.
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Jean-Claude Marcourt avec, entre autres, Jean-François Lisée, ministre des Relations internationales du Québec et Daniel Lamarre, directeur du Cirque du Soleil.
    Jean-Claude Marcourt avec, entre autres, Jean-François Lisée, ministre des Relations internationales du Québec et Daniel Lamarre, directeur du Cirque du Soleil.

MONTRÉAL

De notre envoyé spécial

Pourquoi diantre, alors que l’avenir de l’acier liégeois est en péril imminent et que l’enseignement supérieur nécessitait encore la semaine dernière une réforme importante, pourquoi s’envoler chez nos cousins québécois quand l’actualité wallonne réclamait et réclame encore des actions du ministre à plus d’un titre ? Simple. Outre l’Économie et l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt est aussi ministre wallon des PME, du Commerce extérieur et des Technologies nouvelles. Il l’a d’ailleurs glissé à l’attention du directeur de l’École de technologie supérieure de Montréal lors de sa visite : «  on y passerait la journée si l’on devait détailler l’ensemble de mes titres  ». Et pour cause, il n’en fut rien.

Considérée comme l’une des villes les plus avancées au monde en matière de politique publique pour développer l’économie créative et innovante, Montréal s’est imposée comme premier partenaire de la Wallonie dans les chefs du ministre et des membres du réseau global de l’innovation de l’AWEx. Et avec elle, le Québec tout entier. L’une des clés de la visite est justement de partager avec le gouvernement québécois les meilleures façons de remettre l’innovation et la créativité au centre des attentions économiques. Et la seconde édition de la conférence d’affaires C2-MTL (pour Commerce + Créativité à Montréal) fut l’occasion que le ministère des Relations internationales québécois a choisie pour inviter la Wallonie.

Au menu du nouveau programme de coopération entre les deux régions, l’innovation scientifique, sociale et culturelle, l’économie, la société et l’environnement durable. Sur place, c’étaient notamment des rencontres économiques, un bilan des échanges de jeunes et l’examen de 70 projets de coopération communs dans les domaines de l’environnement, des TIC et de l’aéronautique.

Une coopération dont on peut saisir le sens au regard des similitudes économiques entre les deux régions. Avec 8 millions de consommateurs, un PIB comparable à celui de la Belgique, dont les trois quarts proviennent du secteur des services, le marché du Québec est, comme le nôtre, un marché dit « de maturité ». Et les secteurs d’opportunités du Québec, principalement actifs dans l’énergie, les TIC, le multimédia, l’aérospatial, le biotech et le pharmaceutique, rappellent immanquablement les six pôles de compétitivité wallons, au cœur du Plan Marshall 2.vert.

Ce Plan que Jean-Claude Marcourt a voulu enrichir d’une nouvelle dimension depuis octobre 2010 par le programme cadre et transversal Creative Wallonia. Avec un budget de 9 millions d’euros sur base annuelle, Creative Wallonia devrait, à terme, accompagner le Plan Marshall 2.vert dans l’effort du gouvernement pour dynamiser la Région et l’accompagner dans sa reconversion économique sur base d’une articulation intelligente entre centres de recherche, universités, industries et PME et centres de formation.

À défaut de chiffres, une récompense prestigieuse a néanmoins suggéré la pertinence de Creative Wallonia. La Commission européenne ayant récemment décoré la Wallonie du titre de District créatif européen, partagé avec la Toscane, parmi 44 candidatures.

En fin de compte, les raisons de cette visite apparaissent plus claires au regard du credo du ministre de vouloir décloisonner les filières de l’enseignement – il l’a encore rappelé la semaine dernière – mais aussi des secteurs d’activité, qui devraient trouver dans cet idéal transdisciplinaire le germe d’une nouvelle économie wallonne créative et innovante. Rendez-vous dans quelques années pour un premier bilan.

L’économie créative

L’économie créative, telle que définie par l’Europe, est un ensemble d’activités exploitant l’inventivité esthétique et artistique de groupes de travailleurs créatifs.

