Située au cœur d’Ixelles, une maison de quartier (éco)exemplaire
A flanc de trottoir, la longue façade tout en baie vitrée se fait discrète, mais pas trop.
Ce n’est qu’une fois les yeux levés au ciel que le passant peut contempler tout le caractère du bâtiment. Quelques bow-windows en saillie, de multiples étroites fenêtres rectangulaires sagement alignées et surtout, ce jeu de briques blanches vernissées qui s’entrecroisent, traçant des losanges renversés dans un style aux accents « Art nouveau ». Une petite folie budgétaire. « Ça coûte très cher, mais bon… il y en a peu », glisse Vincent Pierret, l’un des trois architectes à l’origine de l’édifice.
La réalisation « Cygnes-Digue », située au cœur d’Ixelles, voulait se fondre dans le paysage et se faufiler dans le bâti existant. Pas question de réaliser une ostentatoire entrée via la place Flagey, aussi branchée et aussi proche soit-elle. « Nous voulions orienter la construction vers le quartier. On y pénètre donc via la rue de la Digue (d’où son nom), là où se dressait autrefois un terrain un peu «glauque», vaguement laissé à l’abandon », poursuit l’architecte.
Ça, c’était avant que la commune ne lance un appel à projet pour la création d’un ensemble réunissant maison de quartier et logements. Le bureau d’architecture bruxellois Ledroit-Pierret-Polet remporte le concours et se lance dans ce chantier qui durera sept ans et nécessitera un investissement de près de cinq millions d’euros.
Il a fallu désencombrer cet espace de 3.500 mètres carrés, abattre l’ancien cinéma qui se dressait là, raser un entrepôt, faire disparaître un terrain de sport grillagé. Table rase, ou presque, pour installer un îlot central, futur espace vert au pied des fenêtres des nouveaux logements sociaux, mais aussi des maisons préexistantes. « Il s’agit en réalité de logements publics à caractère social », précise Vincent Pierret. Soit un ensemble de 14 studios et appartements (jusqu’à 4 chambres) aux loyers plafonnés (basés sur les tranches de revenus fiscaux) et ayant pour objectif affiché de favoriser la mixité.
Pour garder l’espace à l’abri des regards urbains, la maison de quartier Malibran et sa façade vernissée viennent clore l’îlot. Un large ensemble avec, en guise d’accueil, un espace public/salle de bar aux affectations potentielles multiples, pavés d’une mosaïque gris, blanc, bleu, clin d’œil à l’allure des sols des anciennes maisons de maître. Au premier étage, une salle de spectacle dotée d’une scène, surplombée aux étages suivants de plus petites pièces modulables grâce à des parois amovibles, puis une salle de sport et son vestiaire, prolongée par une terrasse.
Le tout possédant une allure brute, fonctionnelle, sobre, épurée et pratique, avec çà et là une touche de béton. Tantôt en version lissée sur les sols et murs, tantôt sous forme d’escaliers, de banc le long de la terrasse, de chemin traversant l’espace vert… « Il s’agit surtout d’un choix pragmatique. Le prix de ce matériau est très compétitif. Par exemple, pour une chape lissée, on était à 60 euros le mètre carré, contre 80 ou 90 pour du carrelage. »
Avec sa performance énergétique de 30 kWh/m²/an, l’édifice a été estampillé « éco-exemplaire ». « Le tout sans panneaux photovoltaïques ! » Pourquoi ne pas avoir poussé la réalisation jusqu’au passif (15 kWh) ? « Parce que l’on voulait éviter le surcoût du triple vitrage, les problèmes de surchauffe et ceux liés à l’étanchéité à l’air, explique Vincent Pierret. Puis on a fait le calcul : pour un appartement de 50 mètres carrés, cela nous aurait permis d’économiser… 2 euros par mois ! Imposer cette norme systématiquement en ville, cela n’a pas beaucoup de sens. L’ensoleillement n’est pas toujours optimal. Au départ, on voulait un chauffage à pellets. Mais comment faire pour l’approvisionnement ? »
L’architecte préfère le concept « low tech ». Des techniques simples, peu onéreuses, mais efficaces. Comme le « free cooling » (rafraîchissement libre), une coupole que l’on ouvre durant l’été chaque nuit, puis que l’on referme la journée pour conserver l’air frais.
Dans le bar, le thermostat peut uniquement être réglé à plus ou moins deux degrés. « Comme c’est un espace utilisable par tous, il fallait éviter que chacun puisse régler sa propre température ! »
Réceptionné en février dernier, « Cygnes-Digue » vit aujourd’hui sa vie. Il paraît que les différents locaux sont véritablement pris d’assaut par les habitants. « Surtout la salle de sport ! » La terrasse aurait-elle un quelconque rapport ? Le bâtiment semble avoir rempli sa mission : insuffler un peu de renouveau dans un quartier qui, jusqu’alors, en avait été privé.



