Les dangers de l’habitat durable en cas d’incendie

Julie Schyns
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Les bâtiments durables induiraient-ils plus de risques en cas d’incendie ? Le point au travers de quelques nouvelles techniques de construction.

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Dans les constructions durables, les feux se développent autrement. Photo 
: Belga/AFP
    Dans les constructions durables, les feux se développent autrement. Photo : Belga/AFP

Isolants très combustibles, immeubles à ossature bois, étanchéité renforcée… Construits avec ces nouveaux modes de construction, les bâtiments dits « durables » sont-ils plus propices aux incendies ou induisent-ils un risque plus important en cas d’incendie par rapport aux bâtiments « traditionnels » ? Une question qu’il faut aborder avec nuance, selon les spécialistes. «  D’une manière générale, les experts ont un propos rassurant, les études n’indiquent pas de manière significative qu’il y a un risque accru d’incendie pour les occupants dans les constructions durables, commente Hervé Breulet, responsable de la Direction des risques accidentels au sein de l’Institut scientifique de service public (Issep). Le risque ne serait pas nécessairement plus grand mais différent, les feux se développent autrement. »

D’abord, précisons que la naissance de l’incendie dépendra non pas du type de construction mais bien de son contenu (mobilier, électroménager), l’intérêt est alors de concentrer son attention sur la manière dont un incendie se développe dans tel ou tel type de bâtiment. Une problématique que l’Issep a examinée de près lors d’une journée d’étude. Différentes tendances mises en œuvre dans les constructions durables ont été passées à la loupe.

Le photovoltaïque. Premier problème induit par les panneaux solaires, lors d’un incendie : ils peuvent entraver l’intervention des pompiers. «  Par exemple, si les pompiers doivent faire sauter les tuiles ou les ardoises, les panneaux constituent un obstacle physique supplémentaire dans la lutte contre l’incendie  », indique Hervé Breulet, qui évoque également les risques d’électrocution qui peuvent être encourus. «  Il existe un petit retour d’expérience avec un cas au Luxembourg où un pompier aurait subi un choc électrique mais on ne possède pas beaucoup d’informations à ce niveau-là, il faut cependant rester attentif à ce possible danger, préconise l’expert. On a également déjà vu des panneaux placés au-dessus des systèmes d’évacuation de fumée et de chaleur… Ici il ne s’agit pas d’un problème lié à la technologie mais bien à son utilisation.  »

L’isolation Un isolant possède une inertie thermique moins élevée que le plâtre traditionnel, ce qui signifie qu’il absorbe moins facilement la chaleur. En d’autres termes, avec une meilleure isolation, la chaleur se dissipe moins facilement dans la pièce et pourrait donc conduire à un échauffement de toute source de chaleur située près de l’isolant. La température pourra s’accroître et atteindre plus rapidement des valeurs critiques. De manière générale, même si un isolant n’est pas combustible, il sera donc toujours préférable de le poser à l’extérieur de l’habitation, ce qui va dans le sens de la performance énergétique. Plus particulièrement, l’Issep s’est interrogé sur les risques liés aux isolants naturels. Chanvre, laine de mouton, cellulose, paille… Ces matériaux naturels peuvent être insufflés dans les parois ou les combles de la maison afin de garantir une meilleure isolation. «  Ils sont utilisés «en vrac», si on les place à proximité de sources de chaleur, ces matériaux peuvent être propices à des feux couvants, prévient Hervé Breulet. La solution serait d’isoler physiquement les sources de chaleur du matériau combustible.  »

Ossature bois Le danger avec les immeubles construits avec du bois se situe au niveau de la propagation du feu par la façade. «  Tant qu’on ne construit pas sur plus de trois ou quatre étages, il n’y a pas plus de risques. Maintenant, si l’habitation fait plus de dix étages, il faudra faire attention  », note Jean-Marc Franssen, professeur spécialisé en ingénierie du feu à l’ULg. Pour la vie des habitants il n’y a certainement pas plus de risques avec les constructions en bois en cas d’incendie. C’est clair qu’une maison en béton ne s’effondrera pas aussi vite qu’une maison en bois mais au final, qu’est-ce que ça change ? Le vrai danger c’est de mourir asphyxié dans son sommeil. S’il y a un incendie, les occupants seront morts avant que la structure ne s’effondre.  » Le professeur ajoute également que ce qui brûle en premier lieu dans une maison, c’est d’abord son contenu. «  On possède de plus en plus de papiers, d’archives, de plastique, d’ordinateurs, etc. Tout ce qu’il faut pour qu’une maison brûle.  » Et c’est sur ce point qu’insiste également l’Issep puisque sur les 30 dernières années, l’évolution du contenu de nos maisons a eu une influence dramatique sur la vitesse de propagation d’un incendie. «  Pour atteindre le flash-over (NDLR, embrasement généralisé éclair qui se produit lorsqu’un feu se déclenche dans un lieu semi-ouvert), il y a 40 ans, il fallait compter 20 à 30 minutes, révèle Hervé Breulet. Aujourd’hui, il n’est pas rare de l’atteindre en moins de 5 minutes…  »

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