Cahuzac: «L'affaire est sortie au moment où elle pouvait faire le plus mal»

Patricia Labar, Louis Colart (St.), Camille Wernaers
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Jérôme Cahuzac s’est présenté devant la commission d’enquête parlementaire mise en place après que l’ex-ministre français du Budget a avoué la détention d’un compte bancaire caché à l’étranger. S’ il a dédouané ses ex-collègues, il n’a pas fait de vraies révélations, refusant même de répondre aux questions les plus importantes.

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Jérôme Cahuzac. AFP
    Jérôme Cahuzac. AFP

Jérôme Cahuzac, l’ancien ministre français du Budget est entendu en ce moment à l’Assemblée nationale par une commission d’enquête parlementaire sur la gestion politique du scandale de ses comptes à l’étranger. Il est interrogé sur d’éventuelles protections dont il aurait pu faire l’objet entre la révélation par le site d’information Mediapart le 4 décembre 2012 qu’il possédait un compte à l’étranger et ses aveux le 2 avril (lire notre dossier). Cette commission d’une trentaine de députés a ciblé ses investigations sur l’action du gouvernement pendant que M. Cahuzac, alors encore en poste, niait en bloc les révélations l’accablant, même auprès de ses conseillers les plus proches.

Il s’est appliqué mercredi à dédouaner le gouvernement et le président de la République, en répondant — ou en refusant de répondre -, le ton traînant, manifestement accablé, à la commission. Tour à tour mettant et retirant ses lunettes, prenant des notes, demandant à plusieurs reprises aux députés de ne pas lui demander d’«étaler ses sentiments personnels», l’homme est apparu fatigué, la voix régulièrement bloquée par l’émotion, n’hésitant à évoquer sa «douleur». Lui qui est en train d’écrire un livre pour raconter sa version des faits (promettant de « balancer du lourd »), avoue qu’il a appris «  sur son portable  » (son GSM, ndlr) qu’une enquête judiciaire a été ouverte contre lui. Il revient également sur le jour de l’annonce de l’ouverture d’une information judiciaire (il démissionna le même jour). Il charge à demi-mots le sommet de l’exécutif : «  Il m’est arrivé de penser que les plus hautes autorités de l’État avaient été informées de la décision du procureur, avant que moi-même je ne l’apprenne. »

«  Je n’ai jamais juré sur la tête de mes enfants ne pas avoir de compte à l’étranger »

Selon Jérôme Cahuzac, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ne lui a plus posé de question sur le fond de l’affaire après la première et seule fois où cela aurait été abordé (juste après la révélation de Mediapart). Mais lui aurait «  régulièrement  » demandé «  si ça allait  », voyant qu’il était affecté. Cahuzac : «  Je lui répondait naturellement que ça allait  ». «  Ni le ministre de l’Intérieur, ni la Garde des Sceaux  » n’ont eu de contacts avec lui pendant les 117 jours qu’a duré la période de flottement avant sa démission explique-il encore.

Cahuzac : «  Il y a deux tabous que je n’ai pas transgressé. Premièrement je n’ai jamais juré sur la tête de mes enfants ne pas avoir de compte à l’étranger. Deuxièmement, mentir par écrit à l’administration que je dirigeais me semblait inconcevable ». Il a innocenté son prédécesseur de l’UMP, Eric Woerth. Il affirme que M. Woerth lui a dit ne pas avoir reçu de lettre l’informant de l’existence du compte en Suisse. M. Woerth lui aurait confirmé : «  Si j’avais reçu un tel courrier, j’aurai immédiatement lancé les procédures  ».

L’auditions s’est terminé vers 18h30, après deux heures exactement d’audition. Jérôme Cahuzac a refusé de répondre aux questions les plus importantes, tels que le type de montage financier qui lui a permis d'avoir un compte à l'étranger, l’origine de l’enregistrement, qui était au courant et si c’est bien sa voix qu’on entend sur l’enregistrement. «  La Police scientifique reconnaît ma voix à 60%  », se contente-t-il de déclarer. Les commissions d’enquête parlementaires françaises ont moins de pouvoirs que celles du Congrès américain mais elles peuvent mettre au jour des informations et, dans des cas rares, saisir la justice.

Voir ses déclarations sur mobile.

Vos réactions

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9. Didier Lagasse de Locht dit le 27/06/2013, 08:08

Seules 6% des informations demandées à la Suisse concernant une enquête financières ont reçu une réponse. Autrement dit, la Suisse a protégé 94% des délits financiers dont est victime la France par ses ressortissants ou entreprises.

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8. Didier Lagasse de Locht dit le 27/06/2013, 08:03

En deux mots, il n'a rien dit !

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7. radiogsm dit le 26/06/2013, 20:06

Lorsqu'on fait partie d'une fratrie, on protège le groupe, peu importe les moyens utilisés.

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6. koulitch2010 dit le 26/06/2013, 19:27

J'ai bien scruter l'homme Cahuzac et je peux vous dire qu'il connait parfaitement les lois et qu'il a dû répéter avec ses avocats les questions et réponses à donner à la commission parlementaire un bon nombre de fois !....on sent bien que l'homme a bien appris sa leçon....malgré une " certaine émotion ou pression " car il est dans une position très inconfortable... il tient bon et suis à la lettre les conseils de ses avocats !

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5. BruxellesdanslaRue dit le 26/06/2013, 16:59

Je pense qu'il n'a échappé à personne que Hollande et sa clique n'ont jamais été de gauche, et encore moins socialistes. Ils font partie d'une machine, le PS, qui octroie l'accès à la présidence tous les vingt ans. Quand ils y sont, ils passent leur temps à se laver les mains, et ils sont tellement convaincus d'être propres qu'ils tombent des nues quand on les met face à leurs contradictions, voire face à leurs crimes. Cahuzac avec sa tête de premier de classe et son sourire fourbe est sans doute la tête à claque de cette bande de pieds nickelés. Mais franchement, qui a jamais cru en Hollande et sa clique? Mélenchon représentait la gauche. La France avait tout en main. Mais non! Elle n'ose pas, ne comprend pas, n'est pas sure etc. Bon, ben, sorry, mais faudra faire comme depuis toujours sous la droite: payer et se taire! On a beau l'expliquer et retracer l'histoire, rien n'y fait.

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