Jürgen Mayer, l’artiste qui fait tanguer ses édifices

Paolo Leonardi
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Cet Allemand de 47 ans a un fameux toupet en matière de construction. On lui doit notamment le Metropol Parasol à Séville mais aussi le nouveau palais de justice de Hasselt.

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Le Metropol Parasol de Séville dans toute sa splendeur. Une attraction de premier plan dans la capitale andalouse. Photo 
: Angel Vilches.
    Le Metropol Parasol de Séville dans toute sa splendeur. Une attraction de premier plan dans la capitale andalouse. Photo : Angel Vilches.

Jürgen Mayer était récemment à l’honneur du Salon Wood2Build organisé par Artexis à Namur pour les professionnels de la construction en bois.

Le nom de cet architecte allemand de 47 ans ne dira sans doute pas grand-chose au grand public. Et pourtant, c’est un pur artiste, pour qui l’architecture s’assimile avant tout à de l’art.

Né à Stuttgart mais installé à Berlin depuis près de 20 ans, Jürgen Mayer a notamment imaginé le désormais célèbre Metropol Parasol, à Séville, une œuvre qui ne passe pas inaperçue grâce à l’originalité de sa construction et à son implantation dans un centre historique de la ville bâti sur des ruines qui remontent aux temps des Romains.

Grâce à ses ondulations et à sa structure en bois, l’endroit est devenu un incontournable, le « place to be » de la ville où les gens aiment se réunir. « Ce projet a été la combinaison de plusieurs éléments, explique Jürgen Mayer lors de son bref passage en Belgique. Disons qu’il m’a permis de repousser pas mal de limites dans mon travail… »

Plus près de nous, l’Allemand a conçu le nouveau palais de justice de Hasselt, un bâtiment dont les formes tranchent allègrement avec le bâti environnant.

Cette nouvelle œuvre qui tient de l’art lui a permis de revenir sur les lieux de ses premières amours. C’est en Belgique, en effet, que Jürgen Mayer gagna son premier concours en tant qu’architecte. « C’était pour un projet à Anvers, se souvient-il. J’étais encore étudiant mais cela m’a permis de découvrir la culture assez mystérieuse de votre pays. Sans parler de la gastronomie qui est excellente… »

Ce n’est donc pas un hasard si, quand on lui demande un bâtiment qu’il apprécie particulièrement, il cite… l’Atomium. « Je l’aime beaucoup, avoue-t-il. C’est presque incroyable d’avoir construit quelque chose de cette trempe. Vous me dites que la Belgique, surtout Bruxelles, a manqué d’audace depuis 1958 en termes d’architecture. C’est possible mais il reste encore beaucoup d’années devant soi pour oser des choses chez vous ! Vous devriez venir faire un tour en Allemagne pour vous rendre compte que l’audace y est encore moins présente. Et je ne parle pas de l’Angleterre, hormis Londres bien sûr. Le problème quand on est architecte, c’est qu’il faut avoir en face de soi des gens à la fois courageux et curieux. S’il a la chance de pouvoir expliquer son travail aux bonnes personnes, son projet a plus de chances de passer… »

Si au fil de sa carrière il a évolué vers la construction en bois, Jürgen Mayer ne se cantonne toutefois pas dans ce créneau de plus en plus porteur. Mais il a quand même beaucoup de mal à trouver un défaut à ce matériau qu’il utilisa la première fois en 2004 quand il fit construire le réfectoire de l’université de Karlsruhe. « Les bâtiments en bois deviennent aujourd’hui des constructions hi-tech, dit-il à ce sujet. On peut désormais l’utiliser pour des constructions plus longues et sous des latitudes où les écarts de température sont très grands. Grâce aux nouvelles méthodes de production, le bois permet aussi beaucoup plus de choses qu’avant au niveau des formes. Il apporte davantage de sensibilité dans un projet et vieillit à merveille. Quant à ses coûts de production, ils sont stables. Enfin, beaucoup l’ignorent, mais le bois est plus résistant que l’acier en cas d’incendie. L’acier plie là où le bois brûle uniquement de l’extérieur. »

Plus que tout, c’est l’image véhiculée par la construction en bois qui a fondamentalement changé ces dix dernières années. « J’ai grandi à une époque où le bois était uniquement «tendance» dans les milieux écologiques, poursuit-il. Aujourd’hui, quand on pense bois, on pense espaces et durabilité. L’architecture est à un moment important : on réfléchit à ce qu’elle peut apporter à notre culture et à notre futur. »

Est-ce que l’architecture évolue dans le bon sens ? « J’aime la diversité que peut amener une architecture qui évolue vers le social. L’idée que l’architecte sait tout faire est révolue. Il a toujours dû savoir s’entourer de professionnels mais c’est encore plus le cas aujourd’hui. Il est encore plus chef d’orchestre qu’avant. »

Visionnaire, Jürgen Mayer l’est certainement. Ses réalisations font preuve d’une audace que peu ont et ce n’est pas pour rien si plusieurs de ses dessins et maquettes sont exposés au MoMA de New York.

Grâce à l’originalité de ses formes et à la nouvelle fonction qu’il propose (un marché couvert y est notamment organisé mais il contient aussi une scène pour des concerts et des événements), son Metropol Parasol sévillan (qui prend des allures de parasol, de champignon ou de gaufre, selon la sensibilité de chacun) a contribué à rendre une dynamique intéressante à la plaza de la Encarnación, un quartier passablement endormi de la ville.

Sur le toit de cette imposante structure de 150 sur 75 mètres (hauteur : 28 mètres) soutenue pas six piliers, on y trouve une galerie, un restaurant et une promenade pédestre en forme de montagnes russes depuis laquelle la vue sur la ville bonifie au fil de la progression vers le sommet.

Ce petit bijou d’architecture a d’ailleurs reçu bien des honneurs, entre autres une mention spéciale au prix Mies van der Rohe, récompensant les architectes émergents.

Si vous vous rendez à Séville prochainement, ne manquez surtout pas d’aller y faire un tour. Une ultime précision toutefois : le Parasol est le plus grand bâtiment au monde à avoir été assemblé grâce à… de la colle. Une colle « hyper-résistante qui supporte les fortes chaleurs de l’Andalousie ».

Visionnaire et quelque peu téméraire ce Jürgen Mayer…

Vos réactions

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1. PecoFlyer dit le 14/06/2013, 11:51

Quelle est la différences entre "un pur artiste" et "un artiste"?

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