De la Dewevermania à Offshore Leaks
Que doivent faire les francophones qui craignent la division du pays ou le chaos politique en cas de victoire écrasante de la N-VA en 2014 ? « Rien, surtout rien. Vous taire », répond Luc Van der Kelen, l’éditorialiste de de Het Laatste Nieuws qui tire sa révérence à la fin de ce mois. La chronique de Béatrice Delvaux.
« Je suis content d’une chose en prenant ma retraite : je laisse la « Dewevermania » derrière moi. Les médias courent tous les jours derrière lui – il maigrit, il court, il fait du vélo… –, c’est devenu une obsession. » Celui qui parle est Luc Van der Kelen, l’éditorialiste de de Het Laatste Nieuws qui tire sa révérence à la fin de ce mois. Il ajoute que l’homme providentiel flamand, commence à fatiguer au nord du pays : « Il n’est plus drôle, il critique tout, paraît amer. Aujourd’hui, son plus grand ennemi c’est Vincent Kompany ».
Lorsque nous lui demandons ce que les francophones qui craignent la division du pays ou le chaos politique en cas de victoire écrasante de la N-VA en 2014, doivent faire d’ici là, il nous a répond : « Rien, surtout rien. Vous taire ». Nous n’écrirons donc pas aujourd’hui sur la place phantasmée ou réelle de Vincent Kompany sur l’échiquier politique belge, sur l’éventualité que la popularité de la N-VA initiée par un jeu télévisé, se termine sur un match de foot, ou sur Gwendolyn Rutten, nouveau diable rouge qui se dresse sur la voie de la N-VA. Nous suivrons plutôt la première partie du raisonnement de Van der Kelen, selon qui nous, journalistes, courons derrière la « non-info » (De wever sous toutes les coutures par exemple), comme des poules sans tête.
C’est aussi l’avis de Gerard Ryle, l’homme par qui « Offshore Leaks » est arrivé. Le directeur d’ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists), était notre invité ce mardi. C’est lui, journaliste dans la presse australienne durant 26 ans, qui a reçu ce fameux disque dur reprenant les noms de bénéficiaires de montages offshore et de directeurs d’entreprises « boîtes aux lettres » et l’a mis à disposition de ce réseau de 160 journalistes d’investigation dans 60 pays (dont, pour la Belgique, Alain Lallemand du Soir). Gerard Ryle le dit violemment : « J’ai été rédacteur en chef adjoint d’un journal en Australie : la majorité de ce qui est publié aujourd’hui n’est pas de bonne qualité. Je sais à quel point nous sommes trop souvent heureux de remplir le journal. » Or il ne s’agit pas, dit-il, d’en noircir simplement les pages, mais de creuser, recouper et révéler. « Il a suffi (pour Offshore Leaks) d’un homme qui s’est dressé contre ce qu’il a jugé injuste. Notre boulot de journaliste, c’est de nous faire voir et connaître de ces personnes au moment où elles ont une information à livrer. Ces gens nous lisent et sont des sources potentielles qui identifient nos articles au-dessus de la médiocrité journalistique ».
Le partenaire clé, crédibilisant toute l’opération ICIJ, fut le Guardian, dont le journaliste David Leigh fut le premier « initié » par Ryle. En France, c’est Le Monde qui fut le partenaire de ce buzz journalistique fracassant et voulu comme tel, via la divulgation concommitante dans 60 pays des fameuses « Leaks ». Le Monde, un journal de qualité, qui pourtant, comme nombre de journaux et de leurs journalistes à travers le monde, ont, ces dernières années, souvent regardé l’investigation, en se bouchant le nez. Où chercher, ou ne pas chercher ? La doctrine de Gerard Ryle est la même sur celle d’Edwy Plenel, directeur de Mediapart : il ne faut jamais être sélectif sur les sources, ou les documents reçus, c’est à la publication que le tri se fait, en fonction de l’intérêt public de l’information reçue et vérifiée. C’est souvent en regardant par le trou de la serrure que les vraies informations nous parviennent. A nous de les traiter. En réseau ? C’est la grande démonstration d’ICIJ : un journaliste ne doit pas cacher jalousement son matériel mais donne la puissance totale à sa découverte, en la partageant. Chaque journaliste du réseau a ainsi reçu comme un cadeau tombé du ciel, ce fameux disque dur et la liste de noms, pour ensuite travailler sur le territoire qui le concerne et pousser ses informations à la une de sa publication. D’où la création de ce momentum, que 160 journalistes ont dans le plus grand secret, parfaitement maîtrisé. Résultat : les grands médias ont imposé l’ordre du jour aux grands de ce monde. John Crombez, secrétaire d’Etat à la lutte contre la fraude qui a rencontré ce mardi Gerard Ryle, le reconnaissait illico : « Quelque chose est en train de changer en matière de fraude fiscale au niveau européen. Je n’ai jamais vu une telle réaction auparavant. C’est nouveau. Offshore Leaks a assurément aidé. » Back to basics, chers collègues : l’information, la vraie.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Au Soir, de l'information, de la vraie ? Vérifier et recouper ? C'est ce que devrait faire aussi la presse francophone qui répercute par exemple les propos du cdh sur la nécessité de nouvelles villes en W. 400.000 habitants en plus en 10 ou 15 ans, soit de 26 à 40.000 habitants par an. Pas de chance, la semaine précédente le Bureau du plan revoit les données à la baisse, 330.000 habitants dans les 17 prochaines années soit 19.000 par an. Important certes mais est-ce suffisant pour créer de nouvelles villes? En outre, la part des investissements publics en W jusqu'en 2018 sont limités à 0,7 % du Pib contre 1,5 % pour l'ensemble du pays, ce dernier chiffre lui-même écrasé à 40% de la moyenne européenne. Comment réaliser de tels investissements? Des observations qu'une presse digne de ce nom aurait pu aligner !
Bravo, Mme Delveaux, pour votre conclusion. En tirerez-vous les leçons, pour vous-même et pour votre journal ? Qui n' a pas toujours montré une objectivité et une impartialité. A ne rappeler que les discours communautaires qui -trop souvent- ont animé la séparation des idées entre le Nord et le Sud. A ne rappeler que la grande -trop grande- bienveillance envers le gouvernement actuel. A lire, sans délai, l' avertissement pressant de 3 grandes banques -ING Belgique, BNP Paribas Fortis et KBC- que le pays glisse vers une forte dégradation, par l' hésitation de prendre les mesures difficiles, par le manque d' interventions indispensables, aux moments propices que le passé avait offerts.
Laisser dire? Laisser faire? Les wallons devraient plutôt arriver à la négociation avec un joker: leur plan pour leur indépendance. Il y a en a assez d être humilié et insulté au nom du nombre, pour une névrose. Il y en a assez d être néocolonisé pour une avidité compulsive qui s exerce sur les autres régions et le fédéral, au bénéfice exclusif de la flandre. Mais pour le reste, oui: au mépris du nord, doit répondre celui du sud, par le silence - et d abord à l égard de son "guide suprême".




(3) Lire ... la part...est limitée