Olivier Massart, la créature de « Frankenstein »

Catherine Makereel
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Après avoir été Laërte dans « Hamlet », Henri IV dans « La Reine Margot » et Javert dans « Les Misérables », Olivier Massart endosse le rôle de la créature de « Frankenstein » à Villers-la-Ville.

Cet été, c’est Frankenstein qui se glisse dans les ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville, avec Olivier Massart dans le rôle de la créature.

Avec son 1,90 mètre, Oliver Massart avait sans conteste la carrure pour endosser le monstre imaginé par Mary Shelley dans Frankenstein (ou le Prométhée moderne). Ça ne l’empêche pas de se sentir tout petit au milieu des ruines de l’abbaye cistercienne. « On se retrouve dans un écrin ultrapuissant, dans des ruines plus impressionnantes que n’importe quelle créature imaginée par le docteur Frankenstein. C’est quelque chose de travailler dans ce décor naturel, avec cette épaisseur mystique, fantastique ! Il faut dépasser l’image du lieu pour être dans le charnel. Même si je suis grand, on se sent tout petit dans ces ruines. Il faut donc chercher sur le terrain de l’humanité du personnage, plutôt que sur sa puissance. »

Ces ruines, Olivier Massart les connaît bien, lui qui a déjà joué dans trois productions précédentes à Villers : il était Laërte dans Hamlet, Henri IV dans La Reine Margot et Javert dans Les Misérables. Cette fois, il se glisse dans la peau d’un personnage à la fois terrifiant et attachant. Terrifiant parce que la créature ira jusqu’au meurtre. Attachant parce qu’il se pose finalement des questions très humaines sur ce qu’il est et d’où il vient. « Il s’agit de lui trouver une logique émotionnelle. »

Comment incarner un personnage aussi mythique ? « Forcément, il y a une attente du public, ne serait-ce que dans le physique : on l’imagine avec des boulons dans la tête et le haut de la tête surdimensionné. Il s’agit donc de surprendre le spectateur sans le décevoir. Je ne ferai pas quelque chose que les gens attendent. Je l’incarne à partir des éléments que l’on connaît. Sa démarche par exemple n’est pas étrangère au fait qu’il n’est qu’un amoncellement de chair et de membres dissociés. C’est une créature qui parle, qui a de vrais dialogues avec son créateur, et qui n’est pas dans les grognements qu’on a pu voir dans d’autres représentations. »

Un personnage

vu et revu

Même s’il crée « sa » créature, le comédien avoue s’être nourri de nombreuses références, aux côtés de toute la troupe, emmenée par le metteur en scène Emmanuel Dekoninck. « On a vu des films, on en a parlé, on a décortiqué, on a digéré et puis on a mis de côté. Nier ces influences serait stupide car elles font partie de l’imaginaire collectif, mais les reprendre à l’identique serait tout aussi stupide, car on ne prétend pas faire du copié-collé mais, au contraire, réinventer l’œuvre. » L’équipe travaille d’ailleurs sur une adaptation contemporaine de l’œuvre de Mary Shelley, écrite par Stefano Massini. Adaptation qui explore à la fois la genèse de Victor Frankenstein (joué par Alain Eloy), jeune homme rebelle qui deviendra ce savant fou rêvant de prolonger la vie au-delà de la mort, et le parcours de la créature pour enfin se confronter à son créateur, celui qu’il croit être son Dieu.

Pour Olivier Massart, le challenge s’annonce doublement physique. D’abord parce qu’il incarne une créature hors du commun. Ensuite parce que jouer à Villers-la-Ville, n’est pas de tout repos, pour quelque comédien que ce soit. « C’est une aventure collective, un peu plus lourde que la normale. C’est un véritable paquebot qui se met en marche. Il y a surtout le lieu. Quand on a oublié son accessoire dans la loge, il faut dix minutes pour aller le chercher. Et puis, il y a l’incertitude de la météo. On doit réserver tous nos soirs car s’il pleut, on reporte, mais on n’apprend qu’assez tard si on joue ou pas. On arrive tôt, on finit tard, on va boire un verre après le spectacle. C’est physique mais c’est aussi jubilatoire. Je me souviens, quand je jouais Laërte dans Hamlet, dans le cloître, avec les ruines éclairées derrière moi, soudain, il n’y avait plus de théâtre, j’étais dedans. Ces ruines vous prennent, vous emportent. C’est un lieu inouï. »

Du 11 juillet au 10 août à l’abbaye de Villers-la-Ville. www.frankenstein2013.be

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