Erik Dhont, l'homme qui transforme les jardins en oeuvres d'art
La Belgique possède une grande tradition en matière d’art du jardin.
Erik Dhont est un « enfant » des Wirtz et autre René Pechère.
Discret et timide, il laisse ses jardins s’exprimer à sa place.
L’homme est discret. Tellement discret qu’il faut parfois se pencher pour entendre ce qu’il dit. C’est sans doute pour mieux laisser parler son œuvre, qui s’étale devant nous dans le Grand Palais, à Paris, qui vient de consacrer une exposition à l’Art du jardin. Erik Dhont en a été le curateur. Une reconnaissance pour ce Belge de 50 ans qui n’a pas son pareil pour mettre en scène un jardin.
Chez lui, l’espace vert dans lequel on aime tous se retrouver se nourrit d’un jargon à part : abstractions, rythme, compositions linéaires, axialité, ordonnance géométrique. Des haies serpentines agrémentent des berges dans des réserves naturelles, une grotte végétale se trouve embellie par la présence de topiaires manucurés avec soin, un bassin d’eau devient la pièce principale dans un petit jardin bruxellois…
On reparlera à coup sûr de cet architecte paysagiste qui a déjà étalé ses talents en France, au Portugal, en Australie, à Malibu et bientôt à Saint-Pétersbourg. « Soixante pour cent de mon activité concerne le jardin résidentiel, dit-il. Parmi ceux-ci, 40 % sont réalisés à l’étranger, surtout en France. »
La France, comment ne pas y travailler lorsqu’on s’intéresse au monde végétal ? C’est elle qui a notamment enfanté André Le Nôtre, paysagiste et jardinier du château de Versailles sous Louis XIV. « Les Français ont toujours aimé le jardin, explique Erik Dhont. Mais ils admirent notre liberté d’esprit et notre créativité. La Belgique représente pour eux un vaste laboratoire d’idées… »
Ce n’est donc pas un hasard si la carrière d’Erik Dhont va connaître bientôt un autre grand moment. Dans la discrétion la plus totale, il travaille au jardin du musée Picasso en achèvement de rénovation dans la Ville Lumière. Le Belge y a imaginé une énorme pergola qui fera le tour du jardin avant. L’homme se veut toutefois modeste. « Un grand pas pour moi ? On verra quand j’aurai fini. Pour l’heure, il faut encore exécuter le travail… »
Les talents d’Erik Dhont ont déjà beaucoup voyagé mais ça ne l’empêche pas d’avoir un rêve : faire un jardin en Angleterre. « Peu importe le lieu ou la ville car partout le jardin y est roi, avoue-t-il. Je n’ai jamais eu de projet là-bas. Sans doute faut-il que je provoque l’occasion… »
On l’a dit, Erik Dhont a beau faire de la haute couture de jardins, il n’en reste pas moins (très) modeste. Quand on lui demande quelle est la plus belle œuvre qu’il estime avoir réalisée jusqu’ici, il ne parle ni d’une piscine aux Açores où il doit être divin de plonger, ni du jardin sans fleur ni plante qu’il a conçu pour le marchand d’art Boris Vervoordt et encore moins du parc de onze hectares du styliste Dries Van Noten qu’il a repensé à Lierre. « Mon plus beau jardin se trouve à Ixelles, dans une maison bruxelloise, murmure-t-il. C’est un tout petit jardin au milieu duquel trône un bassin enterré formé de grands blocs de pierre et placés sur plusieurs niveaux. Il n’y a pas de pelouse mais à l’arrière du bassin, les plantes forment un coussin végétal avec notamment du buis, des fougères et des érables japonais. La douceur du feuillage transforme l’endroit en un havre de paix. »
La Belgique possède une grande tradition en matière de créations de jardins. La famille Wirtz – Jacques et ses deux fils Peter et Martin - et René Pechère sont les plus illustres représentants d’un art qui a inspiré beaucoup d’adeptes à travers le pays. « Le lieu qui nous entoure nous influence énormément, assure Erik Dhont en nous montrant plusieurs ouvrages belges sur le jardin qu’il a tenu à mettre en évidence au Grand Palais. Quand un jardin a été réalisé en harmonie avec la maison dans laquelle il se trouve, il donne une plus-value évidente à l’ensemble. Tout est toujours question d’équilibre et on peut faire de très jolies choses avec n’importe quel espace. Un simple potager peut révéler un état d’esprit. »
Avec cet orfèvre du végétal, la nature devient un chef-d’œuvre et ses jardins sont d’authentiques tableaux. « L’intimité est importante, dit-il. On a tous besoin d’un refuge pour soi-même. Dans un jardin, tout ne doit pas être vu en une fois, il faut aller de découverte en découverte. Et il faut surtout regarder et respecter l’environnement dans lequel on travaille. »
Après une formation graphique à Saint-Luc, à Bruxelles, Erik Dhont a suivi des études d’architecture de jardin à Vilvorde. « Aujourd’hui, les clients se mettent à gérer leur jardin différemment, d’où la demande de potagers et de vergers, conclut-il. Ils veulent un jardin qui demande peu d’entretien mais en même temps, ils le veulent extrêmement bien entretenu. Ils sont également devenus plus impatients en voulant un résultat concret rapidement. Or, on ne peut pas accélérer la nature… »
PAOLO LEONARDI
www.erikdhont.com








