Tête d’Enfant en tête de file
Soutenue par l’Espace Catastrophe, la Cie Tête d’Enfant est sélectionnée pour représenter la Belgique en Avignon cet été. À voir en avant-première à l’Espace Delvaux.
Le théâtre a ses couveuses pour tenir au chaud ses jeunes artistes prometteurs, mais le cirque ? Qui pour prendre sous son aile les acrobates encore un peu fragiles dans leur processus de création ? L’Espace Catastrophe pardi, doux nid pour créateurs en herbe dans un secteur peu propice à la sédentarisation. L’espace circassien verra éclore une batterie d’artistes dont La Rusparocket ou encore Alexis Rouvre, dont on découvrira les créations aux Halles dans le cadre de Hors-Pistes en 2014. Couvée plus rapide pour cuvée impatiente avec la Cie Tête d’Enfant qui présente Me, Myself and Us cette semaine à l’Espace Delvaux avant de représenter la Belgique cet été au festival « Midi-Pyrénées fait son cirque » en Avignon.
Sélectionné par le Théâtre des Doms pour porter les couleurs belges francophones, le trio creuse l’idée du vivre ensemble dans un spectacle très énigmatique, où les personnalités se cherchent, se confrontent, entre cirque et danse contemporaine, main à main et capoeira, cruauté et tendresse. Il y a le Petit Prince, être bouillonnant qui jongle avec ses quilles et ses cannes dans une rageuse quête de reconnaissance. Il y a le Pierrot lunaire qui a troqué son croissant de lune contre un trapèze, accrochant ses rêveries dans les bras de ses deux autres compagnons. Et puis, il y a le troisième larron, qui tente de glisser son corps trapu dans de sensuels fantasmes féminins, tableaux de toute beauté où les frontières sexuelles, sensuelles, se brouillent.
C’est bien là la principale touche de Tête d’Enfant : un style indéfinissable, des références qui font l’anguille entre musique hispanisante ou rock et répliques de film (Les enfants du paradis, de Marcel Carné), un propos qui file entre les doigts comme une errance poétique qui ne suivrait que l’urgence des corps.
Formés au Canada
Ces grands écarts déroutants, la compagnie les doit sans doute à son parcours artistique, entre le Canada où ils se sont formés, jouant dans de prestigieuses compagnies comme Les 7 doigts de la Main, et la Belgique où ils tentent aujourd’hui de gagner leur autonomie. « On a tendance à dire que le cirque canadien joue plus sur la technique, et que le cirque belge, ou européen, penche plus vers la recherche. Je crois que nous sommes entre les deux, analyse Florent Lestage. Au Canada, le cirque fonctionne de manière très différente. Il n’y a pas de subventions, et les artistes n’ont pas de statut d’intermittent. Il faut donc être rentable et tourner le plus possible. Tu dois au moins tourner 300 dates par an avec un spectacle. En Belgique, si tu fais 70 dates, c’est déjà bien. Ça a des avantages et des désavantages : tu as moins de manœuvre pour prendre des risques. Par contre, comme tu dois travailler tout le temps, ça force à être proactif, à se diversifier, à jouer aussi bien pour des compagnies que pour des galas. » Aujourd’hui, le trio se concentre sur sa nouvelle création dont le titre dit la joyeuse schizophrénie : Me, Myself and us. Un cirque qui n’a pas peur de laisser percer la fragilité : « On voulait tout montrer, les imperfections, les aléas », souligne Naël Jammal. « Si je glisse sur une quille, tant pis. Ça permet de jouer le spectacle plusieurs fois sans avoir l’impression de se répéter », ajoute Guillaume Biron. Une expérience d’une suave spontanéité donc, à découvrir à l’Espace Delvaux.
Du 7 au 9 juin à l’Espace Delvaux, place Keym, Bruxelles. Tél. 02 672 14 39.
Du 10 au 28 juillet à « Midi-Pyrénées fait son Cirque » en Avignon !



