« L’idée » de René Magritte part à 4.562.500 livres sterling
À Londres les 18 et 19 juin derniers, les ventes d’art impressionniste et moderne organisées par Sotheby’s et Christie’s ont engrangé dans l’ensemble de bons résultats, en vendant notamment quatre peintures de René Magritte.
Dans les ventes du soir, l’on attendait ainsi particulièrement chez Sotheby’s une huile sur toile de 1966 intitulée “ L’idée “, dont les experts estimaient la valeur entre 1,8 et 2,5 millions de livres sterling. Peinte un an avant la mort du peintre, cette œuvre tardive représentant un buste d’homme en costume-cravate affublé d’une pomme verte en guise de tête s’est finalement très bien négociée à 4.562.500 de livres sterling, frais inclus.
Une excellente surprise pour son dernier propriétaire, un collectionneur privé européen qui l’avait acquise dans les années 1980 auprès du marchand d’art new-yorkais Arnold Herstand. Livrée par Magritte à la galerie parisienne d’Alexandre Iolas en 1967, cette œuvre, avant d’arriver aux Etats-Unis, passa d’abord par différentes mains, y compris celles de la Galerie bruxelloise Isy Brachot.
En 1966, Magritte travaille depuis quelques temps sur une manière de peindre “ le vide entre un chapeau et un costume sans faire penser à l’homme invisible “, une question qu’il parvient à résoudre une première fois dans le tableau “ Le Paysage de Baucis “ (1966, collection privée américaine). La même année, lorsqu’il s’atèle à la réalisation de “ L’idée “, Magritte réfléchit désormais à la manière de combiner un objet inanimé, une pomme, avec une figure humaine. Motif récurrent dans le catalogue de l’imaginaire magrittien, la pomme se présente comme l’élément troublant de cette composition. Deux ans auparavant, dans un autre tableau intitulé “ La grande Guerre “ (1964, collection Saatchi), Magritte disposait alors ce fruit vert devant le visage d’un homme, dans le but de représenter “ l’invisible “. Dans une lettre écrite à André Bosmans le 25 septembre 1964, celui-ci déclarait d’ailleurs : “ à propos de “ l’invisible “, j’entends ce qui n’est pas visible ; par exemple : le chaud, la pesanteur, le plaisir, etc. Il y a le visible que l’on voit : la pomme sur le visage dans “ La grande Guerre “ et le visible caché : le visage caché par la pomme visible “.
Dans ce tableau, Magritte substitue désormais à la représentation de la tête humaine une simple pomme, en lévitation au dessus d’un corps humain acéphale. Sorte de mélange entre le portrait et la nature morte, ce tableau constitue donc une étape importante dans la réflexion artistique des dernières années de vie du peintre. Avec les qualités qui sont les siennes, il était donc plus ou moins prévisible que celui-ci remporte un certain succès auprès des collectionneurs et amateurs du peintre, qui n’auront d’ailleurs pas hésité à faire monter les enchères pour se l’approprier.








