«Sous le figuier»: la vieillesse n’est pas un naufrage
La Belge Anne-Marie Etienne signe un émouvant hymne à la vie en partant de la mort. Audacieux, optimiste et apaisant. Entretien avec la réalisatrice et avec Gisèle Casadesus, lumineuse.
L’une marche avec une béquille et ce n’est pas celle qu’on croit. Anne-Marie Etienne s’est fait une entorse. A ses côtés, bien droite, s’excusant d’avoir oublié sa canne, Gisèle Casadesus, doyenne honoraire de la Comédie-Française, 99 ans le 14 juin. « J’entre dans ma centième année », glisse-t-elle avec malice. Rencontre à deux voix.
Gisèle, vous dites avoir pas mal d’affinités avec le personnage de Selma, c’est-à-dire ?
Cela se situe au niveau de sa vision de la vie, de son optimisme, de la foi, de la lumière qu’elle a en elle et qu’elle essaie de répandre autour d’elle. J’ai la chance d’avoir un caractère plutôt optimiste. Je regarde les choses du bon côté. C’est une grâce du ciel. J’ai beaucoup hérité de mon père qui était optimiste et blagueur. D’ailleurs, quand j’étais jeune, j’adorais faire des blagues. J’aime bien la vie ! C’est un peu dur de dire ça à presque cent ans. Que ça passe très vite une vie !
Anne-Marie, avez-vous pensé à Gisèle en écrivant ?
Non. Je n’écris jamais en pensant à un acteur. Mais à la fin de l’écriture, j’ai revu La tête en friche, de Jean Becker et je me suis dit que je voulais Gisèle pour cette lumière, cette grâce, cette élégance. J’ai le « la » de chaque scène dans la tête. Mais je laisse une liberté totale à chaque acteur dans la manière dont il va interpréter ce « la ». Quand on a quelqu’un du talent et de la dimension de Gisèle, il n’y a pas grand-chose à rectifier. Mais c’est passionnant car on fignole à la nuance près. Elle fait partie d’une génération très à l’écoute du metteur en scène.
Gisèle, cela veut dire que les choses ont changé dans ce métier ?
Les choses évoluent. Heureusement. Je fais partie d’une génération où l’on était discipliné. Il faut se livrer à celui qui dirige. J’arrive pieds et mains liés en toute confiance. Je préfère pas trop de prises. Jouer me réjouit. J’ai arrêté le théâtre il y a deux ans car c’est fatigant. Mais le cinéma et la télé, je suis toujours partante. J’aime cette atmosphère.
Anne-Marie, votre film parle de la transmission. Qu’est-ce que Gisèle vous a transmis ?
La connaître dans la vie a confirmé ce que j’ai écrit, c’est-à-dire que la vieillesse n’est pas nécessairement un naufrage. Ça peut être beau jusqu’au bout. En voyant Gisèle, on se dit que ce n’est pas idéaliste, c’est possible. La condition : être relié à de l’amour. On s’ouvre ou on se ferme. Ma mère, par exemple, n’a pas su s’ouvrir… Brel disait : « Je voudrais être une aspirine pour les autres. » Moi, j’aimerais être une vitamine C. Je ne comprends pas la phrase de Sartre : l’enfer, c’est les autres. En faisant attention à comment on vit, cela indique comment on va finir.
Gisèle, il y a beaucoup de sensualité dans ce film…
J’étais très contente de me trouver dans les bras d’un homme. J’étais très bien.
Anne-Marie ?
J’ai dit à Jonathan de lui parler comme s’il lui faisait la cour, pas comme à une vieille dame. Ce rapport de séduction balaie les âges. Je me souviens de ma maman à la fin de sa vie dans sa maison de retraite me disant : c’est terrible, plus personne ne nous touche.
Gisèle, votre rêve fut votre vie ?
Oui. Petite, je disais : je ferai du théâtre et j’aurai des enfants. Cela faisait rire les grandes personnes. Je l’ai fait. J’ai eu 4 enfants à une époque où ce n’était pas bien vu pour une comédienne.
Anne-Marie, avez-vous peur de vieillir ?
De moins en moins.
Vos réactions
Voir toutes les réactions C'est un superbe film, il est passé au festival de Moustier sur Sambre, C'est un film plein de tendresse et de questionnements sur la vieillesse et le passage d'un monde à l'autre dans la sérénité. C'est aussi un film d'amour et de délicatesse. A voir et conseiller.











Vu au Festival de Namur. Je confirme !!!!