Eugène Boudin bien représenté chez Artcurial

Jean Vouet
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Un coucher de soleil au Havre. Photo 
: D.R.
    Un coucher de soleil au Havre. Photo : D.R.

Celui que Corot surnommait affectueusement « le roi des ciels », le peintre français Eugène Boudin (1824-1898), bénéficie depuis le début de l’année 2013 d’un beau coup de projecteur, avec notamment la tenue d’une exposition rétrospective au Musée Jacquemart-André à Paris (jusqu’au 22 juillet). Il n’était donc pas étonnant de voir la maison de ventes aux enchères Artcurial Briest-Poulain-F. Tajan organiser le 4 juin dernier une vente dédiée spécialement à cet artiste. La totalité des dix-sept œuvres provenant toutes d’une collection privée parisienne, à savoir des peintures, des aquarelles et des croquis, furent dispersées à cette occasion. Le résultat ? Plus d’un million d’euros (frais inclus) de chiffre d’affaires et quelques belles surprises à la clef.

En 1920, soit vingt ans après la mort d’Eugène Boudin, Claude Monet, dans une lettre adressée à son ami Gustave Geffroy, un homme de lettres parisien, déclarait encore : « Je considère Eugène Boudin comme mon maître… Je dois tout à Boudin et je lui suis reconnaissant de ma réussite. » C’est dire l’importance de l’influence de ce peintre sur celui qui fut son élève au Havre en 1858… Pourtant, rien ne prédestinait ce modeste fils d’un maître d’équipage de steamer à embrasser la carrière de peintre, lui qui voulait devenir papetier-encadreur…

Détours par la Belgique

En véritable « amoureux de la nature et de ses changements », Eugène Boudin s’active dès le début dans la représentation de paysages, de marines ou encore de vues de port. Véritable peintre du plein air (dont il fut d’ailleurs l’un des précurseurs), celui-ci adopte une technique rapide et efficace, qui lui permet de coller au plus près de ses sujets.

À la fin des années 1860, face à la concurrence de plus en plus accrue dans le domaine de la peinture de marines, Eugène Boudin décide de voyager de façon régulière à l’étranger pour renouveler ses sujets. Au cours de ses nombreuses escapades en France, aux Pays-Bas et en Belgique, il s’attache notamment à représenter le marché et la poissonnerie de Bruxelles ainsi que les environs de l’Escaut à Anvers. Estimée entre 8.000 et 12.000 euros, cette vue de la rade anversoise, petite aquarelle et crayon sur papier, s’est vendue 14.375 euros (frais inclus). Au catalogue de la vente figurait également une autre œuvre ramenée de ses voyages, un tableau intitulé Rotterdam, le bassin central, exécuté en 1875. Cette huile sur panneau, dominée en son centre par la silhouette d’un imposant trois-mâts à quai, les voiles basses, vu depuis la poupe, s’est négociée contre 71.100 euros, frais inclus (sa valeur était estimée entre 60.000 et 80.000 euros).

Le peintre des ciels

Dans bon nombre des marines reprises au catalogue, Eugène Boudin démontre un grand savoir-faire en matière d’agencement de l’espace. Ainsi l’on remarque qu’il divise généralement ses compositions à la manière hollandaise, c’est-à-dire, en deux registres superposés (le premier tiers pour la mer et le reste pour le ciel). De ce fait, Eugène Boudin n’usurpe en rien son titre de « peintre des ciels », à l’instar de cette huile sur toile intitulée Le Havre, coucher de soleil sur le rivage, où il décline avec une étonnante précision les teintes du soleil se couchant sur le large. Proposée entre 50.000 et 70.000 euros, cette œuvre, qui rappelle au souvenir un commentaire de Baudelaire qui déclarait en 1859 que le peintre finirait un jour par étaler « les prodigieuses magies de l’air et de l’eau », s’est très bien vendue à 139.500 euros, frais inclus. Autre illustration de son talent pour représenter les phénomènes météorologiques, cette huile sur toile représentant La rivière morte à Deauville, peinte en 1893, dont la valeur oscillait entre 40.000 et 60.000 euros et qui changea de mains contre 49.500 euros, frais inclus.

Enfin le clou de la vente consistait en un tableau de 1890, intitulé Etretat, bateaux de pêche sur la plage et falaise d’aval, qui s’est vendu à 133.500 euros, frais inclus (sa valeur était estimée entre 100.000 et 150.000 euros). Un résultat logique puisque, en 2006, un tableau comparable avait déjà été adjugé chez Christie’s pour 124.508 euros.

Osez la rencontre !