Senteurs d’Orient
Encens, parfums, ils stimulent l’imagination et l’esprit du lettré ou du religieux. Ils permettent de développer pensées et méditations. Laissons-nous griser...
Sinologues passionnés, Paola D’Alatri et Howard Wei ont vécu, travaillé, étudié en Asie pendant une trentaine d’années. Ils se sont penchés sur les sculptures bouddhistes, les objets des lettrés chinois – parmi lesquels les fascinantes « pierres de rêves » –, les traditions culturelles des différents groupes ethniques et plus précisément leurs croyances, leurs mythes, leurs expressions artistiques… Riches de leurs connaissances et expériences, ils organisent régulièrement des expositions dont, à l’occasion de l’événement « Asian Art in Brussels », cet hymne aux « Encens et parfums ». Deux termes qui, précisent-ils d’emblée, « rythment la vie spirituelle et quotidienne en Chine depuis la plus haute Antiquité et se calligraphient de la même manière : “xiang” ».
Des rites aux méditations
A propos de l’origine de cette pratique de brûler de l’encens, les antiquaires expliquent que « d’aucuns la font remonter aux pratiques rituelles anciennes chinoises de la dynastie Zhou. D’autres la présentent comme un objet rituel révolutionnaire coïncidant avec l’importation de produits étrangers et la réélaboration des modèles de sacrifices impériaux. Ce qui est certain, c’est que l’usage s’est généralisé sous la dynastie des Han et qu’il est lié à la méditation taoïste et aux rites bouddhistes. » Usage quotidien domestique, les brûle-encens sont en bronze, certains objets funéraires sont en terre cuite, d’autres font partie du mobilier du palais impérial…
Quant à l’iconographie de ces brûle-encens, elle se caractérise par une innovation ou réutilisation d’anciennes images du « pays des immortels ». « Il fallait des compositions pour représenter les paradis bouddhistes populaires ! La pratique est donc adoptée par les rituels bouddhistes et elle fait partie des objets déposés sur l’autel placé sous le trône de Bouddha. On note que les éléments taoïstes iconographiques – les montagnes, les bestiaires, les immortels – sont, dans les dynasties du nord et du sud, progressivement remplacés par le lotus. La forme des objets, elle, évoque le tripode “ding”, considéré comme une métaphore somatique. »
Du côté des fragrances
Mélange de poudre de genévrier, de santal, de clous de girofle et de plantes médicinales, résine extraite d’un arbuste originaire d’Arabie, camphre de Chine – utilisé pour son pouvoir de purification et de détachement des pulsions vitales –, le commerce de l’encens remonte au règne de la reine de Saba !
Au Japon, il fait son apparition au VIIe siècle avec Ganjin, un moine bouddhiste chinois de la dynastie Tang. « Quand il introduit la culture des fragrances par le biais de l’encens médicinal et la pratique du nerikoh (mélanges de boulettes d’encens composées d’ingrédients différents). L’encens n’est dès lors plus utilisé comme offrande lors d’une cérémonie religieuse, mais comme un plaisir, “soradakimono”, celui d’apprécier les arômes précieux. » C’est, en même temps que le début de l’usage de l’encens, celui de l’univers esthétique et artistique du Japon…
Etape importante, celle de la Renaissance. « Nobles et classes supérieures créent des senteurs liées au passage des saisons, instaurant ainsi le “Koh-Do” ou Voie de l’encens, un art aussi raffiné que la cérémonie du thé, la composition de poèmes ou les représentations du théâtre nô. Perdant alors son caractère de passe-temps innocent lié à la recherche de nouvelles fragrances, l’encens obtient la faveur des samouraïs et des nobles. Et exerce une influence considérable sur la calligraphie, la littérature et la cérémonie du thé. »
Constants dans nombre de civilisations d’Asie, encens et parfums ont évolué au gré de l’imagination et des besoins spécifiques. Mélanges d’ingrédients et d’essences, ils sont un élixir dont la composition subtile est jalousement gardée dans la mémoire olfactive du mélangeur et transmise de génération en génération…








