Quand l’immobilier décolle avec les lignes low-cost

Julie Schyns
Mis en ligne

Les millions de passagers brassés par les compagnies low-cost représentent un potentiel au niveau immobilier. À l’inverse, les compagnies sont attentives à être présentes dans les pays où l’immobilier est en crise.

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Chaque année, 6,4 millions de passagers décollent de l’aéroport de Charleroi. Des chiffres qui font rêver les promoteurs. Photo 
: Le Soir/Pierre-Yves Thienpont
    Chaque année, 6,4 millions de passagers décollent de l’aéroport de Charleroi. Des chiffres qui font rêver les promoteurs. Photo : Le Soir/Pierre-Yves Thienpont

Plus de 6,4 millions. C’est le nombre de passagers qui, chaque année, embarquent dans un avion depuis Brussels South Charleroi Airport, desservi essentiellement par Ryanair, Jetairfly et Wizzair, trois grosses compagnies low-cost. Les Belges représentent 42 % de ces utilisateurs, soit 2,7 millions de passagers. Autant dire qu’il y a là une horde de touristes à loger dans de nombreux pays d’Europe, Espagne en tête. Avec les 1.800.000 passagers qu’elle brasse chaque année, l’Espagne reste le pays le plus prisé depuis l’aéroport de Charleroi. L’Italie la talonne de près en enregistrant 1.600.000 passagers annuels. Ces deux pays se situent loin devant la France et ses 600.000 utilisateurs, qui arrive en troisième position des destinations les plus demandées. Le Maroc (560.000 passagers) et la Hongrie (308.000 utilisateurs) viennent fermer ce top 5.

Ces chiffres ont de quoi faire rêver les promoteurs immobiliers. «  Par exemple, la ligne jusqu’à Carcassonne était très peu connue par la plupart des Belges, mais aujourd’hui, il y a une forte demande, parfois jusqu’à deux vols par jour et je sais que les promoteurs sont très contents là-bas, assure David Gering, directeur des relations publiques et de la communication pour Brussels South Charleroi Airport. D’ailleurs les jeunes qui cherchent à se loger dans la région proche de l’aéroport ne peuvent plus le faire à cause de l’augmentation des prix de l’immobilier  ». Sans conteste, les connexions établies par les compagnies low-cost permettent de donner un coup de projecteur sur certaines villes jusque-là parfois peu visibles par les touristes. Par exemple les destinations Pula et Rijeka en Croatie, inexistantes jusqu’en l’été 2011, ont été choisies par 55.000 passagers en 2012. La ville de Cluj en Roumanie, qui s’est ajoutée cet été, affiche un taux de remplissage supérieur à 80 %, depuis l’aéroport de Charleroi.

Du coup, l’ouverture de chaque nouvelle ligne représente un potentiel à exploiter. Chez Ryanair, on ne dit pas autre chose. «  On opère maintenant vers les îles grecques. Des promoteurs belges construisent actuellement à Zakynthos  », déclare Jonathan Brisy, responsable Ventes et Marketing pour Ryanair France/Belgique. Cependant, si certaines destinations, plus au moins méconnues auparavant, remportent un franc succès, ce n’est pas toujours le cas. «  Plusieurs facteurs sont importants, nuance David Gering, comme la notoriété d’une destination (Barcelone a une image différente par exemple que Lappeenranta en Finlande), le prix du billet, l’offre existante dans d’autres aéroports ou encore le prix de l’immobilier de la destination.  »

On le voit, le lien entre l’immobilier et les connexions aéroportuaires est étroit. D’ailleurs, Ryanair porte un intérêt particulier aux pays en difficulté, comme la Grèce et l’Espagne, où le marché de l’immobilier, notamment, connaît une grave crise actuellement (lire aussi en page 5). «  On négocie avec les pays en crise, affirme Jonathan Brisy. La première rentrée pour eux, c’est le tourisme. Pour l’instant, en Espagne, il y a de très bonnes affaires immobilières à réaliser et ce sont des opportunités s’il y a des lignes low-cost à proximité. C’est donc important d’avoir des connexions dans ces pays-là.  »

Outre les promoteurs, les liaisons à bas prix intéressent également ceux qui désirent s’offrir une maison de vacances en Espagne, un pied-à-terre en France ou encore un appartement à Rome. «  Pour les personnes qui possèdent une seconde résidence, disposer d’une connexion low-cost est devenu une priorité, poursuit Jonathan Brisy. Et c’est important d’avoir plusieurs vols par semaine sur les lignes pour pouvoir s’y rendre quand on veut. Ryanair relie l’Angleterre à des régions qui étaient méconnues en France, comme Bergerac, Tour ou Limoges. Ça a permis à de nombreux Anglais qui n’avaient peut-être pas le pouvoir d’achat pour investir dans leur pays, d’acheter une maison en France.  »

La semaine dernière, l’aéroport de Charleroi a inauguré une nouvelle ligne vers le Montenegro, et déjà David Gering le certifie : «  Elle aura un effet sûr et certain sur le développement de la région.  »

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