Greta Gerwig, la muse de New York

Nicolas Crousse
Mis en ligne

La New-Yorkaise fait sensation dans « Frances Ha ».

Un film qui parle, avec saveur et liberté, de la difficulté d’être une artiste à Manhattan.

  • Greta Gerwig, lundi après-midi dans un des salons du Palais des Beaux-Arts, qui projetait hier soir «<134>Frances Ha<134>».
    Greta Gerwig, lundi après-midi dans un des salons du Palais des Beaux-Arts, qui projetait hier soir «<134>Frances Ha<134>».

entretien

Depuis février et la première mondiale au Festival de Berlin de Frances Ha, Greta Gerwig est devenue la petite fiancée des amoureux du cinéma. Il faut dire qu’elle éclabousse de son talent, mâtiné de fraîcheur et de douce insolence, le nouveau film de Noah Baumbach, avec qui elle avait déjà travaillé sur Greenberg. A 29 ans, Greta Gerwig, actrice mais aussi danseuse de ballet et coscénariste de Frances Ha, déborde de projets. Et nous annonçait lundi après-midi, de passage à Bozar, son intention de passer l’an prochain derrière la caméra. Rencontre avec la nouvelle égérie du cinéma indépendant américain.

Impossible d’imaginer que ce film n’est pas personnel ni riche de vos expériences de vie ! L’est-il ?

Il l’est. Tout en étant une fiction, le film est profondément personnel. J’ai une empathie énorme pour les personnages du film. Qui plus est, je connais intimement New York, moi qui viens pourtant du nord de la Californie, et je sais ce que c’est que de vivre là. Alors même si ma vie est différente de celle de Frances, j’y ai mis tout ce qui imprègne ma vie, tant en tant qu’artiste que femme. C’est le film auquel j’ai le plus donné, alors oui, il est personnel.

Le film parle de la génération des gens qui approchent de la trentaine et tournent la page de leur jeunesse ?

C’est mon cas, d’ailleurs, j’approche des 30 ans. Il y a plein d’histoires sur la difficulté d’être une actrice à Hollywood et vieillir, quitter sa jeunesse. Moi, je ne vois pas ça avec crainte. Je crois que les rôles les plus féminins les plus intéressants viennent avec l’âge. Regardez ce que fait actuellement Cate Blanchett. Il n’y a rien de plus ennuyeux que de jouer la petite amie d’un beau gars, dans un film. Et quand on est dans la vingtaine, ce sont la plupart des rôles que l’on vous propose : jouer la petite amie « de ». Tout ça parce que la plupart des films sont des films d’hommes.

Qu’est-ce qu’une Californienne comme vous fait à New York, vous qu’on imaginerait plus facilement à Hollywood ?

Je déteste Los Angeles. J’aime la plage, là-bas, et j’aime des gens qui y vivent, mais c’est une ville industrielle, obsédée par les films et la télévision. Personne ne parle d’autre chose que de ça. Et ça me rendrait folle de vivre là-bas, oui ! En fait, je me sens proche, en tant qu’actrice et scénariste, du cinéma européen du passé et d’aujourd’hui. Et bon nombre d’Américains le sont aussi.

Qui sont ces modèles européens ?

Ceux de la Nouvelle-Vague. Le cinéma italien de Fellini et d’Antonioni. Ingmar Bergman ! Et aujourd’hui, les films des frères Dardenne font partie de mes préférés.

« Frances Ha » est une déclaration d’amour à New York ?

Noah et moi adorons tous deux New York City, même s’il est plus difficile que jamais d’y vivre aujourd’hui, tant c’est devenu compétitif et hors de prix. Ce n’est pas mon histoire que raconte le film, ces galères que rencontre Frances. J’ai eu plus de chance. Mais j’ai tant d’amis qui vivent cette vie de lutte perpétuelle. De sorte que je peux comprendre facilement ce sentiment d’échec et d’épreuves permanentes que vous pouvez avoir là-bas.

Le film donne le sentiment que le New York d’aujourd’hui est fidèle au Manhattan éternel et romantique de Woody Allen… mais que quelque chose qui tient de la bohème s’est perdu, avec la crise économique.

Je crois que c’est beaucoup plus dur de vivre à New York aujourd’hui, oui, surtout pour les artistes. Le niveau de vie est affolant. Et il y a certainement une différence avec les seventies. Et avec l’esprit du film de Woody Allen, qui représente tant pour moi.

Woody vous a dirigé l’an passé, dans « To Rome with love ». Quel souvenir en gardez-vous ?

C’est incroyable de travailler avec votre idole. Car il représente l’une des figures les plus importantes de mon univers artistique. C’est beaucoup de pression, c’est intimidant, de vous retrouver devant la caméra de votre cinéaste préféré. C’est magnifique aussi. C’est un metteur en scène très précis et qui vous donne en même temps beaucoup de liberté.

Critique de «Frances Ha» dans le Mad

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