L’épopée de Charlotte Perriand au pays du zen
Libre, audacieuse, Charlotte Perriand est une pionnière du design. Elle puise son inspiration dans l’expérience du Japon.
Estimable prolongation jusqu’au 18 août de l’exposition Charlotte Perriand. L’aventure japonaise au Musée d’art moderne de Saint-Etienne, au sud-ouest de Lyon. Dans un esprit zen où essaiment photos, carnets de voyage, objets et meubles créés par la designer française, pionnière de la modernité aux côtés de Le Corbusier, l’exposition présente l’influence des traditions ancestrales japonaises sur le travail de Charlotte Perriand (1903-1999).
La Française découvre le Japon en 1940, invitée par le ministre de l’Industrie japonais alors que le pays n’était pas entré en guerre. Charlotte Perriand découvre qu’au Japon « on n’énonce pas une idée, on la cerne ». Elle va s’imprégner de l’art de vivre nippon mais aussi des techniques traditionnelles du bois, du bambou et de la laque. Faisant face à l’occidentalisation du pays fortement imposée par le pouvoir politique et économique, elle sait faire comprendre que bois, bambou, tissage et laque ne doivent pas être écartés. Dans ce pays qui ignore l’usage des tables et des chaises, où le tatami est le chef d’orchestre de la maison, elle va créer des sièges bas, plus près du sol, et du mobilier mettant en valeur les tissages des artisans et pouvant se substituer aux pièces traditionnelles.
La perception des choses
Les années Japon, c’est une période extrêmement féconde et stimulante pour la créatrice. Elaboré en étroit partenariat avec les Archives Perriand, le parcours est une immersion dans un univers créatif innovant. On découvre une lettre étonnante, de plus de 8 mètres de long : calligraphiée et peinte par Munakata Shiko, c’est un message de bienvenue anticipant l’arrivée de la designer au Japon !
On constate à quel rythme trépidant elle assume sa mission, multipliant conférences et visites d’ateliers et de magasins, groupes de travail et séances de croquis, études, prises de vues…
Des photographies la montrent dans les écoles, instituts, laboratoires et usines situés dans les principales régions de l’archipel pour évoquer des sujets aussi divers que la porcelaine, la poterie, le tissu imprimé ou la teinture. « L’art est dans tout, dans un geste, un vase, une casserole, un verre, une sculpture, un bijou, une manière d’être », écrit-elle.
Chaque soir, elle prenait des notes, puis dessinait un mobilier tout en simplicité et élégance fonctionnelle qui révèle la quintessence de l’âme et de l’architecture japonaise, quand l’harmonie des choses et la relation entre l’homme et la nature constituent l’une des pierres angulaires de la singularité des traditions insulaires : la perception des choses.
De retour en France, Charlotte Perriand crée de superbes formes usuelles, mais surtout une forme de vie détachée des stéréotypes. En fait, une vie de liberté.








