Le complexe militaro-cybernétique

Jurek Kuczkiewicz
Mis en ligne

Le 17 janvier 1961, prononçant en fin de mandat son discours d’adieu aux Américains, le président Dwight Einsenhower eut ces paroles prophétiques : « La conjonction d’un establishment immense et d’une grande industrie de l’armement est nouvelle dans l’expérience américaine. (…) Le potentiel de la montée désastreuse d’un pouvoir abusif existe, et va perdurer. Nous ne pouvons laisser le poids de cette combinaison mettre nos libertés et nos processus démocratiques en danger. » L’ancien général venait de définir et de lancer l’expression de «complexe militaro-industriel ».

Aujourd’hui, les citoyens sont en train de découvrir une nouvelle « expérience américaine » : le complexe militaro-cybernétique. Comme dans le cas du premier, ce système relie dans une alliance intime le gouvernement, l’armée, le législateur et de puissantes entreprises américaines. Nombre d’innovations développées par ces entreprises technologiques l’ont été au départ pour des besoins militaires, et grâce à leurs crédits. A commencer par le réseau internet lui-même...

Mais ce nouveau complexe militaro-cybernétique dispose d’une emprise sur le monde et ses citoyens, sans commune mesure avec le système contre lequel le président Eisenhower avait voulu mettre ses concitoyens en garde : le programme de surveillance Prism permet de « draguer» les données et communications de plus d’un milliard d’humains, au mépris de leurs libertés civiques.

On découvre aussi qu’outre le gouvernement des Etats-Unis, des entreprises privées américaines se sont aussi fait la spécialité d’amasser des centaines de données au sujet de beaucoup d’entre nous...

L’Europe a lancé la mise en route de son propre système de géolocalisation par satellite Galileo, car la dépendance à l’égard du GPS américain paraissait trop dangereuse. Elle découvre une dépendance autrement plus grande, et contre laquelle elle ne créera plus de Microsoft, de Google ou de Facebook européens...

L’Union européenne en est réduite à négocier au mieux - à ce jour sans succès - la protection des données de ses citoyens et entreprises. Et des « libertés et processus démocratiques », qu’Einsenhower voyait déjà mis en danger il y a 50 ans. Mais au vu du peu de réactions que semble susciter chez nos dirigeants européens la mise à jour du complexe militaro-cybernétique américain, on mentirait si on écrivait qu’on se sent bien défendu.

Vos réactions

Voir toutes les réactions

4. Fafnir dit le 11/06/2013, 14:30

Dans ce domaine les États-Unis d'Amérique mènent le bal mais quasiment tous les gouvernements ont cette préoccupation du renseignement au coeur, notamment car c'est un élément fondamental de la lutte contre le terrorisme et l'évasion fiscale. Il reste à mettre en place l'équivalent du bouclier à cette arme. Ce sera très difficile et au moins nous pouvons regarder comment la Chine tente d'y répondre d'une manière différente du reste du monde.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
3. Fafnir dit le 11/06/2013, 14:29

Dans ce domaine les États-Unis d'Amérique mènent le bal mais quasiment tous les gouvernements ont cette préoccupation du renseignement au c

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
2. cherpay dit le 11/06/2013, 13:20

La vision de D.Einsenhower et ses craintes de Général se sont vérifiées en tous points.Il en sera de même pour ce nouveau concept politico-militaire. D.E. avait vu le développement de l'Amérique consécutif à la deuxième guerre mondiale.Il connaissait les tentations du futur.Elle ne manquèrent pas de se réaliser.Ce qu'il ne savait pas c'est que son grand pays irait de défaite en défaite.qu'il aurait une dette de 17 Mds de dollars.Il ne pouvait imaginer non plus quelles formes de guerre adviendrait.Concepts nouveaux: Guerres nouvelles."L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme" V.Hugo (La légende des siècles.)

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 1 non 1
1. un type dit le 11/06/2013, 11:45

"au vu du peu de réactions que semble susciter chez nos dirigeants européens la mise à jour du complexe militaro-cybernétique américain, on mentirait si on écrivait qu'on se sent bien défendu." Au contraire, nos 'élus' collaborent. Voyez la position de De Gucht au sujet de ACTA.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 2 non 1
Voir toutes les réactions »

Osez la rencontre !