Dans la jungle des salaires des profs
Combien sont payés les enseignants ? Pas trop mal, si l’on s’en réfère aux statistiques européennes. Les avis des profs eux-mêmes sont partagés. Mais s’il existe certaines références, il y a dans les faits des centaines de barèmes !
Bienvenue dans la jungle. Vu de l’extérieur, on pourrait naïvement croire que le système de rémunération des enseignants est limpide comme de l’eau de roche : un barème qui s’appliquerait en fonction de la formation et de l’ancienneté du professeur. Grossière erreur ! Il existe en réalité non pas des dizaines, mais des centaines de barèmes, selon les syndicats. Qui varient en fonction du diplôme, de l’ancienneté, du statut, du degré d’enseignement, des éventuelles formations, de l’expérience valorisable dans le cas des profs de pratique professionnelle… Une véritable jungle, on vous disait. Même si une réforme visant à clarifier les choses est actuellement en chantier.
Répondre à la question « combien gagne un enseignant ? » peut donc devenir un exercice hautement risqué. Heureusement, quitte à se jeter à l’eau, il existe trois barèmes faisant référence dans le secteur et pouvant servir de repère. Noms de code : 301, 501 et 502.
Le « 301 », d’abord. Il s’applique aux instituteurs de maternelle et de primaire ainsi qu’aux régents (enseignement secondaire inférieur). Un jeune qui débute dans le métier peut s’attendre, en tant qu’isolé, à recevoir une rétribution mensuelle nette de 1.559 euros (chiffres indexés au 1er janvier 2013). Son salaire grimpera à 2.398 euros lorsqu’il aura 58 ans
Vient ensuite la catégorie « 501 ». Soit celle qui concerne les profs du secondaire supérieur, ceux qui possèdent un diplôme de master. Leur revenu mensuel net (toujours en tant qu’isolé et débutant) atteindra 1.788 euros, pour arriver à 2.887 euros en fin de parcours professionnel.
Enfin, les proviseurs, sous-directeurs et maîtres assistants dans les hautes écoles – soit les profils relevant du barème « 502 » – pourront prétendre à un traitement de 1.938 euros minimum à 3.023 euros maximum. Quant aux émoluments des professeurs d’université, tout dépendra de l’établissement, du statut, de la mission…
Mieux que les Français, moins que les Flamands
De ces chiffres, peut-on conclure que les enseignants gagnent bien ou mal leur vie ? Si l’on se base sur les statistiques européennes, ils n’auraient pas à se plaindre. Selon les derniers indicateurs publiés en 2012 par l’OCDE, les Belges ne sont pas les moins bien lotis parmi les 34 nationalités étudiées. Certes, le maître wallon débutant et titulaire d’un bachelier avec ses 23.477 euros brut annuels est loin de concurrencer les quelque 50.658 euros de son collègue luxembourgeois (l’un des mieux payés). Mais ses revenus dépassent la moyenne européenne (21.736 euros) et sont identiques à ceux de ses homologues anglais. Il empoche même plus que les Français (18.928 euros). Mais sensiblement moins que ses voisins allemands (36.135), hollandais (28.672) et même… flamands ! Régionalisation oblige, l’écart salarial entre le nord et le sud du pays est d’environ 3 %.
Si l’on se réfère au ressenti des profs eux-mêmes, les opinions semblent aussi nombreuses que les barèmes en vigueur ! Il y a par exemple Frédéric, 42 ans, instituteur depuis 1997, qui espère recevoir un revenu complet dès l’année prochaine, s’il décroche un temps plein. « Mais de septembre à mai, j’ai presté 10 périodes par semaine pour un salaire de 899 euros net, sans complément de chômage, car ce salaire est supérieur à mes dernières indemnités », raconte-t-il.
