«L’attentat» et Ziad Doueiri: «Je m’en fous de leur loi»

Didier Stiers
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Pour adapater « L’attentat »de Yasmina Khadra, le réalisateur libanais a travaillé avec des acteurs israéliens. Il risque la prison.

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En ce début avril, il devrait être sur un petit nuage, Ziad Doueiri. The attack, L’attentat en français, s’est vendu en Europe, en Asie et en Amérique, en plus d’avoir été sélectionné dans une vingtaine de festivals. Il y a des réalisateurs qui signeraient les yeux fermés pour moitié moins que ça ! Sauf que le petit dernier du cinéaste libanais, primé à Cannes en 98 pour West Beirut, a reçu ailleurs un drôle d’accueil. Ainsi, le Qatar, pourtant investisseur principal dans le film, lui a donné plusieurs milliers de dollars pour qu’il fasse effacer toute mention à l’Emirat. Sujet finalement trop sensible pour l’heure, lui a-t-on dit. Et s’il n’y avait que ça ! Du coup, Ziad est remonté… mais s’inquiète quand même de savoir si ses propos sont suffisamment pertinents dans le cadre de notre interview !

J’ai cru comprendre que le film avait été officiellement interdit au Liban ?

Oui ! Je comptais beaucoup sur une sortie là-bas, c’est mon pays natal, quand même ! Je voulais aller me battre avec ces abrutis, mais finalement, les distributeurs m’ont convaincu d’attendre, de rencontrer d’abord la presse en Belgique, en France, aux Etats-Unis, jusqu’à ce que le gouvernement se calme. Parce qu’on parle de me mettre en prison.

Pour quel motif ?

Je suis en infraction. La loi interdit aux citoyens libanais de travailler avec des acteurs ou qui que ce soit d’israélien. Nous n’avons pas le droit de mettre les pieds en Israël, d’avoir le moindre échange culturel, politique, économique ou autre. Sous peine de trois ans de prison.

Vous le saviez, quand même ?

Bien sûr, mais quoi ? On va utiliser des acteurs belges pour jouer des Israéliens ? Je m’en fous de leur loi, on est là pour raconter des histoires !

Tout cela n’est-il pas un peu surréaliste, alors que le film a été primé à Marrakech, financé en partie par l’Egypte et le Qatar ?

Je pourrais même avoir un Oscar, ils s’en foutent ! Pourquoi ? Dans chaque culture domine un grand tabou, même s’il pourrait y avoir d’autres problèmes beaucoup plus importants. Dans le monde arabe, au Liban, en Palestine, l’Israélien est le diable ultime. Que Bachar El-Assad massacre tout son peuple, c’est acceptable mais le Juif reste le démon absolu. Bien sûr, je ne retourne pas ma veste. Tout ce que je dis, c’est que nous sommes des cinéastes, que nous allons tourner un film et ne considérer que ce qui est bien pour le film. Si ça comporte des risques, eh bien, tant pis !

Le spectateur se rendra-t-il bien compte qu’il s’agit avant tout d’une histoire d’amour ?

Les Européens et les Américains, oui, mais la plupart des spectateurs arabes le verront sans recul, au premier degré. Ma vie est remplie de cette lutte entre les Arabes, les Israéliens, les Palestiniens… Il était déjà question du démon sioniste dans le lait qui sortait du sein de ma mère. Mais il va quand même falloir trouver une autre histoire à raconter, non ?

Le film débute par le discours que tient le médecin, qui a finalement réussi chez cet ennemi…

Si le livre n’avait pas eu cette force, cette étude de personnages complexes, je ne l’aurais jamais adapté. Chapeau à Yasmina Khadra ! Ce livre m’est tombé dessus alors que j’en avais assez des histoires de Moyen-Orient. Il est fort, mais nuancé. Cette scène du discours n’est pas dedans. Il a fallu scénariser. Mais elle montre combien ce personnage est intègre, comme le sont souvent les personnages de l’auteur, et en même temps naïf. Mais c’est une naïveté humaine.

Vos réactions

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4. Y.D dit le 05/06/2013, 14:47

crazy mama dit le 05/06/2013, 11:47 "avant l'arrivée des Palestiniens"... vous rappelez-vous des circonstances de l'arrivée de palestiniens comme vous dites. Vous rappelez-vous que s'ils sont arrivés, c'est parce qu'ils ont été chassés de chez eux ? On en revient toujours à la faute originelle...

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3. un type dit le 05/06/2013, 12:03

"Une fois de plus..." "Mais il va quand même falloir trouver une autre histoire à raconter, non ?"

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2. crazy mama dit le 05/06/2013, 11:47

Rien de neuf Il ne devrait exister qu'une seule forme de ségrégationnisme: celui envers les cons intolérants. Plaçons les dans un enclos grand comme la Chine. Le restant de la planète (25%) vivra tranquille de ses échanges culturels, économiques et autres. Et dire que le Liban, avant l'arrivée des Palestiniens, était un pays riche, pluriculturel,rempli d'hommes intelligents, de jolies (et intelligentes) femmes. Inch Allah, God damned, Non didju, got verdammen, godferdek,que se vayan a la mierda.

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1. Emma Dover dit le 05/06/2013, 11:23

Bravo Monsieur de prendre ce risque. Une fois de plus, les islmaistes au pouvoir montrent qu'ils sont les fachistes du 21ème siècle. Après la peste brune du 20ème, la peste verte du 21ème.

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