Le 11h02: budget, «des mesures risquées mais nécessaires»
Le gouvernement a déniché trois milliards d’économies budgétaires. Mais l’impôt minimum des sociétés est déjà critiqué. Où est le problème ? Véronique Lamquin et Pierre-Henri Thomas ont répondu à vos questions.
L’impôt minimum des sociétés est déjà torpillé, pourquoi, alors que c’est une mesure structurelle qui va dans le sens de ce que demande l’Europe ?
PHT D’abord, sur les modalités, on ne sait pas encore très bien comment tout cela va se goupiller. Ensuite, si le gouvernement Di Rupo n’avait pas mis en place une telle mesure, on le lui aurait également reproché, ArcelorMittal et ses 1,4 milliard en 2010 et ses 1,6 milliard en 2011, sans pratiquement payer d’impôts, sont encore dans toutes les mémoires. En ce sens, cette mesure est éminemment symbolique, de plus, elle ne touche que les grandes entreprises. Par rapport à l’Europe, c’est bien une mesure structurelle, puisqu’elle s’étale sur plusieurs années. Néanmoins, le fait justement qu’elle ne touche que les grandes entreprises, pourrait être invoqué devant la Cour des droits de l’homme de Strasbourg au regard du principe fondamental d’égalité. Parallèlement, la Commission européenne pourrait estimer que ce nouvel impôt va à l’encontre de la libre circulation des capitaux. Et donc, « retoquer » cette mesure, comme elle l’a déjà fait avec la Grèce il y a quelques années. Il y a un risque, oui ! Et l’Etat devra alors rembourser aux sociétés l’impôt indûment perçu...
Et le risque de délocalisation ?
PHT Il existe aussi, bien sûr. Si c’est moins intéressant en Belgique, on va ailleurs ! Maintenant, il faut voir ce que payaient les sociétés comme impôts avant et voir aussi si, en prenant des mesures incitatives, on ne peut pas générer davantage d’emplois et de richesses pour le pays. C’est le grand pari et honnêtement, je suis incapable de répondre.
Des risques, le gouvernement Di Rupo en a également pris au niveau politique. La réduction de l’allocation de rentrée, l’augmentation des accises sur le tabac et l’alcool, les 21 % sur les honoraires des avocats, etc, ça ne plaît pas à tout le monde !
VL On ne fait pas de budget sans faire de mécontents, c’est impossible. A ce sujet, je trouve que le gouvernement, ici, n’a pas pris de risques mais a assumé ses responsabilités, tant sur le plan fédéral qu’européen. Et ce, dans un contexte de crise qui perdure. Il ne faut pas non plus oublier que sur cet exercice-ci, il y a un gros effort qui a été porté au niveau des réductions des dépenses de l’Etat, ce que l’on appelle les dépenses primaires, pour prêt de 260 millions, ce qui n’est pas rien. Sans parler des 173 millions de réductions de dépenses en Sécurité sociale. L’Etat a donc pris ses responsabilités et pour le reste, il fallait bien aller chercher cet argent quelque part. Par exemple, en augmentant en effet les accises sur l’alcool et le tabac, une mesure que de nombreux responsables de la Santé publique trouvent tout à fait acceptable. Par rapport à l’allocation de rentrée, les familles les plus démunies ne seront pas touchées, pour les autres, cela représentera une perte de 10 à 20 euros, c’est tout de même mieux qu’une suppression pure et dure. Un budget indolore pour tout le monde, ce n’est pas possible.
Réajustement 2013 et épure du budget 2014 en poche, le gouvernement Di Rupo peut partir en vacances ?
VL Pour le budget 2014, la Belgique doit remettre à l’Europe une première épure pour le 21 septembre et une version définitive au plus tard pour le 15 octobre. Cela veut dire que déjà pour septembre, l’Etat fédéral aura dû trouver des arrangements avec les Régions, les Communautés et les différents pouvoirs locaux afin de savoir qui fait quoi et surtout qui paie à hauteur de combien. Il reste donc encore pas mal de pain sur la planche, dont le bouclage de la loi de financement et le vote par le parlement des mesures annoncées, vote sans lequel elles ne pourront être effectives. Quoi qu’il en soit, pas de vacances pour le gouvernement Di Rupo avant le 21 juillet, c’est une tradition chez nous.
Vos réactions
Voir toutes les réactions @Alain2000 "on est loin de la société capitaliste" : vous confondez capitalisme et libéralisme. @Bruxelles : Apple est d'autant plus ingrat que la majorité des technologies qu'il commercialise (avec génie) ont été créées et/ou financées par le gouvernement américain : PC, disque dur, RAM, GPS, écran tactile, batteries, etc.
[Alain2000] Comme le disait le ministre de l'économie d'Obama à Steve Job en voyant le statut des esclaves chinois qui se bousculent pour mourir à la chaine d'Apple: "Si c'est là l'économie du XXIème siècle, nous avons du soucis à nous faire". Un upgrade XXIème siècle ça ne veut pas dire un bond en arrière au XIXème. Des idées et des propositions, il y en a plein même si j'abonde dans le sens des propos de HenriJMM: il n'y a pas de solution toute faite. Il faut comprendre que l'économie n'est pas une tempête naturelle, mais un système que l'homme peut régir. Je sais que ça emmerde quelques riches d'extrême-droite, et que ces riches possèdent tous les médias du monde pour vous expliquer l'inverse, mais vous n'êtes pas obligé de croire en dieu ou en un autre dogme. Vous pouvez aussi analyser les chiffres sans être stalinien et préparer des goulags.
@individualiste Vous exprimez un lieu commun. Il en existe un autre en réponse: Quand toutes les entreprises auront délocalisé dans des Pays à (très) bas salaires, il ne restera plus un seul client avec assez d'argent pour acheter leurs produits. Comme tous les lieux communs, ils ont un fond de vérité, quoique simplistes. Ceci dit, je n'ai pas de solutions toutes faites à proposer.
2. BruxellesdanslaRue, comme d'autres l'on déjà dit, il est temps de faire upgrade "21ème siècle". Ceci dit en passant, quand on a une PIB à plus de 50 % relevant du public, on est loin de la société capitaliste ou de droite. Pour revenir sur le budget, cette taxe minimum sur entreprise risque d'être de la poudre aux yeux. Dommage que l'Europe ne veux pas appliquer une équité fiscale. Une autre solution (plus efficace) serait de supprimer les niches fiscales au niveau européen. Une grosse boîte paye - de 1% d'impôt sur bénéfice, la moyenne est d'une +/- 20%, pour les PME, on arrive à une moyenne de 50% (car DNA et autres joyeusetés) et ne parlons pas du revenu du travailleur ...









Et internet, bien évidemment.