Mais il y a aussi Joëlle, institutrice primaire depuis 1989. Toujours pas nommée, mais satisfaite de sa situation financière. « Quand je vois mon mari se lever chaque jour à 4h30 et revenir après 18 heures et 180 kilomètres de route, je me dis que j’ai de la chance ! Et j’ai le même horaire que mes filles, pas besoin de chercher des garderies ou des stages pendant les vacances. »
Carole, quant à elle, juge que la situation n’est ni bonne, ni mauvaise. « Dans notre métier, tout est relatif. Il est certain que celui qui ne s’intéresse qu’au salaire ne doit pas être enseignant. Car si l’on veut faire son job correctement, il faut s’investir correctement. Si c’était payé en heures supplémentaires, cela coûterait une fortune à la Communauté française ! Je ne voudrais pas un seul centime de plus. Mais j’aimerais 100 % de considération en plus ! »
Et s’il fallait s’investir plus pour gagner plus ? Aux Pays-Bas, en 2012, une expérience pilote a été menée en Zélande et à Amsterdam. Elle visait à récompenser les enseignants considérés comme excellents, via un système de primes. Un système envisageable en Belgique ? « Dans le contexte budgétaire actuel, c’est une idée qu’on entend ponctuellement. Plutôt qu’augmenter la paie selon l’ancienneté, certains jugent que ce serait moins coûteux de se baser sur le mérite, affirme Pascal Chardome, président de la CGSP Enseignement. Le problème, c’est sur quel critère évaluer la qualité ? Cela serait très compliqué de déterminer des paramètres objectifs. Donc nous sommes plutôt réticents. Et je vois mal comment cette proposition pourrait être appliquée… »
Mélanie Geelkens
Arrondir ses fins de mois… en noir
- Elle a commencé lorsqu’elle était étudiante. Un bon moyen de se former au métier. Aujourd’hui, même si elle travaille depuis bientôt trois ans, Ariane (prénom d’emprunt) n’a pas cessé de donner des cours particuliers. « En fait, je ne pourrais plus m’en passer !
- D’abord parce qu’elle apprécie d’aider les jeunes qui rencontrent des difficultés en maths. « Je ne le fais pas à contrecœur. » Surtout parce que cela constitue un complément de revenus appréciable. Car en tant que jeune prof, elle évolue de remplacements en remplacements, ne cumulant pas toujours le nombre d’heures suffisant pour recevoir un salaire complet ou être payée durant les vacances. « Par exemple, l’année dernière, je n’ai rien reçu pendant les congés puis j’ai touché ma rémunération pour septembre en octobre. Alors pendant deux mois, j’ai mangé des macaronis ! », sourit-elle.
- Même si les cours particuliers ne lui rapportent pas de l’or en barre (à peine 10 euros de l’heure, mais certains profs demandent beaucoup plus), cela lui permet de s’accrocher financièrement. Si elle a dû solliciter un statut particulier pour exercer ce complément d’activité ? « Ah mais c’est du black !, s’exclame-t-elle. Sinon, je devrais demander beaucoup plus cher aux parents. Et, pour certains, je vois bien que 10 euros c’est déjà difficile… »
- Comme Ariane, bon nombre d’enseignants arrondiraient ainsi leurs fins de mois. « C’est une pratique répandue, reconnaît Eugène Ersnt, secrétaire général de la CSC Enseignement. Mais il ne faut pas se voiler la face : cela relève souvent du travail au noir. » « Ce sont souvent de jeunes profs, ajoute Pascal Chardome, président de la CGSP Enseignement. Et lorsqu’ils déclarent leurs revenus, ils doivent respecter certaines règles de cumul. »
- Les enseignants sont également souvent courtisés par des organismes dispensant des cours privés. Souvent à prix d’or pour les jeunes. L’idée de voir un système d’éducation à deux vitesses se développer inquiète le secteur. « D’autant que ces structures engagent parfois tout et n’importe qui, des étudiants, des journalistes…, s’insurge Pascal Chardome. Et c’est d’abord l’école qui doit répondre à ce besoin… »
M.Gs.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Il y a un problème général avec l'augmentation en fonction de l'ancienneté. Je peux comprendre que l'on acquière de l'expérience qui rend le travail plus efficace durant les premières années de la carrière et que l'on rémunère mieux en conséquence, mais il faut bien comprendre que les augmentations systématiques liés à l'âge ou l'ancienneté se font au détriment du salaire des plus jeunes, ce qui est injuste dans la mesure ou ce sont justement les jeunes qui ont le plus de besoins financiers (pour fonder une famille, acquérir une maison, éduquer les enfants).
Précision sur les salaires des enseignants. Il faut quand même rajouter que les instituteurs, professeurs ne sont pas payé pendant les grandes vacances (sauf ceux qui sont nommés ou leurs salaires de 10 mois est répartit sur 12,)









Vive la régionalisation disent certains ! 3 % de moins que les profs flamands à diplôme et emploi égaux avec des conditions de travail bien moins bonnes. Vive la régionalisation ou plus précisément ici la communautarisation. Bel exemple de ce que nos politiciens nous préparent avec la nouvelle réforme de l'état: allocations familiales moindres à Bruxelles (déjà annoncé par Ph. Moureaux), etc. (Voir ce qu'annoncent les journaux). Mais Di Rupo est premier ministre et les 3 principaux partis francophones ont des ministres (+ Ecolo hormis le fédéral). Tout va très bien madame la marquise...