Pas de risques accrus dans les maisons passives

Julie Schyns

Les maisons passives, de véritables bombes à retardement en cas d’incendie ? L’Institut scientifique de service public (Issep) et l’Université de Mons se sont penchés sur cette question au travers d’une étude, commandée par le SPF Intérieur. Pour y répondre, l’équipe de recherche a simulé des incendies dans des maisons passives et traditionnelles, sur la base de modèles mathématiques. Sylvain Brohez est professeur au sein du service de génie des procédés chimiques de l’Université de Mons.

Quelles sont les conclusions apportées par l’étude concernant l’isolation des maisons passives ?

Les temps d’évacuation des personnes sont assez semblables dans les habitations passives ou traditionnelles. Ce qui est important, peu importe le type d’habitat, c’est qu’il n’y ait pas de parement isolant à l’intérieur. Et dans les maisons passives, d’un point de vue énergétique, on a intérêt à isoler par l’extérieur. Le front de chaleur va d’abord traverser les couches de plâtre et n’aura pas le temps d’atteindre l’isolant, celui-ci n’aura donc pas encore d’effet. Par contre, si l’incendie venait à se prolonger, l’isolant pourrait jouer un rôle car à plus long terme, la conduction de la chaleur va traverser les murs pour arriver à l’isolant et la température des fumées va augmenter plus vite. Mais, dans le cadre de cette étude, on s’est attardé aux premières minutes de l’incendie qui concernent le temps d’évacuation des occupants.

Une maison passive étant plus étanche qu’une construction traditionnelle, ce paramètre aura-t-il un impact sur le danger de l’incendie ?

Pendant la phase de montée en puissance de l’incendie, la température des fumées augmente. La maison est alors en surpression et n’y a pas d’entrée d’air frais pour alimenter le feu. La phase de montée en puissance de l’incendie s’étalant sur environ 5 minutes et le temps disponible pour l’évacuation étant de 3 à 4 minutes, l’étanchéité, plus importante, n’aura donc pas d’importance. Dans la seconde phase de l’incendie, par manque d’oxygène, la puissance du feu va diminuer et la température aussi, certaines parties de l’habitation seront alors en légère dépression et donc de l’air frais pourra alimenter le feu. Mais plus l’habitation est étanche et moins l’air entrera. L’étanchéité des maisons passives peut engendrer une plus grande accumulation des fumées combustibles, je pense qu’il y a peut-être plus de risques pour un « backdraft » (NDLR, explosion de fumées qui se produit lorsqu’un feu se déclenche dans un milieu clos) dans une maison passive, mais là on atteint les limites des logiciels, c’est un point qui pose question… Il faut cependant dire que le « backdraft » n’est pas typique des maisons passives.

Les maisons passives possèdent des systèmes de ventilation mécanique. Quelle influence sur la propagation de l’incendie ?

On pourrait voir les fumées remonter dans le réseau de ventilation et se propager dans les autres pièces. Mais dans les maisons passives, il y a de toute façon des ouvertures sous les portes ou des grilles pour la circulation de l’air. Le débit de fumée qui y passe est plus important que celui qui peut remonter dans le réseau de ventilation. Je ne pense pas que ce soit un gros problème pour les maisons unifamiliales.

Enfin, qu’en est-il du risque de « flash-over » (embrasement généralisé éclair qui se produit lorsqu’un feu se déclenche dans un lieu semi-ouvert) ?

Dans les maisons traditionnelles, il y aura plus facilement un bris de vitre, l’air peut entrer en puissance et créer un « flash-over » si la charge combustible est suffisante. Dans les maisons passives, il ne faudra pas écarter ce risque de flash-over lors de l’intervention des pompiers, à défaut de « backdraft ».

Osez la rencontre !