Clément Thirion, créateur extraterrestre
Il interroge la création dans [weltanschauung], fait danser la ville dans « The Blast Dance » et questionne la vie extraterrestre dans un ballet mathématique avec « Fractal ».
Passionné par les sciences, Clément Thirion a longtemps hésité au moment de choisir une carrière. Finalement, le jeune homme a opté pour l’art, mais sans jamais se dépêtrer complètement de sa fibre scientifique. « Je lis plus de livres de science que de littérature », confesse l’auteur et performeur trentenaire.
Une érudition qui se teinte heureusement d’une féroce autodérision quand il décide par exemple d’explorer la question de la création (divine, scientifique, artistique) dans [weltanschauung]. En moonboots à poils et costume en lycra, il accompagne Gwen Berrou dans une performance barrée où l’on parle de l’histoire du silex biface, des hominidés, de chaînon manquant, de l’art expressionniste allemand, de neurologie anatomique, de notre insondable condition humaine, mais tout en côtoyant du Michael Jackson, des effets vidéo pince-sans-rire, quelques danses primales facétieuses, un iPad en costume préhistorique et autres références décalées et ludiques. Avec une fausse naïveté hilarante, les deux compères mettent en abyme cette vaine tentative de créer pour exister, pour remplir le vide, pour laisser une trace.
De cette création savoureusement délirante sur les traces de deux bipèdes déterminés à sauver l’humanité est né un autre projet, The Blast Dance. « A la fin du spectacle, je voulais inviter les gens à danser sur une chorégraphie explosive. Je voulais que l’humanité danse pendant qu’elle se fait atomiser sur les paroles de Total Eclipse de Klaus Nomi. » Une chorégraphie qui est devenue le point de départ d’un événement festif et décomplexé, entre flashmob et recherche artistique. Le principe ? Une centaine de citoyens-danseurs, amateurs ou professionnels, s’entraînent ensemble sur une chorégraphie pour ensuite intervenir par surprise dans différents espaces publics de la ville. Prochaine escale : le 21 juin sur la place Flagey (répétitions les 15 et 16 juin) en marge du D Festival où l’artiste reprend [weltanschauung] avec, nous promet-il, une surprise de taille.
Une création inracontable
Ovni de notre galaxie scénique, Clément Thirion n’en a pas fini d’explorer les sphères cosmiques de la création. Pour son dernier « work in progress », Fractal, il s’est associé à Michel Viso, coordinateur des programmes d’exobiologie (soit la recherche sur la vie extraterrestre) à l’agence spatiale française (CNES), pour faire dialoguer certaines théories scientifiques avec son projet de chorégraphie mathématique. Il a mobilisé une vingtaine de danseurs pour expérimenter la géométrie fractale, celle qui régit les cristaux de neige, les choux-fleurs ou encore les vaisseaux sanguins, dans des schémas qui se multiplient à l’infini. « Michel Viso m’a par exemple montré un reportage qui reprend mon scénario selon lequel on peut mêler les fractales à nos représentations de la vie extraterrestre. » Comme la plupart des travaux de Clément Thirion, Fractal s’annonce comme inracontable, de ces créations qui ne prennent tout leur sens que dans l’accomplissement sur scène. Le résultat sera dévoilé au Festival Les Laboréales, tremplin pour jeunes créateurs bousculant les formes scéniques, à la Balsamine et à la Bellone.


