Le 11h02: «L'OffshoreLeaks, au-delà du journalisme, une aventure collective»
L'homme par lequel le scandale est arrivé, Gerard Ryle, était l'invité exceptionnel du 11h02, ce mardi. Pour la première fois, il s'est exprimé publiquement sur les coulisses de l'enquête en choisissant le 11h02 du Soir pour répondre à vos questions.
Outre ce 11h02 avec Gerard Ryle (qui se déroulera en anglais), Le Soir vous invite à une soirée exclusive, animée par Béatrice Delvaux et Alain Lallemand, dans les locaux du journal, 100 rue Royale, 1000 Bruxelles, dès 20h, ce mardi. Envie de participer? Inscrivez-vous par mail sur communications@lesoir.be
D’où est partie cette enquête ?
Tout a commencé par une enveloppe brune qui m’a été adressée. J’avais un passé de journaliste d’investigation en Australie. J’avais travaillé 10 ans pour « The Age ». Et au « Sydney Morning Herald ». Depuis 2 ans, je suis directeur de ICIJ, l’International Consortium of Investigative Journalists. C’est peu après avoir reçu ce disque de données que j’ai été appelé à la tête de ce réseau de 180 journalistes spécialisés dans des investigations.
Comment travaille l’ICIJ ?
Quand un dossier comme ça se construit, on se renseigne d’abord auprès des journaux qui sont nos partenaires. A cet égard, nous travaillons avec Le Soir depuis près de 14 ans. Si des journalistes ne sont pas disponibles pour cette enquête, nous faisons appel à des free lances, que nous recommandent ces journalistes.
Quel est votre sentiment par rapport à cette enquête ?
Je ressens beaucoup de fierté par rapport au résultat et au travail fourni. Ce travail était aussi un effort collectif qui a apporté une véritable valeur ajoutée.
Avez-vous subi des menaces ou des pressions ?
Non, pas vraiment mais une pression juridique due au simple fait de devoir éviter d’être poursuivi en justice. Il n’y a pas eu de menaces car ces données étaient déjà dans les mains du gouvernement américain depuis un an. Le grand étonnement fut de constater que ces données n’avaient pas été exploitées par les autorités et que ce sont des journalistes qui ont dû révéler l’existence de ces données.
Ce travail a-t-il eu un impact positif sur les gouvernements concernés ?
Il y a eu une réaction très vive partout dans le monde. Une dizaine d’enquêtes de haut niveau ont commencé. Des dizaines de démissions ont eu lieu, ainsi que des discussions et un grand débat sur la question.
Quelle est la révélation la plus importante ?
Il y a 3 choses dont je suis fier : d’abord, la reconnaissance publique qu’il fallait que les choses changent. Ensuite, l’indignation collective que ces révélations ont suscitée. Enfin, l’incroyable coordination avec laquelle les révélations ont pu être faites partout dans le monde. Ma satisfaction vient du fait que les révélations ont vraiment un impact. Le directeur de l’une des banques principales d’Autriche a dû donner sa démission. Cela nous a indiqué que notre travail avait été pris en compte, que nous avions vraiment un impact. Le vice-président de la chambre de Mongolie a dû lui aussi démissionner.
La Belgique est-elle un cas particulier ?
Au niveau européen on ne peut pas vraiment dissocier un pays d’un autre. C’était une enquête internationale. Maintenant, on arrive à une véritable action politique, la pression par les médias continue.
Quelle est la teneur de votre prochaine enquête ?
Je n’en sais encore rien.
Quelle est la différence entre ICIJ et WikiLeaks ?
WikiLeaks a changé les règles du jeu et ICIJ essaye de regagner une partie du terrain qui a été perdu. J’admire leur travail mais dans le cas de cette enquête-ci, les données telles qu’elles existaient méritaient d’être traitées car elles étaient illisibles pour tout un chacun. Il y a eu un grand travail de reconditionnement des données. Notre projet était de rendre publiques les données reçues et de les recontextualiser.
Que retenez-vous de tout cela ?
Le grand souvenir, c’est qu’à l’ICIJ, il y a un mur complet de messages que nous avons reçus de partout, dans toutes les langues : des commentaires, des croquis, des dessins. Nous avons reçu de CBC Television un montage de tous les extraits de l’annonce faite par l’ICIJ sur l’Offshore Leaks.




Une bonne question serait de savoir si les journalistes du "LESOIR", si prompts à faire l apologie du Gouvernement belge, ne sont pas gêné de se trouver dans la même pièce que lui :-)))