Egypte: les scénarios pour sortir de la crise

Résumé du chat: Corentin Di Prima
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L’ultimatum de l’armée expire ce soir à 17h. La nuit dernière de violents affrontements ont opposé pro- et anti-Morsi. Lâché de toutes parts, le président égyptien peut-il encore rester au pouvoir ? Fanny Lutz, chercheuse associée au Grip, a répondu à vos questions.

Fanny Lutz, spécialiste du Proche-Orient, a passé en revue les scénarios envisageables, selon elle, pour sortir de la crise égyptienne :

– Convoquer des élections anticipées est certes une possibilité mais une année seulement s'est écoulée depuis les premières élections présidentielles démocratiques et faire tomber un président élu – dont le bilan est certes décevant jusqu’ici mais qu'il est peut-être prématuré de juger car répondre aux problèmes du pays nécessite avant tout des changements structurels, inscrits sur dans le long-terme – peut être risqué et peser sur les chances de réussite de la transition démocratique souhaitée.

– Constituer une sorte de gouvernement national et d’une certaine manière que Morsi se retire lui-même des affaires pourrait être envisageable également. Il s’agirait de faire un compromis historique entre toutes les forces politiques afin qu’elles s’accordent sur « les règles du jeu » à respecter au sein de l’arène politique égyptienne.

– Mettre en place un gouvernement technique peut également être envisagé. Morsi lui déléguerait l’essentiel du pouvoir dans l’attente des élections législatives. Une telle initiative offrirait des garanties quant à la transparence du scrutin à venir et permettrait aux members de l’opposition de tenter de prendre le pouvoir, démocratiquement, par les urnes endossant de la sorte la responsabilité de la crise si elle venait à s’aggraver.

Sur le rôle de l’armée. L’armée joue certes un rôle qui peut paraitre trouble puisqu’il y a un an, au moment de la passation de pouvoir entre le Conseil Suprême des Forces armées (CSFA) et la présidence Morsi, les manifestants ont pressé l’armée pour qu’elle rende le pouvoir aux civils. Aujourd’hui, une partie des manifestants somme les militaires de les protéger et de faire garantir leurs droits qu’ils estiment bafoués par les Frères musulmans. L’institution militaire dispose d’un vrai capital de sympathie et de confiance dans la population. Les militaires ont d’ailleurs toujours pris soin de ne pas se couper de la population. Selon un sondage réalisé en mai 2013, 94 % des Égyptiens expriment leur confiance dans l’armée (contre 28 % à Morsi !). Elle a montré une véritable empathie au cours des derniers jours pour la population. Quant au risque d’un coup d’Etat, s’il ne peut être écarté, il semble peu probable. L’armée s’est défendue de toute tentative de prendre le pouvoir (ou tout simplement de coup d’Etat) déclarant qu’elle ne cherche pas à outrepasser le rôle qui lui est dévolu. Je pense que l’armée veut avant tout éviter que la situation ne devienne incontrôlable. Elle va donc tenter dans les jours qui viennent de participer voire d’imposer un compromis afin d’éviter tout dérapage.

Sur le rôle de Morsi. Beaucoup semblent oublier que le Président a été élu démocratiquement, quoi que l’on pense de lui, et de ses échecs notamment en matière de politique intérieure et économique. Il faut également garder à l’esprit qu’il a hérité d’un pays sinistré. Ceci doit être pris en compte dans le bilan de cette première année qui en outre, ne peut être complet au vu des réformes de grande ampleur dont l’Egypte a urgemment besoin pour se redresser.

La véritable révolution ne fait peut-être que commencer mais il est à souhaiter qu’elle se produise dans le calme, sur le terrain politique car c’est la seule manière qu’elle aboutisse et fasse de l’Egypte une démocratie stable, résultat de compromis et de réformes profondes.

Jack Dupre : Les opposants sont nombreux mais qui sont ils finalement ? Combien de factions distinctes ? Qui tire les ficelles de ces soulèvements ? On a du mal à les croire totalement spontanés. Quid après Morsi ?

Fanny Lutz : Les opposants sont extrêmement nombreux en effet et sont en fait assez représentatifs de la population. L’on peut distinguer : d’une part, l’ensemble des forces révolutrionnaires à savoir ceux qui ont renversé Moubarak et estiment que les Frères musulmans ont pris en otage la révolution et d’autre part, les libéraux, les coptes, les femmes… toutes ces personnes qui se sentent menacées par les mesures mises en place en matière de libertés individuelles par le gouvernement Morsi. Enfin, il ne faut pas oublier la grande masse des Egyptiens qui sont très déçus de cette année au pouvoir et ont vu leur condition de vie dramatiquement se détériorer. Les opposants proviennent de diverses couches sociales ; il s’agit d’anti-islamistes, de nationalistes, de libéraux, de laïques, de partis traditionnels. Hétéroclite, l’opposition semble principalement soudée autour d’une hostilité commune à M. Morsi.

