Egypte: Morsi, un anniversaire explosif

Véronique Kiesel
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Il y a un an, le 30 juin, Mohamed Morsi prêtait serment comme président d’Egypte après avoir battu au second tour un candidat de l’ancien régime. Cette victoire, il la devait aux Frères musulmans, dont il était le candidat, mais aussi à un nombre important de laïques ayant appuyé la révolution anti-Moubarak et qui craignaient le retour au pouvoir d’un proche de l’ex-pharaon.

Une unité qui a rapidement volé en éclats, se transformant en une hostilité aussi totale que frontale qui devrait culminer ce dimanche. Dans tout le pays, et notamment sur la très symbolique place Tahrir, ceux qui ont fait tomber Moubarak vont hurler leur colère et leur déception et exiger le départ d’un Morsi qui, estiment-ils, a trahi la révolution et la démocratie, gouvernant de façon de plus en plus autoritaire avec pour seule ligne celle des Frères musulmans. Face à ces révolutionnaires, le Président peut toujours compter sur un large soutien populaire, essentiellement de fidèles des Frères musulmans, qui seront eux aussi dans la rue. Pour eux, Morsi est légitime parce qu’il a été élu. Il a le droit de gouverner, c’est lui le chef. L’incompréhension est donc totale. Au fil des derniers mois, les deux camps se sont radicalisés. Dangereusement. Au point de rompre tout dialogue. Certains « démocrates » anti-Morsi en arrivent à souhaiter que les militaires prennent le pouvoir, meilleure façon selon eux de contenir les islamistes et de les empêcher, le cas échéant, d’enregistrer de nouvelles victoires électorales. Et de nombreux intellectuels sont certains que les électeurs de Morsi sont incultes et arriérés et qu’eux seuls savent ce qui est bon pour leur pays. Dans de telles conditions, l’affrontement ne peut être que violent, et mettre en péril la stabilité d’un des pays phares du printemps arabe, un poids lourd dont le rôle géostratégique est crucial. Si de nombreux Egyptiens sont devenus de farouches anti-Morsi, c’est aussi parce que l’économie égyptienne va très mal : le chômage explose, le tourisme n’a repris que sur la mer Rouge – Louxor et Le Caire ont été désertés –, les pénuries de pain, d’essence, les coupures de courant exaspèrent tout le monde. Mais les caisses de l’Etat sont à sec et la dette se creuse : seules des injections de cash venues surtout du Qatar, mais aussi de Libye et de Turquie, permettent encore à l’Egypte d’importer des biens de première nécessité. Les Etats-Unis fournissent un peu d’aide, mais si peu, et l’Europe, elle, n’a plus les moyens de le faire. Est-il vraiment clairvoyant de laisser tomber l’Egypte ?

Vos réactions

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2. Fafnir dit le 29/06/2013, 18:50

Sa population a été multipliée par quatre en soixante ans et ses populations d'origine européenne sont parties. Comment ce chaudron pourrait résister à une telle pression?

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1. Labrador dit le 29/06/2013, 16:30

Excellent résumé du contexte et des enjeux.

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