Des crèmes solaires surévaluées

Violaine Jadoul
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Les crèmes contiennent un filtre UV anti-inflammatoire. Il ralentit l’apparition des coups de soleil. Et laisse penser que la crème protège davantage.

  • La crème solaire doit être appliquée toutes les deux à trois heures. © Pierre-Yves Thienpont
    La crème solaire doit être appliquée toutes les deux à trois heures. © Pierre-Yves Thienpont

Les vacances d’été vont commencer et pour certains d’entre nous, cela va rimer avec bronzette sur la plage ou au bord de la piscine. Et on ne le répétera jamais assez : protégez-vous du soleil ! Mais les crèmes solaires sont-elles aussi efficaces qu’elles ne le prétendent ? Il semblerait que certaines grandes marques protégeraient moins qu’indiqué sur le tube (par le chiffre qui suit la mention SPF ou IP).

La professeur Laurence Coiffard, de l’Université de Nantes, avait réalisé une étude à ce sujet publiée en décembre dernier dans la revue Plos One. Elle y montrait que les filtres UV à caractère anti-inflammatoire présents dans les produits solaires freinaient l’apparition des coups de soleil et faussaient donc les tests en laboratoires.

Pour tester leurs crèmes solaires, les laboratoires des marques font appel à des volontaires dont ils exposent le dos imprégné de crème solaire à des rayons ultraviolets artificiels. Ils observent alors le changement de couleur de la peau. Plus vite elle rougit, moins le facteur de protection attribué à la crème sera élevé. Or les filtres à caractère anti-inflammatoire ralentissent le rougissement et faussent la donne : la peau rougit moins vite mais n’est pas mieux protégée.

Le magazine français 60 millions de consommateurs a décidé de tester dix grandes marques de crèmes solaires pour enfants. Leurs tests ont été effectués « in vitro », sur des plaques de polymères qui, elles, ne sont pas « influencées » par l’anti-inflammatoire (contrairement à la peau humaine). Résultat, six crèmes sur les dix testées protègent moins que ce qu’elles annoncent : à savoir les crèmes Clarins, Klorane, Mustela, Nivea Baby, Bioregena et Natessance.

Le professeur Dominique Tennstedt, chef du service de dermatologie aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, confirme cette information : «  Avec les anti-inflammatoires, la peau rougit moins vite et on pense que l’indice de protection est plus élevé qu’il ne l’est en réalité. Mais on ne met pas de la crème pour éviter les coups de soleil, on en met pour protéger contre le vieillissement ou la cancérisation à long terme. Le coup de soleil est juste là pour nous rappeler que le soleil est méchant.  »

Pour autant, une chose reste certaine : plus l’indice est élevé, plus la protection est élevée (même si elle l’est un peu moins que prévu). «  On a toujours intérêt à mettre l’indice le plus élevé car les tests effectués en laboratoires se basent sur une application de 2 mg de crème par centimètre carré de peau. Cela veut dire que pour un corps entier, il faudrait appliquer 15 à 25 grammes de crème à chaque exposition ! Ce qu’on ne fait clairement pas !, poursuit le Pr Tennstedt. Il faut aussi remettre de la crème toutes les deux à trois heures, s’assurer qu’elle soit waterproof et ne pas réutiliser le tube de l’année passée : une crème se garde 12 mois maximum. Si le tube a été ouvert aux sports d’hiver par exemple, il faut enlever le premier centimètre du tube qui a été oxydé.  »

Notons encore qu’il y a deux types de crèmes : des écrans et des filtres. Les premiers se distinguent des autres par le dépôt blanc qu’ils laissent sur la peau. Ceux-ci sont actifs directement tandis que les seconds doivent être appliqués au moins 15 minutes avant l’exposition au soleil, soit à l’hôtel – et non à l’arrivée sur la plage !

Osez la rencontre !