Avez-vous vu passer le maillot jaune?
Laurent Tuel rend hommage aux spectateurs de tous âges du 3ème événement sportif au monde, « La Grande Boucle ». Entretien.
Du 29 juin au 21 juillet, 198 coureurs vont se lancer à la conquête du Tour de France. 3.479 kilomètres, 21 étapes. Laurent Tuel précède l’événement avec une comédie populaire à l’image de ce grand rassemblement festif. Côté technique, il a mis le grand braquet.
Bientôt la 100e édition du Tour. Cela vous inspire quoi ?
Le Tour de France fait partie du patrimoine. Car qu’on aime ou pas, ça berce juillet. C’est comme Noël en décembre. C’est plus à ça que je voulais rendre hommage qu’à la compétition sportive. C’est une toile de fond merveilleuse, presque un décor. Et celui-là change tous les jours. Je suis très attaché aux paysages, j’aime faire de la photo et c’est ce que j’ai cherché à rendre dans le film.
Vrai défi que de vouloir inclure de vraies images du Tour ?
C’était important pour moi de marier un homme tout seul, sur son vélo, sa solitude loin de la foule déchaînée, et puis de restituer le barnum qu’est le Tour. Cette débauche de couleurs, de marques, de sons, cette fête exacerbée avec des gens qui courent partout, je voulais mettre ça en contraste, comme la vie. Pour y arriver, il faut tourner à l’intérieur du Tour. A 80 %, j’ai donc tourné les vraies images. On a eu l’accord de la société qui l’organise.
Il y a un merveilleux documentaire, Vive le Tour !, que Louis Malle a fait en 64. C’est un vrai moment de poésie et ce qu’il montrait dans ce film est totalement applicable à ce qu’on voit aujourd’hui. On parlait déjà de problèmes de dopage, de fringale, de défis avec soi-même. Des leaders, mais aussi des 180 qui poussent la pédale derrière, des porteurs d’eau, de toutes les petites mains du Tour…
Quand on veut s’insérer dans ce barnum alors qu’on est soi-même une grosse machine, comment ça se passe ?
Quand on a proposé le projet à ASO, ils étaient très réticents. On a pris le temps d’expliquer qu’on voulait rendre hommage au vélo quand bien même on parle dopage et sport-business. Mon envie n’était pas de faire un film polémique mais qui rend hommage aux gens, à l’événement sportif et gratuit, à une fête populaire. Je l’ai connu enfant, j’avais envie de retrouver ça. Or, jamais un film de fiction n’avait été réalisé au sein du Tour de France. En travaillant, en persévérant, on a réussi à convaincre et ils nous ont libéré des espaces.
Concrètement, ce fut… ?
On tournait parfois avant que la caravane ne passe pour profiter de l’infrastructure, on parlait avec les gens pour les motiver. On a monté le Tour Malet avant que les coureurs n’arrivent, en reconstituant un peloton pour lequel on a engagé 150 gars. Une assistante criait : « Ce n’est pas le Tour mais on fait comme si ! » et les gens se marraient. Les gens sont là pour se réunir. Il y a des Anglais, des Australiens, des Espagnols, c’est super sympa.
L’authenticité du film, c’est aussi de vraies pubs !
Absolument. Faire un film sur le Tour sans montrer une marque, c’est irréaliste. Ce que je voulais, c’était aussi avoir une ironie là-dessus. Le spectateur ne sera pas dupe. Certaines marques nous ont aidés. On n’allait pas refuser des gens qui nous prêtaient des vélos, les voitures. Le budget du film, 11,5 millions, est important, mais pas délirant. Le soutien a permis de mieux atteindre la véracité.