Adèle Scott : Peut-on imaginer que les militaires poussent vers la sortie le président morsi ou ’emparent du pouvoir pour ensuite le remettre à des autorités civiles après une période de transition suivies d’élection ?

Fanny Lutz : Bien sûr, ce serait réitérer le scénario de 2011. Toutefois, comme il le fut en 2011, le rôle de l’armée demeure ambivalent et il convient de rester prudent dans cette analyse. Certes, elle a permis la transition en reconnaissant la légitimité des demandes populaires et c’est ce qu’elle semble faire encore aujourd’hui. Elle peut apparaître comme un recours, une force capable d’éviter une guerre civile, en s’emparant du pouvoir et tentant de rétablir l’ordre.

Toutefois, l’armée a toujours eu un poids extrêmement important dans la vie politique égyptienne. Et bien qu’elle ait « accepté » l’élection du Président Morsi, elle a tout fait durant ses 18 mois au pouvoir pour s’assurer un avenir sur la scène politique et surtout conserver ses nombreux privilèges. L’entente tacite qu’elle a conclue avec les Frères mulsulmans en est l’illustration. Néanmoins, dès le lendemain des élections en juin 2012, cet accord entre militaires et Frères musulmans semble avoir volé en éclat et depuis lors, il reste que la crainte existe et semble fondée que ce premier président civil renvoie les généraux dans leurs casernes. Or, les militaires s’accommodent mal de cette marginalisation politique, eux qui détenaient les rênes du pouvoir et de l’économie depuis 1952, date de la révolution des « officiers libres » conduite par Gamal Abdel Nasser.

Adèle Scott : Quelle place le rapprochement entre l’égypte et l’iran peut-il prendre dans le mécontentement populaire actuel ?

Fanny Lutz : Le rapprochement entre les présidents iranien et égyptien – qui est historique – est certainement favorable au maintien du Président Morsi en place. L’Iran a d’ores et déjà manifesté son soutien au Président appelant l’armée à respecter le résultat des urnes et à répondre favorablement à la demande du Président en faveur d’un dialogue national.

Vos réactions

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6. Louise_2011 dit le 03/07/2013, 15:13

Les Egyptiens ont fait comme les Français, parce qu'ils détestaient le président en place, ils ont voté pour un autre sans se demander si cet autre les aidera à mieux vivre.

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5. devogelaere.rudy dit le 03/07/2013, 12:55

Normalement et démocratiquement ils l'ont mis la ou il est et il devrait aller au bout de son mandat . Ils avaient le choix ils ont fait le mauvais ils devraient en payer le prix et boire leur vin jusqu à la lie .Mais maintenant la majorité des égyptiens se sont rendus compte qu'ils avaient élu un tyran encore pire que le précédent .Il est peut être encore temps de re révolutionner et d'enfin mettre en place de vrais démocrates .J'en doute ,c est impossible dans un pays musulman .L islam et la démocratie sont incompatibles .Le jour ou tous ses peuples musulmans mettront la religion là ou elle doit être cad dans les temples et dans le strictement privé et non dans la vie politique alors ils pourront enfin se comporter en hommes libres mais on en est loin .Ils n'avancent pas ils régressent à grande vitesse vers le moyen âge .

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4. kaoti dit le 03/07/2013, 11:54

@jacquesv Votre fixation sur BDW est pathétique.

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3. cloclodegrez dit le 03/07/2013, 11:44

la honte de devoir subir un president "frere musulman" qui ne vaut pas mieux, voire pire, que l'ancien... vouloir instaurer la charia revient a dire qu'on revient au moyen-age. et nous sommes bien partis... a voir l'infiltration a tous niveaux de notre infrastructure belge. je me demande quel monde nous allons laisser a nos enfants.

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2. jacquesv dit le 03/07/2013, 11:35

Démocratique... "La Démocratie est un régime où le peuple décide de la politique, directement ou par l'intermédiaire de représentants". Ca ne veut hélas pas dire que c'est un régime qui respecte les aspirations de tous ses citoyens. La Russie est un état démocratique où l'opposition est muselée. Israël est un état démocratique pratiquant l

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