Ethan Hawke et Julie Delpy remettent le couvert conjugal
Dix-huit ans après « Before sunrise », neuf ans après « Before sunset », « Before midnight » interroge le couple. Entretien avec Ethan Hawke.
Né au Texas il y a 42 ans, Ethan Hawke est tombé dans la marmite artistique dès le plus jeune âge. À 14 ans, on le découvrait chez Joe Dante ( Explorers ), puis à 18 chez Peter Weir ( Le Cercle des poètes disparus ). Hawke, c’est une (belle) gueule, un charisme. Un talent puissant, aussi, qui s’exprimait par exemple dans le thriller sentimental de Sidney Lumet, en 2007 ( 7 h 58, ce samedi-là ). Le voici dans Before midnight , de retour aux côtés de Julie Delpy, dans ce qu’il est désormais convenu de considérer comme une saga conjugale.
Tous les neuf ans, nous retrouvons Jesse et Céline… Cela nous ramène donc 18 ans en arrière. Quel souvenir en gardez-vous ?
C’était ma première expérience internationale d’envergure, ce film. J’avais certes déjà accompagné au festival de Venise « Le Cercle des poètes disparus », mais là je faisais partie d’un grand groupe de comédiens. Tandis qu’avec « Before sunrise », je portais le film, avec Julie, et ça c’était neuf pour moi. C’était un sentiment d’excitation intense. Le monde semblait si large et grand, pour le jeune homme que j’étais.
Avez-vous eu besoin de revoir les deux films précédents, avant de vous attaquer à celui-ci ?
Quand nous étions en plein milieu de l’écriture du film, avec Richard, on a fait un retour vers le passé, avec Julie, et on s’est regardé ensemble les deux films, oui. Et vous savez, je me suis surpris à penser qu’ils étaient nettement meilleurs que ce que je pensais. Or, c’était pas si évident que ça. Je me souviens de mon frère, disant au sujet de « Before sunrise » : « C’est le film le plus chiant que j’ai eu à voir… » Cela m’a du coup enlevé la peur de faire un troisième volet. Et j’ai soudain compris pourquoi les gens aimaient tant ces deux films. Je les trouve vraiment tout bons. Mais du coup ça a installé une autre peur : celle de ne pas être à la hauteur des deux volets précédents… et du coup de dévaloriser l’ensemble de ce qui allait devenir un triptyque.
Vous mentionnez votre participation, à Julie et vous, dans l’écriture du film. Comment se passe le travail sur les dialogues ?
C’est un film où les conversations sont centrales. Et d’emblée, dans ce film-ci, vous avez un très long dialogue, en voiture, dans un plan-séquence qui dure une bonne dizaine de minutes. Ce genre de scène passe par énormément de répétitions, par énormément d’écriture aussi. En fait, on les écrit dans le but d’arriver à créer un sentiment d’improvisation. Mais rien n’est improvisé. Pas un seul mot ! Si vous proposez une variation sur une seule ligne du texte, Richard n’est vraiment pas content, je peux vous le dire… Alors, pour arriver à résonner naturel, c’est beaucoup de travail. Le chemin vers la simplicité est très complexe. Alors oui, on a avancé très lentement, et on a parlé ensemble, avec Richard et Julie, d’innombrables fois. Notamment sur la notion de romantisme au sein d’un monde moderne comme celui dans lequel nous vivons. On s’est planqué dans un hôtel en Grèce, et on s’est mis au travail. On a étudié toutes les possibilités de (fausses) improvisations, et on a gardé les meilleures.
Vous incarnez avec le temps un véritable couple, avec Julie Delpy. Qu’a-t-elle de particulier, qui justifie cette longévité à vos côtés ?
Julie est incroyablement intelligente et créative. C’est une musicienne et chanteuse hors pair, un bon écrivain et une réalisatrice à prendre au sérieux. C’est, en outre, une personnalité trop forte que pour imaginer d’elle qu’elle aurait pu se contenter d’être simplement une actrice toute sa vie. On s’est découvert avec le temps, avec Julie. Mais ce qui est certain, c’est qu’elle était bien plus avancée et mûre que moi lorsque nous avons commencé l’aventure ensemble, il y a près de vingt ans. Au fond, c’était une femme, et moi j’étais encore un gamin, à ma façon, à l’époque.
La préparation de longues scènes comme celle que vous mentionnez tient-elle d’un travail différent de celui du comédien de théâtre ?
Richard pourrait vous parler longuement des différences qu’il voit entre le travail du comédien de théâtre et de l’acteur de cinéma. Moi, je crois que les longues scènes créent un sentiment fort de réalisme. On n’est pas dans la manipulation.
Dans le film, les problèmes conjugaux arrivent dès que se pointe la perspective du sexe. Comme si le sexe, ou plutôt l’absence de sexe, constituait le principal problème des couples de longue durée ?
Je crois que le sexe n’est pourtant pas le problème entre eux. Leur vie sexuelle marche bien. Le problème, c’est la négociation entre eux de tout le reste.
C’est plus difficile de cultiver le romantisme conjugal à quarante ans qu’à vingt ou trente ?
Moi, je crois que ce qui est le plus difficile c’est de faire durer une relation conjugale.










