Le Festival du documentaire Millenium récompense «A World Not Ours» et «Emergency Exit»
Pendant dix jours, le Festival du documentaire Millenium a rempli différents endroits de Bruxelles. Plus de 100 documentaires ont été diffusés. Le Soir, partenaire du festival, a récompensé le web-documentaire « Emergency Exit ». Le prix de l’Objectif d’Or revient à « A World Not Ours ».
Du 31 mai au 9 juin, Bruxelles a vécu au rythme trépidant de la réalisation de documentaires à l’occasion du Festival Millenium. Le festival fêtait cette année sa cinquième édition et, dans ce cadre, plus de 100 documentaires ont été diffusés, au sein de 80 événements, forts de quelque quarante réalisateurs, venus présenter leur travail. L’occasion pour le public belge de discuter de la réalisation et de partager ses impressions. Cette année, le festival a d’ailleurs réuni entre 10.000 et 11.000 personnes, « avec une baisse le samedi, à cause du beau temps », explique Zlatina Rousseva, la directrice artistique du festival. Outre les réalisateurs, la venue de Taslima Nasreen, poète et écrivain bangladaise, restera parmi les moments forts du festival, elle qui a témoigné de son combat pour la laïcité et les droits des femmes.
Les objectifs du Festival Millenium se lient à ceux des Objectifs du Millénaire pour le développement, définis par les Nations Unies contre la pauvreté. Les organisateurs ont tenu à sélectionner des films portant de l’intérêt à l’humain, sous toutes ses facettes. Junior par exemple, diffusé durant le festival, en est une bonne illustration. Ce documentaire de la réalisatrice flamande Sien Versteyhe a suivi le parcours de Jean-Pierre Junior Bauwens. Le jeune homme de 22 ans est un boxeur professionnel qui a la particularité de prendre des coups… pour sa famille. Il souhaite en effet gagner assez d’argent de la boxe pour offrir une nouvelle maison à ses six frères et sœurs, dont quatre sont autistes. Pour réaliser ce film, la réalisatrice a filmé « deux ans dans cette famille, jusqu’à faire oublier la caméra ». Le film, qui marque durablement le spectateur, est présenté dans la catégorie belge. « Dans cette catégorie, nous avons voulu soutenir les excellents talents locaux qui émergent », précise Zlatina Rousseva. Autre film important, le film Le Capitaine et son Pirate, d’Andy Wolf, qui a reçu le Prix Spécial du Jury, relate l’incroyable amitié qui s’est nouée entre un pirate somalien et un capitaine allemand lors d’une prise d’otage de quatre mois. « Ce film permet, grâce au regard du réalisateur, une observation psychologique des relations entre deux hommes que tout devrait opposer en pleine mer au large de la Somalie » a déclaré le jury.
Le fil rouge de cette édition était « Tout est à vendre ». Et si « tout est à vendre », la pauvreté l’est aussi, comme l’a montré l’excellent documentaire A Place To Take Away (« Un endroit à emporter », NDLR) du réalisateur brésilien Felippe Schultz Mussel. Ce dernier a suivi les excursions touristiques organisées à l’intérieur des favelas de Rio. Face à ces masses de touristes qui se baladent, appareil photo à la main, là où des milliers de gens tentent simplement de survivre, dans la plus grande des misères, impossible de ne pas réfléchir à notre propre position et regard de touriste.
Le film « A World Not Ours » reçoit la plus haute distinction
À l’issue de la Cérémonie de clôture qui a eu lieu dans le Studio 4 de Flagey, le documentaire A World Not Ours du palestinien Mahdi Fleifel a reçu l’Objectif d’Or, la plus haute distinction du festival (le documentaire a également reçu le Prix du Public). Dans ce journal intime en images, le réalisateur dresse le portrait de trois générations vivant à Ain al-Hilweh, un camp de réfugiés palestiniens situé dans le Sud du Liban, où lui-même a grandi. Dans un tout petit kilomètre carré, plus de 70 000 personnes vivent dans des conditions difficiles depuis plus de 60 ans, comme en témoignent les images filmées par le réalisateur et par son père dans les années 80 et 90. C’est avec délicatesse et humour que Mahdi Fleifel parle du quotidien de sa famille et de ses amis. « C’est un film incontournable et le prix qu’il a reçu n’est pas étonnant », explique la directrice artistique du festival. « Je pense qu’il s’agit du film le plus fort du festival. C’est visible même dans les réactions du public. On m’a notamment dit : « Je connaissais la situation entre les Palestiniens et les Israéliens mais je ne l’avais jamais vraiment comprise. Ce film permet de bien la comprendre sans montrer des images de guerres devenues habituelles quand on évoque ce thème », continue-t-elle.
Une carte interactive pour retrouver ses proches depuis les camps de réfugiés
Le Soir était partenaire du festival pour la partie web-documentaire. Les webdoc meetings ont duré plus de deux jours, ont réuni plusieurs intervenants et ont perms à des réalisateurs de s’essayer au pitching (la rédaction d’un projet de web-documentaire et sa défense devant des professionnels). Ces journées ont notamment donné aux réalisateurs les clés pour comprendre cette nouvelle forme de création émergente.
Le Prix du Soir revient au projet de web-docu Emergency Exit, de Lieven Corthouts. « Ce projet a un rôle social important puisqu’il s’agit d’une carte interactive qui permet aux orphelins qui vivent dans des camps de réfugiés de retrouver leurs proches », explique-t-elle.« Cette collaboration entre les médias et le festival est importante. Au-delà de la remise d’un prix, nous nous devons d’échanger sur ces questions. Oui, les médias ont un rôle social ». Et de conclure. « Le message principal du festival, c’est que nous sommes tous les mêmes. Peu importe notre religion et le coin du monde où l’on vit, nous avons tous les mêmes rêves et les mêmes peurs. C’est pour cela que l’on a diffusé des documentaires de tous les coins du monde ».





