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A l’heure où les télé-crochets musicaux inondent nos écrans, il n’en va pas de même dans les salles de classe. Parfois absente du planning des primaires et à peine présente une heure par semaine dans les deux premières années du secondaire, la musique a presque déserté l’école. Cherchez l’erreur ?
Avec les années, force est de constater que la discipline musicale occupe de moins en moins de place dans les plannings de nos enfants, tant dans le primaire que dans le secondaire. En primaire, le programme officiel ne prévoit aucune pratique musicale, tandis que dans le secondaire, le programme planifie une heure de musique hebdomadaire sur un semestre, l’autre semestre accueillant les arts plastiques.
Pour Sophie Mulkers, porte-parole des Jeunesses Musicales, le plus gros opérateur culturel à destination de la jeunesse, la musique mériterait de gagner davantage de place à l’école. « C’est prouvé depuis très longtemps : la musique est fondamentale dans l’enseignement et les enfants devraient bénéficier d’une heure de musique par jour », explique cette anthropologue de formation. « Un chercheur hongrois a démontré qu’un éveil précoce à la musique permet d’être plus éveillé, vigilant et de saisir des valeurs propres au vivre ensemble (respect, solidarité, partage…). Un comportement qui se transfère ensuite dans les autres matières. »
Une heure journalière de musique peut sembler difficile à assumer pour les enseignants primaires. « Mais le tout est de planifier des moments musicaux, sur le trajet de la piscine, dans la file de la cantine ou à la fin de la journée, lorsque les enfants sont un peu fatigués. Le ludique peut faire le lien entre les matières et ne retarde pas forcément l’avancement du programme », poursuit notre interlocutrice, également responsable pédagogique au sein des JM.
Le parascolaire prend le relais
Faire le lien entre les disciplines en musique, c’est l’objectif du projet-pilote musico-pédagogie. Initié il y a deux ans dans 16 écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il prend place dans une quarantaine de classes, tous réseaux d’enseignement confondus, de la 3e maternelle à la 6e primaire. Près de 800 élèves bénéficient de ces cours de musique dispensés par les Jeunesses Musicales et subsidiés par le ministère de l’Enseignement.
« Toutes les semaines, pendant un semestre, nous organisons des exercices de rythmique, du chant, de la danse, de l’écoute… c’est très vaste », explique Anaïs Vandenbosch, ambassadrice des JM en Brabant Wallon. A la demande d’un des professeurs avec qui elle collabore, Anaïs peut composer une chanson sur un thème précis dans un but pédagogique. « Si les enfants ont du mal à retenir des règles en mathématiques, je vais créer une comptine où elles y seront, de manière à ce que chaque enfant puisse avoir la possibilité de comprendre. Chacun a une sensibilité différente, qu’elle soit visuelle ou auditive, et la musique permet parfois de saisir des informations par un autre biais ».
Le projet-pilote semble porter ses fruits car, l’an dernier, les enseignants ont demandé de nouvelles séances pour l’année 2012-2013. « Nous formons aussi les professeurs à chanter devant leurs élèves, mais ce n’est pas toujours évident car il y a parfois une gêne, une retenue, alors que les enfants se moquent de savoir si leur professeur chante juste ou faux », poursuit Anaïs, institutrice de formation.
Si l’enseignement de la musique à l’école est assez restreint actuellement, la solution se trouve peut-être dans le parascolaire. Conservatoires, académies, écoles privées, stages… il y a l’embarras du choix. Et certaines animations rencontrent un succès grandissant. « Nous avons de plus en plus d’inscrits, environ 150 supplémentaires chaque année », indique Patricia Dacosse, directrice de l’académie de Nivelles. « L’inscription dans une académie reste gratuite jusqu’à 12 ans et passe à 68 euros par an pour les 12-18 ans, notamment grâce aux aides de la Fédération Wallonie-Bruxelles. »
Des prix très démocratiques qu’on ne trouve malheureusement pas partout : 360 euros les cours d’éveil musical pour les tout-petits, 450 euros pour une préparation instrumentale ou des cours de piano, 125 euros la semaine de stage… les tarifs pour une activité musicale sont parfois exorbitants. Si un vaste éventail de choix s’offre aujourd’hui aux jeunes générations, les moins favorisés ne peuvent hélas pas en bénéficier. Alors, à quand la musique pour tous à l’école ?
Annabelle Duaut



