La marche de « Hannibal » sur Mons
Michael De Cock met en scène « Hannibal » au Festival au Carré de Mons. Pyrotechnie, sculptures d’acier, technologie sonore de pointe, et péplum à ciel ouvert.
Cette année, le Festival au Carré se décline sur le thème de la gastronomie. Opéra Bouffe, conférence cuisinée, lecture gargantuesque suivie d’un banquet : il y en aura pour tous les goûts. Mais la thématique gourmande se décline aussi dans d’autres projets, qui ne se mangent pas, mais n’en sont pas moins alléchants.
C’est le cas de la boulimique création de Michael De Cock, Hannibal. Boulimique parce que le metteur en scène flamand promet un péplum contemporain, rien de moins, avec effets pyrotechniques, éléphants d’acier, technologie de pointe, discours guerriers. Tout cela, en plein air, sur le parking du Manège à Mons.
L’histoire elle-même est plus grande que nature, sur les traces d’une légende : Hannibal, figure mythique, grand général carthaginois en guerre contre Rome pour l’hégémonie du bassin méditerranéen. Hannibal traversera l’Europe, franchira les Pyrénées et les Alpes à dos d’éléphant et arrivera aux portes de Rome.
Michael De Cock a vu dans ce conflit les mêmes questions qui agitent la société aujourd’hui : migration, économie, pouvoir, différences de cultures. Il nous livre les clés de ces champs de bataille qui, il y a 2000 ans, ont façonné l’Europe.
Pourquoi cette fascination pour Hannibal ?
Depuis trois ans, je m’investis dans ce personnage. Je parle aux gens, je lis toutes sortes de livres d’histoire. J’en ai écrit un roman historique. Puis, j’ai écrit une série pour la radio, la VRT, autour de l’immigration. Le personnage me fascine. C’est une tragédie qui n’a encore jamais été écrite. Hannibal est tragique dans le sens où, tout ce qu’il accomplit est le contraire de ce qu’il désire. Il voulait que Rome soit dominée et que Carthage ait l’hégémonie sur la Méditerranée et c’est le contraire qui se produit.
Comment faites-vous le lien entre son histoire et notre époque ?
En lisant mon livre, quelqu’un m’a dit : « Tant de morts sur 300 pages ! » Mais si on regarde la télé aujourd’hui, le conflit syrien par exemple, ce n’est pas mieux. Il y a 2.000 ans, c’était de véritables boucheries alors qu’ils n’avaient pas de bombes, pas de fusils, seulement des épées, des couteaux. Comment est-ce que l’on traduit cela pour un public contemporain ? Dans toute guerre, quelle que soit l’époque, tout le monde est capable d’atrocités. A cette époque, au troisième siècle avant Jésus-Christ, il n’y avait ni catholiques ni islam. Il s’agissait d’une guerre économique. Aujourd’hui, entre Tunis et l’Espagne, il y a beaucoup de similarités. L’Espagne et le Maroc ont beaucoup plus de liens entre eux qu’avec Bruxelles par exemple. Cette région a toujours été turbulente. C’était jadis le berceau de l’Europe. Maintenant, certains diraient que c’est la poubelle de l’Europe. C’est un spectacle qui parle de l’immigration, de la globalisation aussi. On a d’ailleurs une distribution très mélangée avec des acteurs flamands, francophones, mais aussi d’origine sud-africaine, sénégalaise ou encore argentine. Des comédiens qui viennent de partout à l’image de Hannibal qui prenait des soldats de partout. C’est en partie là que résidait son génie.
Il s’agit d’une épopée antique mise à la sauce moderne ?
Au départ, on s’est inspiré de films comme Mad Max, de son atmosphère apocalyptique, à laquelle on ne peut pas coller d’époque particulière. Ça convenait bien car, même si la pièce parle de Rome et de Carthage, ça parle aussi d’aujourd’hui, et de demain peut-être. Il y a donc des accents de Mad Max dans la pièce. Pour la fabrication des décors, on a travaillé avec une association flamande qui forme des personnes sous-qualifiées en recherche d’emploi. Des gens qui apprennent à souder ou à manier l’électricité et qui ont réalisé pour nous des mobylettes, des éléphants en acier, des boucliers. On a voulu créer un spectacle héroïque mais pas forcément avec des décors immenses. Il y a aura des figurants aussi pour suggérer les grandes batailles, ou de grands discours comme en ont fait Obama ou Khadafi.
Du 3 au 5 juillet au Manège, Mons.
Dans le cadre du Festival au Carré du 30 juin au 13juillet. www.lemanege.com
Du 15 au 27 juillet au Zomer van Antwerpen. www.zva.be



