Harlem Shake sur le campus
Après avoir séduit nos entreprises, l’armée et même nos hommes du feu, la vague du Harlem Shake déferle sur nos établissements scolaires. Athénées, hautes écoles et universités ont toutes succombé au phénomène. Décryptage.
Ils ont 17, 20 ou 23 ans et ont tous un point commun : ils ont participé au Harlem Shake de leur école. A Bruxelles, Liège, Charleroi, Namur ou Mons, pas une ville étudiante n’aura résisté à l’envahisseur. Le concept ? Réaliser une chorégraphie décalée sur la musique « Harlem Shake », du Dj américain Baauer. Une personne, masquée ou non, débute une danse sur une musique hip-hop électro, au milieu d’un groupe qui vaque à ses occupations habituelles. Après un plan de coupe, le danseur est rejoint par d’autres personnes soudainement déguisées de manière loufoque qui utilisent du matériel de manière détournée ou miment des actes sexuels. Le tout, pendant une trentaine de secondes. Un scénario très simple qui a engendré près de 50 000 versions dans le monde en quelques semaines.
Après la fièvre du « Gangnam Style » de Psy, l’heure est donc au Harlem Shake. En plus extravagant et désordonné. Mohamed, étudiant en médecine à l’ULg, a organisé la séance de défouloir collectif. Il explique sa démarche. « Après avoir vu le phénomène de mode qu’est devenu le Harlem Shake en quelques semaines, je me suis dit : pourquoi ne pas en organiser un en Bac1 ? Nous sommes nombreux dans notre amphi et je me suis dit que cela serait sympa de mettre un peu de gaité après un quadrimestre de révision. J’ai créé l’événement sur Facebook, ai apporté le matériel audio/vidéo nécessaire et ai demandé à un de nos profs de décaler son cours, ce qu’il a accepté de faire. L’événement s’est fait le mercredi 6 mars entre deux cours. On était près de 300 personnes et je crois que c’est un moment dont on se souviendra longtemps ! »
Un buzz qui touche toutes les filières, des HEC aux romanistes, en passant par les étudiants en communication. Et même les plus jeunes. Nombreux sont les athénées des quatre coins du pays à avoir pris part au mouvement. La date des « 100 jours rhéto », une fête pour célébrer les dernières semaines de cours, a souvent été le prétexte pour préparer une chorégraphie excentrique. « On a organisé une danse le 19 avril dernier pour mettre une bonne ambiance », explique Alex de l’athénée Sainte-Anne, à Gosselies. « La moitié de l’école a participé, c’était très marrant. Certains parlent d’en réorganiser une, peut-être dans une salle de cours ou à d’autres occasions. »
Une danse anodine ?
Hommes torses nus, couples aux comportements lascifs, déguisements farfelus et animaux délurés font souvent partie de la faune présente lors de ces vidéos. Une chorégraphie de ce genre a-t-elle sa place au sein des établissements scolaires, lieux d’apprentissage par excellence ? Pas tout à fait selon certains responsables. Plusieurs directions ont déjà refusé de donner le feu vert à l’organisation de ce type de manifestation. Celle de Saint-Ghislain, dans la province du Hainaut, en fait partie.
Au début du mois de mars, 250 élèves du lycée Charles Plisnier se sont vus privés de danse au rythme de « Con los terroristas ». En cause : la crainte que des élèves de l’extérieur pénètrent dans l’enceinte de l’établissement et déclenchent d’éventuelles émeutes. Pour Christophe Butstraen, médiateur scolaire en Brabant wallon, la mode du Harlem Shake n’a cependant pas causé de dérapages comme les pages Spotted, très à la mode en janvier dernier. « Le problème avec le Harlem Shake c’est que, ce qui compte, ce sont les déguisements insolites et la précision à mimer des actes sexuels. Mais, la plupart du temps, les directions d’établissements ne savent pas ce que c’est car elles n’ont pas suivi la vague Spotted. Les risques d’émeute avec le Harlem Shake sont quasi nuls : à l’inverse du flashmob, le but n’est pas d’être le plus nombreux possible mais d’obtenir une reconnaissance de son groupe. »
Annabelle Duaut
Mode d’emploi
Matériel
Pas besoin de se ruiner pour faire le buzz. Une petite caméra, un ordinateur pour émettre de la musique et quelques personnes déguisées suffisent à produire un Harlem Shake.
Lieu
Un auditoire, un kot, une sandwicherie ou encore une rue peuvent faire l’affaire.
Timing
Sur une durée de trente secondes, la vidéo doit montrer, dans une première partie, une personne dansant seule d’une manière totalement incongrue. Pendant le refrain, changement d’ambiance radicale : elle est rejointe par un groupe de personnes, déguisées ou dénudées, qui bouge de manière frénétique.
Clôture
Un ralenti puis le grognement de la fin de la chanson indiquent que le Harlem Shake touche à sa fin.








