Le mutisme de la Commission

Béatrice Delvaux
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Le gouvernement d’un pays membre ferme, d’un coup, son groupe audiovisuel public, et la Commission européenne « prend note ». Elle ne se prononce, de plus, qu’après avoir été mise en demeure par les députés européens de leur répondre.

Si le gouvernement grec est violent dans sa gestion de l’Etat, au mépris de la démocratie, la Commission, elle, est lâche dans sa réaction. Et cette seconde attitude est moins excusable que la première. Pour deux raisons : 1) La décision grecque contrevient au Protocole sur l’audiovisuel public, inscrit dans les Traités de l’Union, qui stipule que le système de l’audiovisuel public dans les Etats membres est « directement lié aux besoins démocratiques, sociaux et culturels et aux besoins de préserver le pluralisme des médias ». Le Belge Jean-Paul Philippot, président de l’Union européenne de radio-télévision, dénonçait «  une réalité totalement inimaginable dans une démocratie  » et rappelait que lorsqu’un Etat européen postule à une adhésion, il doit démontrer qu’il dispose d’un émetteur public indépendant et doté d’une autonomie de gestion. 2) La Grèce est dans une telle impasse, les rigidités y sont telles qu’il est quasi impossible d’imprimer les réformes nécessaires pour mettre à mal le clientélisme, le népotisme et la corruption qui gangrènent la fonction publique et parapublique. Certains aujourd’hui estiment donc que seule la « stratégie du choc » peut forcer au déblocage de toute une société. Dès lors, soit la Commission dénonce le viol des Traités, soit elle le cautionne, prenant ses responsabilités en justifiant avec ses arguments ce qui paraît aujourd’hui injustifiable. En ne faisant ni l’un ni l’autre, la Commission, et donc l’Europe, laisse les Etats membres et surtout leurs populations, seuls face à leurs défis. Doivent-ils se dire que tous les coups sont permis, hors désormais de toute responsabilité européenne ?

Côté grec, on peut comprendre le désarroi d’autorités impuissantes, même si ce sont les hommes politiques de ce pays qui, durant des années, ont mis en coupe l’espace public.

Qu’ils soient tentés de faire le coup de force pour marquer les esprits est un pari tentant mais déjà hasardeux. Mais le symbole choisi pour agir et la manière d’opérer ruinent leur légitimité auprès d’une population qui, après avoir perdu confiance dans le fonctionnement politique et économique du pays, perd celle qu’elle avait dans le respect d’un fonctionnement démocratique.

Le délitement grec est plus profond que jamais.

Vos réactions

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18. Labrador dit le 15/06/2013, 14:22

@ cherpay, pas simple, laissez-moi un peu de temps, je vais vous répondre.

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17. cherpay dit le 13/06/2013, 22:26

@ Labrador.MERCI !Le capital n'est-il pas violent par essence? Le capital assèche l'économie réelle ( ce que j'ai appelé parfois l'économie irréelle) J'ai parfois pensé que les crises étaient conçues et voulues par ce que vous appelez "un certain capital" me trompai-je?Cependant la spéculation la plus folle continue de sévir par les artifices de la micro-seconde-numérique, est-ce uniquement pour dégager des liquidités?( lesquelles alimentent les caisses d'Etats débiteurs?)Quel est votre point-de-vue sur ce qu'on appelle efficience en économie de marché? Bonsoir!

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16. Labrador dit le 13/06/2013, 17:20

@ cherpay - Le décalage avec l'économie réelle, surtout cumulé sur plusieurs années, est énorme. Un déclassement ou une "correction" de ces actifs aurait dû se produire, seulement voilà, personne, même ceux qui ont surfacturé ou spéculé à outrance, ne veut prendre de pertes ! On comprend mieux pourquoi un certain capital devient violent, n'hésite pas à provoquer des crises, lorsque, paniqué, il doit redescendre de sa sphère financiarisée - après avoir asséché le circuit de l'économie réelle ! - et se "reconvertir" en actifs tangibles, physiques. D'autre part, les changements capitalistiques, ces restructurations brusques et de plus en plus fréquentes, ont aussi un effet déstabilisant sur l'industrie qui est désorganisée.

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15. cherpay dit le 13/06/2013, 17:07

Époustouflant!Cette montagne est utilisée pour les emprunteurs et la masse enfle sans fin? C'est ce qu'on appelle "Das Kapital"?Une sorte de boa qui se bouffe la queue?

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14. Labrador dit le 13/06/2013, 16:46

Dumping financier = placement d'actifs financiers toxiques ou surévalués (notamment à cause des frais divers, assurances, commissions, intérêts ... que les opérateurs se sont mutuellement facturés), et constitués en fonds d'investissement ou montages financiers divers, pour s'en débarrasser au détriment du preneur et / ou prendre le contrôle du patrimoine ou des secteurs économiques d'autres pays par le biais d'opérations de fusions/acquisitions/conversion/échanges de titres. L'inflation des actifs financiers est très difficile à évaluer. MCKinsey aurait répertorié une valeur cumulée de 225.000 milliards de dollars en circulation sur le marché financier mondial. Entre 1990 et 2007, ces actifs ont connu une croissance annuelle de 7,9%, bien au-delà de l'économie réelle.

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