Esperanza Spalding, la beauté libre du jazz
La chanteuse bassiste américaine est la vedette du Comblain Jazz. A 28 ans, elle a rafraîchi le jazz avec ses trois albums, « Esperanza », « Chamber Music Society » et « Radio Music Society », sa ligne de basse pétillante et sa voix élastique.
Elle est belle, elle est fraîche, elle est joyeuse, elle scintille, elle compose, elle chante, elle joue de la contrebasse ou de la basse électrique, elle est, à 28 ans, déjà une star. A 20 ans d’ailleurs, elle était nommée professeur au célèbre Berklee. La plus jeune prof que le College of Music de Boston ait jamais eue, avec Pat Metheny. Aujourd’hui, elle se permet d’inviter Joe Lovano, Lionel Loueke, Gretchen Parlato, Terri Lyne Carrington, Billy Hart ou Jack DeJohnette sur ses albums. Elle a remporté le Grammy du meilleur nouvel artiste en 2011, devant Justin Bieber. Et Prince l’adore au point de jammer avec elle. C’est dire…
Son truc ? Sa curiosité, sa spontanéité, sa sincérité. Et sa volonté de faire du jazz une musique pour le public, et pas seulement pour les musiciens. Son Radio Music Society, son dernier album, sorti en 2012, c’est ça : une musique qui retrouve le chemin de la radio. Sans pour cela faire de concession à la mode ou à la facilité. Non : en imaginant et concrétisant une musique qui fasse danser, sourire, rêver les gens.
En fait, Esperanza Spalding fait du crossover. De la fusion, mais entre le jazz, la pop, le r’n’b, le blues, le latin jazz. Comme si elle voulait marier Stevie Wonder et Wayne Shorter. Ecoutez « Endangered Species », sur Radio Music : c’est un morceau de Shorter qu’elle parvient à faire sonner comme du Wonder.
Chamber Music Society, Radio Music Society ? Une filiation ? « Ce sont deux albums différents, répondait-elle lors d’une conférence de presse. Mais quand j’ai conçu Chamber Music, j’ai conçu Radio Music en même temps. C’était une nécessité de faire partager toute la musique qui était en moi, et ça n’allait pas sur un seul album. J’ai pensé en faire un double, mais on en a finalement fait deux. Ce que je voulais, c’était de prendre la musique que j’aimais jouer, le jazz, et le formater de telle façon qu’il puisse être entendu sur des radios généralistes, sans choquer le public mais sans édulcorer la musique. »
Esperanza a été élevée par sa mère dans le ghetto de King, à Portland, Oregon. A 5 ans, elle a vu le violoncelliste Yo Yo Ma à la télé. Elle a voulu faire de la musique. Le violon d’abord, puis la contrebasse. Et chanter, comme sa mère. Une mère aux origines mélangées : galloises, indiennes, espagnoles. Un père afro-américain. C’est beau la mixité, suffit d’admirer Esperanza !
Jazz et démocratie
On dit souvent que le jazz est la musique de la liberté parce qu’il permet l’improvisation. C’est aussi, pour Esperanza Spalding, la musique de la démocratie. « Il faut beaucoup de dévouement, d’engagement, d’attention pour participer à la démocratie comme pour participer au jazz. Vous vous engagez parce que c’est votre volonté. Vous ne pouvez pas participer à un big band en faisant ce que vous voulez. Vous devez avoir du respect pour ce qui s’est fait auparavant, vous devez étudier, pratiquer, cultiver l’expérience passée et polir votre propre talent. Un groupe de jazz est un excellent exemple de démocratie parce que chacun est engagé dans l’ensemble des responsabilités. La liberté, en jazz comme en démocratie, n’est pas une licence de faire ce qu’on veut, c’est une responsabilité de participer à quelque chose de commun. »
Esperanza Spalding et ses onze musiciens sont à Comblain le vendredi 5 juillet à 20 h 30.








