Benoît Verhaert vous fiche une sacrée Claque !
Benoît Verhaert reprend « Claque » à la Samaritaine. Un solo qui force l’admiration mais dont on ne peut rien vous dire. Ça commence bien !
Benoît Verhaert a le chic pour toujours surgir là où on ne l’attend pas. On peut le voir, un soir, sous les ors et dorures du Théâtre du Parc en sévère Javert dans Les Misérables, et quelques soirs plus tard, le découvrir, lunettes noires et verbe sulfureux, dans The Wild Party , spectacle jazzy dans le New York des années folles. Mais on peut tout aussi bien le voir trimballer La Chute de Camus dans les bars de la capitale pour un monologue entre ivresse et folie, ricochant entre les tables recueillies, abasourdies.
Et là, on se dit qu’il va sans doute souffler un peu dans le confort et la tranquillité d’un théâtre classique. C’est mal le connaître : voilà-t-il pas qu’on le retrouve, une saison plus tard, devant une classe de lycéens à Etterbeek pour une animation passionnée et passionnante sur L’Etranger de Camus. Non seulement, le comédien parvient à les convaincre que le bouquin vaut tous les Twilight du monde, mais il leur donne rendez-vous, quelques semaines plus tard, pour le voir jouer la pièce et monter eux-mêmes sur scène pour défendre une plaidoirie rédigée avec toute la classe. Expérience inédite qu’il renouvelle la saison prochaine au Varia.
C’est peu dire que le bonhomme ne tient pas en place, brouillant les pistes comme un Jean Valjean après le bagne. Non seulement, il a l’art des surprises, mais en plus, il vous tend des pièges impossibles. Prenez Claque par exemple, découvert au Festival de Bruxelles l’été dernier et repris en ce moment à la Samaritaine : un solo qui force l’admiration mais dont on ne peut rien vous dire, sous peine de gâcher la performance. C’est rageant ! Il nous faut donc ruser, vous dire qu’il s’agit d’un acteur méditant sur ses illusions et désillusions, et en même temps, pas vraiment. Que c’est payant et pas vraiment payant. Que le public joue une part active, mais que le comédien a ses astuces pour ne pas se laisser faire. Que la démonstration est un tour de force mais que l’artiste ne se prend pas au sérieux. En un mot, que c’est franchement recommandable et qu’il vous faudra aller le voir pour avoir le fin mot de cette histoire.
La force du théâtre
Pourquoi se mettre ainsi en danger ? Pourquoi imaginer ces seuls en scène un peu fous quand de grands théâtres le courtisent par ailleurs ? Est-ce une manière de respirer, de trouver plus de liberté ? « Ce sont plutôt les travaux de groupe qui m’apportent une respiration, confesse le comédien. La force du théâtre est là, dans les équipes nombreuses. Les autres m’envoient de l’oxygène. Le solo est plus intime, plus direct. Si on parvient à faire les deux, on arrive à ne pas se lasser de ce métier. J’aime me mettre au service des autres, être l’employé de quelqu’un, comme un mercenaire. Mais parfois, j’ai aussi besoin d’aller au bout d’une intuition personnelle. »
C’est pourquoi, après Claque, Benoît Verhaert sera à l’affiche du Jeu des cigognes, nouvelle pièce de Philippe Blasband, mise en scène par Jos Verbist au Public. Il y jouera aux côtés de Didier de Neck, Magali Pinglaut et Laurence Vielle. « Je suis heureux quand je fais des choses différentes. Je recherche du souffle dans le groupe et de l’équilibre dans les solos. J’organise par exemple les Ateliers Zucco avec Frédéric Clou, des ateliers de théâtre pour faire de la recherche, gratuitement, juste pour le plaisir de la recherche. On a commencé avec Roberto Zucco de Koltès, puis on a fait Tchekhov, puis Racine sur le travail de l’alexandrin. Chaque fois, on recherche une méthode. Là, on va refaire du Tchékhov mais en travaillant sur le jeu de la caméra. C’est une manière de se ressourcer, de s’inventer. »
Claque du 19 au 29 juin à la Samaritaine, Bruxelles. Tel. 02 511 33 95. L’Etranger du 14 au 26 octobre au Petit Varia, Bruxelles. www.varia.be. Le jeu des cigognes du 9 janvier au 22 février. www.theatrelepublic.be








