Clovis Cornillac: «Je suis un acteur populaire et j’en suis fier»
L’acteur français revendique la dimension populaire de son métier.
Il a enfourché son vélo pour faire le Tour de France et est coaché par Bouli Lanners.
entretien
Paris
De notre envoyée spéciale
Déjà 30 ans qu’il promène sa gueule au cinéma. Enfant de la balle, Clovis Cornillac a choisi ce métier pour être dans l’ambiance, pas pour se regarder. Au cœur de la France profonde, on reconnaît en lui un vrai acteur populaire. Et il en est fier. Héros de La grande boucle, de Laurent Tuel, qui sort mercredi, il revendique cette comédie populaire pour enlever du cynisme dans sa vie de tous les jours et donner un endroit à la bienveillance, la générosité, le plaisir et le dépassement de soi.
Comment définissez-vous le terme « acteur populaire » ?
On mélange souvent le populaire avec le succès. Ça n’a rien à voir. Ce qui est populaire est profond. Le succès, c’est plutôt une fille de joie. Quand je vais au fin fond de la Creuse dans un petit bar, on me reconnaît et les gens disent qu’ils m’aiment beaucoup. J’en suis fier.
De quand date cette relation ?
Je suis incapable de le dire car j’ai une trajectoire particulière. J’ai été pris par le cinéma dans les années 80 puis rejeté puis pris par le théâtre et la télé avant d’être repris en force par le ciné. Pourquoi, quand, comment ? J’ai du mal à analyser. J’ai simplement vu la différence avec des camarades très connus mais qui n’ont pas cet ancrage. C’est bizarre.
Quel fut l’impact d’Astérix ?
Ce film est un souvenir mémorable et un peu fou car cela m’a éclairé sur le fait qu’on peut dire qu’un échec commercial est un succès et qu’un succès commercial est un échec. J’ai su à quel point il fallait relativiser. Je pense que certains producteurs ou distributeurs ont parlé de moi en disant : « Lui, c’est mort. » En même temps, ils reviennent. À plein de moments de ma carrière, j’ai été lâché ou plébiscité sans le savoir.
Quand un réalisateur comme Laurent Tuel vous dit : « Tu es mon Jean Gabin », cela donne des ailes ou une pression ?
La pression, jamais ! Car je fais un métier que j’aime et je sais très bien qu’on peut y dire tout et son contraire. Je ne me place jamais dans le rapport : « on attend ceci ou cela de moi ». J’ai fait un choix de vie : vivre de ma passion avec passion. Mon plaisir se situe là. Ceci n’enlève rien au fait que je peux être à chier dans certains rôles. Mais si on ne m’aime pas, cela ne me gêne pas car je n’ai rien à me reprocher. Je fais toujours mon travail avec conviction et passion. Quand j’entends qu’on me compare à quelqu’un que j’aime, c’est flatteur. Gabin représente une forme d’accès. Gabin, c’est nous. Il n’était pas très beau, mais il était beau aussi car il ressemblait à un gars de chez nous. Il était simple et avait cet aspect populaire que je peux avoir aussi. C’est-à-dire que j’ai du mal à faire croire que je suis de la haute. Je ne dégage pas quelque chose de bourgeois ou aristocrate. Ce serait d’ailleurs un vrai rôle de composition qui me passionnerait. Mais on ne me propose pas ce genre.
Sauf au théâtre…
Oui, parce que les conventions sont différentes. Au théâtre, on a un cadre pour raconter une histoire et à l’intérieur, le travail d’imaginaire de la part du public est énorme. Et comme je ne me vois jamais, je n’ai jamais de déception. Le cinéma, lui, te livre tout. C’est d’ailleurs son défaut : trop expliquer, trop dire, trop montrer.
Cela veut dire que le cinéma vous a donné des déceptions ?
Évidemment. La déception systématique que je ne suis pas quelqu’un d’autre. Je suis assez naïf pour croire qu’entre « moteur » et « coupez », je suis un autre. Quand je vois le film, la mauvaise nouvelle est que je me vois ! Je vois cette tête, cette voix, ce corps, tout ce qui me fait chier… Ce qui me rassure avec le temps, ce sont les réactions des gens qui ont vu quelque chose du dedans. Par eux, je sais que je suis différent à chaque fois. J’ai donc appris à regarder mes films sans être gêné par moi. Je me vois flou, un peu comme Robin Williams dans
Harry dans tous ses états
, de Woody Allen.
Vous dites ne pas vous aimer physiquement et en même temps, vous avez choisi un métier de lumière…
C’est le paradoxe de pas mal d’acteurs ! Je vis très bien avec moi-même puisque je ne me vois pas. J’ai compris que mon principal atout n’était pas mon physique. Ce constat, je l’ai fait il y a une bonne quinzaine d’années. Vers 30 ans, je me suis rendu compte que ma mère m’avait toujours trouvé beau et que j’y avais cru. Et j’ai compris que le monde, ce n’était pas ma mère.
FABIENNE BRADFER
Critique du film et interview de Laurent Tuel dans le Mad du 12 juin.