À l’occasion de C2-MTL, elle était particulièrement bien représentée par Le Cirque du Soleil. L’entreprise montréalaise qui emploie aujourd’hui 5.000 personnes dans le monde, parmi lesquelles plus de 1.300 artistes, a choisi de délaisser les tares du cirque traditionnel que sont l’exploitation et le transport d’animaux. L’essence de sa philosophie misant principalement sur les numéros d’acteurs et d’acrobates.

Une autre démonstration de succès dans l’industrie créative était signée Philippe Starck. L’architecte et designer français de renommée mondiale s’était fait particulièrement remarquer à l’occasion d’un exposé coup de poing sur le sens qu’il donne à son métier «  de l’inutile  », qu’il intègre pourtant volontiers dans une démarche citoyenne et durable. Son slogan : «  L’élitisme est l’essence de la vulgarité  ». À opposer à son récent projet avorté de yacht démesuré pour Steve Jobs. Le paradoxe de l’artiste.

Enfin, difficile de traiter l'économie créative québécoise sans évoquer son fleuron de l’industrie vidéoludique. Ubisoft Montréal (filiale d’Ubisoft France) est le plus important studio de développement d’Amérique du Nord et d’Europe avec un effectif actuel de 2.300 employés, parmi lesquels des artistes de tous horizons.

En Wallonie, une stimulation de ce secteur pourrait notamment venir du Pôle Image de Liège dont l'ambition est de réunir la crème des entreprises de l'audiovisuel, et particulièrement du cinéma.

Le traditionnel innovant

Il est ici question des entreprises traditionnelles dont le propre de l’activité est aujourd’hui de sans cesse innover pour rester compétitives dans un marché mondialisé. Un contexte dans lequel créativité, main-d’œuvre qualifiée et savoir-faire (protégé ?) tiennent une place déterminante. C’est sans doute sur ce terrain que Québec et Wallonie se ressemblent le plus. Principalement dans les secteurs de l’aéronautique, l’aérospatial, le pharmaceutique et le biotech.

Au Québec, impossible de passer à côté de Bombardier. Multinationale montréalaise spécialisée dans la construction de matériels de transports. Elle est surtout présente dans la construction aéronautique et ferroviaire. Pour l’anecdote, elle est notamment à l’œuvre sur les trams de Bruxelles. Avec un effectif de 65.400 personnes et un chiffre d’affaires de 17,7 milliards de dollars (2011), on comprend sans peine son slogan, quoi qu’un peu bateau : «  Des avions. Des trains. Une fierté  ».

En Wallonie, c’est la Sonaca qui s’illustre dans les domaines de la construction aéronautique et aérospatiale. Elle possède des filiales au Canada, aux États-Unis et au Brésil. Majoritairement détenue par la Région, la Sonaca a fait un chiffre d’affaires de 230 millions d’euros en 2010. Elle emploie aujourd’hui 2.000 personnes.

Le transdisciplinaire expérimental

Il existe aujourd’hui de passionnantes expériences de « living lab » dans lesquels ingénieurs, informaticiens, scientifiques, artistes et toutes autres formes de profils sont amenés à collaborer autour de projets dits transdisciplinaires.

Un « living lab » regroupe, sous la forme d’un partenariat, des acteurs publics, des entreprises, associations et personnes privées dans le but de tester « grandeur nature » des services, des outils ou des usages nouveaux.

Il s’agit de sortir la recherche des laboratoires pour l’appliquer dans la vie de tous les jours.

À Montréal, le projet SAT/Sainte-Justine à Montréal en est une remarquable illustration. Où les talents de l’industrie du jeu vidéo peuvent rencontrer les compétences d’un ingénieur et d’un psychologue.

Il faut voir la démonstration d’une thérapie psychologique visant à diminuer l’anxiété chez l’enfant par l’usage d’un avatar en 3D. Celui-ci déclame, par l’intermédiaire d’un écran, les répliques du thérapeute au très jeune patient. L’apparence enfantine et sympathique du personnage tend à libérer l’enfant des appréhensions qu’il aurait eues vis-à-vis d’un adulte. Et ce n’est qu’un exemple.

Chez nous, le Centre d’Excellence en Technologies de l’Information et de la Communication (CETIC) à Charleroi travaille sur un projet similaire.

Osez la rencontre !