Le mirage de la détention «moderne»

Hugues Dorzée
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La prison « du futur », on voudrait y croire. Au-delà des esquisses et des belles intentions. Ce plan d’investissement à moyen terme (trois établissements ouverts d’ici à 2014, deux chantiers en vue, dont un « village pénitentiaire » à Haren) est séduisant. Mais la politique carcérale menée en Belgique depuis plusieurs années par des ministres de tous bords (PS, CD&V, Open VLD) démontre chaque jour ses limites (et c’est un doux euphémisme !).

Parc immobilier vieillissant, voire vétuste ; sous-investissement chronique ; conditions de détention médiocres, voire inhumaines ; surpopulation endémique ; carences immenses en matière de réinsertion… Le bilan est catastrophique. Mais sans doute faut-il laisser le bénéfice du doute à l’actuelle ministre de la Justice et à son administration qui, via ce « master plan », nous promettent des lendemains meilleurs.

Sur papier, ces « prisons du XXIe siècle » semblent bien conçues : un cadre verdoyant et lumineux, un détenu par cellule, un régime davantage « communautaire »… Le tout géré par un consortium privé, avec un contrat « béton » à la clé, dixit l’Etat fédéral désormais locataire pour 25 ans.

Mais ne nous leurrons pas : sans réelle réforme de notre système pénal, tout porte à croire que ces beaux édifices seront rapidement saturés, et que l’idéal d’une détention « plus ouverte » volera immédiatement en éclats.

Accroissement des peines ; restriction des congés et des libertés conditionnelles ; renforcement du régime disciplinaire du détenu…

Rien, dans les projets passés et à venir, ne semble aller dans le sens d’une approche nouvelle, voire visionnaire de la prison comme « ultime remède ». Tout au contraire. Les détenus n’intéressent personne à l’exception de ceux qui sont chargés de les surveiller et d’une poignée de professionnels commis d’office ou non (avocats, intervenants sociaux…). Et pour cause : ils ne votent pas ; payent peu ou pas d’impôts et, les sachant à l’ombre, la société peut dormir tranquille.

Grossière erreur.

Sans approche pénale alternative, sans réflexion sur le sens de la peine et sur son efficacité, sans moyens supplémentaires dégagés pour lutter contre la récidive et permettre des conditions de vie décentes dans les 33 établissements existants, une réinsertion digne de ce nom, etc., nos prisons resteront des poudrières. Et ces magnifiques centres ultramodernes, petits îlots de créativité sécuritaire, deviendront de tristes bagnes comme les autres.

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9. un type dit le 10/06/2013, 16:02

Victimes suite... Les victimes sont également plus vite remboursées si les délinquants sont plus vite mis au travail au lieu de coûter à la collectivité. La prison ne devrait servir que pour les gens vraiment dangereux et irrécupérables. Et encore, là un internement serait sans doute plus justifié.

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8. Labrador dit le 10/06/2013, 14:40

@ 6. BruxellesdanslaRue - Ne vous tracassez pas trop pour notre surplus d'épargne, les avocats des raiders anglo-saxons s'en occupent en faisant modifier notre législation sur le lien résidence/épargne. Ensuite, ils n'en feront qu'une bouchée en important chez nous leurs fonds d'investissement gonflés. Ils adorent cela "betting against big fortunes". La rivalité intercapitalistique à l'origine de cette crise n'est pas terminée.

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7. Labrador dit le 10/06/2013, 14:23

"Le tout géré par un consortium privé" ... Ben voyons. Et puis, un système de caution pour ceux qui ont les moyens comme au temps des Western n'est-ce pas.

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6. BruxellesdanslaRue dit le 10/06/2013, 13:25

[Ne parlez plus de cout salarial] Imaginez que personne ne travaille: il n'y a pas de salaire à payer, et il n'y a pas de profit non plus. Imaginez qu'on se mette à travailler: les salaires doivent être payés, mais il faut aussi dégager du profit. Ca demande une bonne gestion. C'est plus facile quand la valeur ajoutée sur l'activité économique est élevée. Or la Belgique montre un PIB/hab. parmi les plus élevés du monde. Donc la Belgique est l'un des seuls pays qui peut se permettre de dégager des hauts profits tout en payant des hauts salaires. Cependant depuis 15 ans, une succession de mesures ont réussi à faire stagner les salaires et augmenter les profits, tout en diminuant les taxes sur les profits (et donc les rentrées). Résultat: malgré une immense richesse produite, la Belgique crée des superriches, diminue le pouvoir d'achat de la classe moyenne et pauvre, et devient incapable de payer le tiers des services minimums qu'elle devrait pouvoir assurer.

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5. un type dit le 10/06/2013, 12:01

"Et les Victimes? ... et si on s'intéresserait simplement d'abord en priorité aux Victimes?" Il faut surtout éviter les futures victimes : souvenez-vous de la bande à Haemers et de l'évasion un gardien sur le toit de la bagnole, puis les nouveaux braquages et les nouvelles victimes. La prison ne mène qu'à la radicalisation, puis à des peines toujours plus longues qui éventuellement prendront fin avec la réinsertion, comme celle de Lacroix. Mais entre les deux, combien de p... de victimes, justement ?! Ce système a définitivement montré ses lacunes. La notion de la prison et de la vengeance est obsolète, elle date de l'ancien testament et de la barbarie. Maintenant, il faut s'atteler à élever l'homme.

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