«The Bling Ring»: grandir entre la téléréalité et Facebook

Fabienne Bradfer
Mis en ligne | mis à jour

Sofia Coppola a planté sa caméra chez Paris Hilton pour mettre en scène la vacuité d’une jeunesse déconnectée du réel. Entretien.

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Quatre filles et un garçon très bling-bling qui tournent mal dans un univers glamour. Photo D.R.
    Quatre filles et un garçon très bling-bling qui tournent mal dans un univers glamour. Photo D.R.
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Emma Watson. Photo D.R.
    Emma Watson. Photo D.R.
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Photo D.R.
    Photo D.R.

Sofia Coppola est à l’image de ses films. A distance. Grand roseau perché sur des hauts talons, elle est sur la réserve dès qu’on l’interroge. Elle répond avec parcimonie. Parfois c’est laconique. Parfois c’est un peu plus détaillé. Parfois c’est un sourire qui sert à éluder une question. Pas facile de savoir comment Sofia se positionne par rapport aux jeunes cambrioleuses de son film. Car The Bling Ring parle de la jeunesse dorée d’Hollywood fascinée par la célébrité, par tout ce qui brille. De cette jeunesse déconnectée du réel, qui se met en scène sur Facebook ou Twitter.

Vous sentez-vous proche des personnages de votre film ? Dans la manière de braver les interdits peut-être ?

Pas du tout. Mais j’ai tenté de me remémorer comment on peut être et agir à cet âge, quand on pense que tout est possible, que transgresser n’est pas vraiment commettre une faute ou un délit. Jeune, j’ai aussi fait des bêtises, des choses un peu stupides mais bon, jamais jusqu’à voler ou m’introduire sans autorisation dans la propriété d’autrui.

A leur âge, étiez-vous fascinée par certains artistes ?

Honnêtement, non. J’adorais sortir, aller voir des concerts, mais je n’ai jamais jeté mon tee-shirt à quelqu’un ou crié mon amour à un chanteur. J’appréciais sortir mais de là à idolâtrer, non, pas du tout.

Votre film est inspiré d’un article paru dans « Vanity Fair ». C’est une démarche assez inhabituelle de votre part ?

C’est vrai, mais je trouvais intéressant de baser une histoire sur des histoires récoltées par un journaliste. Non seulement publiées dans «Vanity Fair», celles-ci prennent une autre dimension, mais il s’en dégage un accent de vérité qui ne peut qu’être un terreau fertile pour imaginer le pourquoi et le comment qui a guidé ces filles à commettre ces infractions. Et puis, il faut reconnaître qu’une telle matière traitée de manière journalistique est infiniment plus éclatante et plus gaie qu’un scénario, disons, conventionnel. Le vécu est fort différent.

Votre film montre une vision assez effrayante de la jeunesse américaine.

Je sais une chose : c’est au public de le décider. Je le laisse seul juge du film. En racontant l’histoire de ces jeunes voleuses subjuguées par le luxe et la notoriété, je parle d’un phénomène très contemporain. Facebook y est pour beaucoup. L’ironie, c’est que c’est cette même soif de communication et de paraître, entre autres sur le Net, qui les a perdues et qui a permis à la police de les tracer plus facilement que si ce réseau social n’avait pas existé au départ.

Dans le film, vous citez pas mal de noms connus. N’y a-t-il pas eu un problème à ce niveau-là ?

Non, pas vraiment. Bon, je me suis bien renseignée auprès de quelques avocats spécialisés dans le droit à l’image, mais à partir du moment où tous les gens cités sont aussi des images publiques, il n’y a pas de problème. En tout cas, on a eu l’autorisation.

En quoi ce film-ci est-il si différent de vos autres longs métrages, comme vous l’avez vous-même déjà souligné ?

C’est toujours intéressant, pour soi, d’aller sur des terrains inconnus. Je pense que jusqu’à présent mes films possédaient une certaine quiétude ; ici, j’ai voulu plus d’énergie.

Votre film s’inspire de faits réels, mais jusqu’à quel point ? Par exemple, Paris Hilton dévalisée trois fois : c’est vrai ou de la fiction ?

Les filles ont effectivement dérobé des choses chez elle, et la clé sous le paillasson, c’est tout à fait vrai. Ce qui est génial, c’est qu’elle nous a laissé les clés de sa maison. On a vraiment pu déambuler comme les filles le font en quelque sorte dans le film.

C’est un peu fou, non ?

Je n’irais pas jusqu’à dire ça, mais disons que c’était assez… exotique. J’ai eu la chance que la communication soit bien passée entre nous et elle a vraiment voulu nous aider à bâtir ce film. Pour les autres, disons qu’on les a embellis encore plus que dans la réalité. On a vraiment joué la carte du glamour. J’ai vraiment voulu faire ce film pour qu’on imagine, de l’extérieur, ce que pourrait être la vie de star. En même temps, il fallait faire en sorte que le spectateur s’attache à ces filles qui s’identifient à ces stars. Elles volent, ce ne sont donc pas des victimes, mais elles ont presque une excuse : elles voudraient vivre la vie de leur idole, comme finalement tant de gens l’ont rêvé étant jeune. Quand on est jeune, on ne pense pas vraiment aux conséquences de ses actes, on agit et on voit après. C’est ce qui arrive à ces filles.

Comment avez-vous travaillé avec elles ?

On a pas mal répété en essayant que, comme dans le film, elles forment un groupe d’amies. On a vraiment tenté de créer une dynamique en organisant des réunions, des sorties, etc. Il y en a une qui connaît Los Angeles comme sa poche, elle a donc guidé les autres.

Et pourquoi Emma Watson ?

Parce que j’ai trouvé qu’elle adoptait une approche intelligente de son personnage. En plus, physiquement, elle est parvenue à très vite se transformer, ce qui montre un talent d’adaptation qui m’a finalement convaincue.

Pourquoi la mode vous fascine-t-elle à ce point ?

Oh, mais j’aime aussi l’art en général, et la photographie.

On est étonné de voir la facilité avec laquelle ces filles s’introduisaient dans les villas. Quelque part, le film en donne presque la clé.

Vous voulez dire que mon film donne le mode d’emploi pour voler dans les villas de stars ?

Non, mais il donne quelques idées assez utiles… Et puis, à l’image de Wall Street, d’Oliver Stone, qui a fait de Gordon Gekko un héros alors que c’était un roublard et un tricheur, votre film fait de petites voleuses des héroïnes, des aventurières.

En tout cas, je peux vous dire que depuis que l’affaire a fait la une des journaux, et depuis l’article paru dans «Vanity Fair», les moyens de protection ont été accrus à Los Angeles. Depuis lors, on trouve plus de caméras à l’intérieur des villas qu’à l’extérieur ! Et puis, vraiment, je ne pense pas que le film glorifie leur attitude. Voler n’est jamais positif. Ce genre d’aventure ne vaut pas le coup. D’ailleurs, vous remarquerez qu’elles ont été arrêtées, et le film le précise bien.

Osez la rencontre !